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Introduction

Pourquoi les hommes auraient-ils à s'adapter aux systèmes,
alors que les systèmes devraient s'adapter aux hommes ?
Kristina Höök [ Höök, 1997 ]

      En découvrant cette citation bien équilibrée, symétrique et donc aisée à retenir de Kristina Höök, beaucoup doivent se dire que le domaine de l'Intelligence Artificielle ainsi mis en avant peut apparaître simple et complexe à la fois.

      Certains diront, par exemple, que si ce sont les hommes qui conçoivent les systèmes et qu'ils ont justement beaucoup de mal à s'adapter à leurs semblables, il leur est sûrement difficile de développer un système artificiel qui aide les hommes dans leurs tâches quotidiennes. D'autres s'interrogeront sur la distance grandissante qui s'installe entre les interlocuteurs lorsque l'on passe d'un contexte homme-homme à un contexte homme-machine nettement plus... artificiel.

      Mais, la tâche des ergonomistes et autres concepteurs d'interfaces homme-machine se complique lorsque les besoins dans ce domaine deviennent, comme à l'heure actuelle, bien plus exigeants. Les opérateurs et les fournisseurs de services de télécommunication ont en effet besoin d'offrir de nouveaux services à leur clientèle et d'augmenter la flexibilité et l'efficacité de leurs systèmes. Les terminaux intelligents deviennent par conséquent une plate-forme adéquate pour atteindre un rôle-clé de l'intelligence dans les futurs réseaux. Ces terminaux se doivent ainsi d'obtenir la capacité de comprendre des commandes d'utilisateur, d'apprendre automatiquement pour s'adapter au profil individuel de l'utilisateur et de savoir résoudre différents problèmes dans le domaine de la télécommunication.

      Dans ce contexte, ALCATEL apparaît aujourd'hui en leader mondial des systèmes et équipements de télécommunication. Le groupe fournit des services complets aux opérateurs, fournisseurs de services Internet, entreprises et consommateurs. Sa gamme de solutions va des systèmes de réseaux pour les autoroutes de l'information aux systèmes de transport et d'accès pour les communications de voix, données, textes, images et multimédias en général, en passant également par des produits pour les entreprises et les usagers "grand public". L'entreprise propose aussi des solutions clés en main, depuis le simple service téléphonique jusqu'aux infrastructures multimédias les plus sophistiquées et les terminaux de communication fixes ou mobiles.

      Par ailleurs, ALCATEL a anticipé l'évolution des besoins des entreprises en développant de nouvelles solutions logicielles : applications, gestion de réseaux, portails Internet multi-terminaux, logiciels de gestion de la relation clients. Ainsi, dans le cadre de la présente Thèse, s'est adjoint l'ensemble des multiples projets de recherche et de développement menés, au sein d'ALCATEL , par le Business Applications Department (Enterprise Solutions Division) et qui ont notamment permis à l'ALCATEL Unified Messaging (AUM) de voir le jour. Cette application logicielle, directement dédiée à la messagerie électronique sur PC et poste téléphonique via un réseau TCP/IP , est dite "unifiée" du fait qu'elle regroupe trois médias distincts (e-mail, voice-mail et fax) et manipule l'ensemble des messages, dont le format a été uniformalisé, en une seule et même interface-utilisateur.

      Cependant, la suppression des barrières entre la voix et les données, conjuguée en outre à l'explosion d'Internet, a suscité l'apparition d'outils de communication plus rapides et plus puissants qui révolutionnent aujourd'hui tout le système de communication mondial. L'ensemble des nouveaux terminaux et applications associées d'ALCATEL ne possèdent encore, en 1998, aucune faculté de raisonnement, ni même aucune capacité de représentation des connaissances, ce type d'avantages s'avérant pourtant de plus en plus appréciables et demandés.

      C'est pourquoi, nos présents travaux d'interface intelligente auto-adaptable sont rapidement devenu un programme attractif d'ALCATEL, dont le 'Département Recherche' ainsi que celui des 'Applications' se sont trouvés fortement intéressés. Ceci concerne notamment les mécanismes d'apprentissage automatique inhérents et aujourd'hui réellement indispensables à des terminaux de communication avancés, ou encore qualifiés "d'intelligents".

      Les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont par conséquent indubitablement entrées dans nos vies. Par le biais de nos lignes téléphoniques, de nos réseaux câblés, de nos agendas intelligents, de nos écrans d'ordinateur, et de nos appareils ménagers à mémoire, le vingt-et-unième siècle a mis à profit les dernières années du précédent pour poser ses jalons dans nos villes, nos campagnes, nos maisons, nos bureaux et nos poches.

      Nous attendons donc tous aujourd'hui beaucoup de compréhension, de rapidité et de soutien de la part de toute interaction "homme-machine", à savoir de la communication bilatérale en général entre une personne et chacun des appareils relevant de l'informatique. Cet interfaçage ne peut se passer d'un dialogue réel et performant à double-sens, non plus basé sur un simple contrôle de l'objet de communication, mais vraiment construit à partir d'une importante personnalisation de chaque terminal considéré. Si ce dernier demeure bien autonome en pratique, il est désormais chargé de mettre en confiance, de dialoguer voire de renseigner ses utilisateurs de la manière la plus sereine et la plus explicite possible.

      Ainsi, une telle convivialité appelle le domaine de l'Intelligence Artificielle et plus particulièrement celui des systèmes intelligents. Pour cela, il nous faut inévitablement mieux cerner les différentes façons d'agir, les réactions prévisibles ou non de l'utilisateur face à la machine, ainsi que toutes ses demandes éventuelles, ce en vue d'une gestion fiable des différents agents de comportement...

      Nous nous rendons bien compte alors que la communication ne peut s'effectuer autrement qu'en temps réel, puisqu'elle a lieu entre deux individus placés strictement sur le même plan : l'utilisateur et son interlocuteur artificiel. Reste également à approfondir l'indispensable interface "homme-information" qui autorise non seulement la navigation de l'utilisateur (sur le réseau Internet notamment), mais aussi la représentation et le tri des données recueillies, de même que le travail de l'information au cours du temps (mémorisation, rappel des dernières opérations, ...).

      En conséquence, si l'interactivité est la capacité pour l'utilisateur de cheminer librement dans l'ensemble des connaissances qui lui sont présentées [Verroust, 1997] , ce domaine se doit aussi de travailler pour permettre à l'homme d'intervenir et dialoguer de bien diverses manières avec chacun des systèmes informatiques abordés.

      Le problème principal à résoudre durant cette Thèse s'est donc défini exactement par la modélisation et la conception d'une interface intelligente, personnalisée et praticable par tous les publics sur les terminaux de communication, ces derniers ayant été pris en compte en qualité de machines spécialisables accédant à Internet.

      Nous nous sommes alors fixés plusieurs objectifs différents, en nous focalisant sur les acquisitions et les apprentissages automatiques des connaissances au travers de l'élaboration d'un innovant modèle de comportement de l'utilisateur. Ce procédé est ainsi chargé, entre-autres, de rendre les opérations courantes moins fastidieuses pour l'utilisateur, tout d'abord par l'intermédiaire d'agents logiciels dédiés à l'apprentissage en temps réel, systèmes dits aussi "intelligents" ou encore "comportementaux", puis par leurs complets traitements auto-adaptables.

      Ainsi, nous avons décomposé le problème général de la Thèse en un certain nombre de travaux spécifiques, donnant lieu à l'élaboration de chapitres dont nous nous proposons à présent d'en exposer un plan global.

      Le Chapitre 1 , intitulé 'Terminaux de Communication et Interfaces Intelligentes', entame ce mémoire par un état de l'art des divers terminaux de communication disponibles sur le marché mondial actuel, ainsi que des principaux systèmes concurrentiels du groupe ALCATEL en matière de messagerie électronique unifiée. Axés sur des analyses et spécifications de toutes les fonctionnalités et contraintes définissant les machines de communication existantes à ce jour, nous nous sommes en effet tenus à établir un récapitulatif de chacun des détails de ces appareils. Correspondant en quelque sorte à des "cartes d'identité" très précises de leurs avantages et inconvénients respectifs, c'est sur ces comparaisons que nous nous appuyerons tout au long de la Thèse afin de pouvoir définir ce que nous pouvons faire évoluer, voire surtout comment nous pouvons réussir à passer au-delà des dernières limites matérielles et logicielles.

      Cette entrée en matière se voit suivie d'une complète classification taxinomique, de même que de la mise en oeuvre d'une hiérarchisation nouvelle des interfaces intelligentes. Grâce en outre à plusieurs définitions innovantes au sujet de la qualité 'd'intelligence', primordiale au sein de ce mémoire, les différentes facettes de ces interfaçages avancés justifient finalement les principales orientations envisagées pour la progression de nos travaux de recherche.

      Le Chapitre 2 des 'Spécifications de Nouveaux Concepts d'Assistanats Intelligents' se charge, au travers de notre premier concept nommé "Assistant Conversationnel", d'introduire la notion d'apprentissage par agents intelligents dans une interface-utilisateur dédiée aux terminaux de communication. Ces spécifications, associées bien entendu à des méthodes d'analyse formelle basées sur de solides fondations théoriques, vérifient que nos systèmes possèdent bien toutes les propriétés désirées avant leurs mises en oeuvre. Nous réussissons alors à confirmer dès ce niveau que, pour éviter de trop lourds apprentissages de protocoles d'interaction artificiels et offrir au contraire des accès directs aux commandes logicielles, il convient d'adapter les capacités de la machine, et non plus celles de l'utilisateur [Wolff, 1999] .

      Le langage LOTOS en particulier nous amène à caractériser et entièrement valider, après comparaison des caractéristiques qualitatives de plusieurs méthodes de spécification envisagées, un "Assistant Individuel de Télécommunication". Celui-ci, finalement encore étendu à notre dernière et primordiale notion "d'Auto-Adaptation", se compose d'ensembles de fonctionnalités détaillées et de multiples scénarios donc auto-adaptables. Tous destinés à la création, à l'analyse et à la mise en oeuvre d'une assistance personnalisée à l'utilisateur, ils s'avèrent alors capables de le soutenir dans ses communications avec un interlocuteur, de même que de classifier de manière automatique toutes les informations qu'il est amené à manipuler.

      Le Chapitre 3 , titré 'Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur', se focalise ensuite sur la définition de l'entité principale que représente pour nous l'utilisateur. Précédée d'un état de l'art permettant d'extraire et de caractériser les mécanismes nécessaires à une application efficace d'un tel modèle, nous développons plusieurs définitions qualitatives et intégrables aux travaux issus des différentes actions propres à notre "Assistant Individuel de Télécommunication".

      Nous poursuivons par l'appréhension d'une méthode d'analyse des comportements humains. Nommé précisément "Persona" [Julhiet, 1993] , nous élargissons ce dispositif à tout utilisateur pouvant être qualifié de "grand public", et donc susceptible d'avoir un jour à opérer sur les divers terminaux et logiciels d'ALCATEL . Intégrée au sein du concept visé de l'interaction homme-machine, nous associons finalement cette méthode, élément inévitable de notre nouveau modèle de l'utilisateur, à nos premiers prototypes "d' Interview Comportementale ".

      Nous aboutissons ainsi au Chapitre 4 des 'Mécanismes d'Apprentissage Automatique'. Par lui, nous abordons un autre domaine de l'Intelligence Artificielle, à savoir l'étude des structures et des algorithmes d'apprentissage automatique qui vont, en définitive, nous permettre de reconnaître, de traiter et de répondre aux multiples actions de l'utilisateur, et ce de manière de plus en plus approfondie et personnalisée.

      Dans le cadre de ces divers objectifs, nous avons tout d'abord assimilé les trois facultés essentielles décrivant les systèmes intelligents : la compréhension, l'apprentissage ainsi que la résolution de problèmes. Cette contribution à l'interfaçage homme-machine actuel permet de proposer, modes opératoires et graphes d'actions à l'appui, de nouvelles méthodes d'extraction, de représentation, de tri et de gestion en temps réel des connaissances, toutes réellement "auto-adaptées" aux manipulations habituelles de l'utilisateur.

      En outre, l'étude d'une première application concrète, à savoir la fonctionnalité 'e-mail' extraite de différents logiciels dédiés à la gamme des WebTouch d'ALCATEL, met en évidence les qualités d'apports intelligents tels que nos mécanismes d'inférence. Ceux-ci apparaissent en effet capables d'exploiter les données issues de l'apprentissage des séquences d'actions en fonction du profil de chaque utilisateur. De même, la modélisation des fonctions 'Tell Me' et 'Do It' [Lieberman, 1997] correspond à la mise en oeuvre finale d'un modèle comportemental de l'utilisateur, à la fois incrémental et évolutif.

      Par extension, nous avons alors précisé la conception d'un premier prototype d'interface auto-adaptable. Cela signifie, en d'autres termes, la définition d'un apprentissage automatique aboutissant à un modèle du couple "utilisateur-application" par la prise en compte de notre précédent 'Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur', conceptuel et "grand public", dans le traitement des actions caractérisant nos applications de test. Nous avons élaboré et comparé plusieurs algorithmes nouveaux, propres en particulier aux critères issus du domaine de l'apprentissage symbolique ainsi que de celui des concepts statistiques. Nous avons pu ensuite construire un modèle d'interface intelligente dont la principale qualité est de traiter toutes les séquences d'actions effectuées de manière répétitive sur une machine de communication (extraction et gestion des connaissances, apprentissage automatique et comportemental, mais aussi interaction, classification, prédiction, anticipation et simplification, toutes auto-adaptables).

      Le Chapitre 5 est intitulé 'Implémentation et Validation des Prototypes' et nous permet finalement d'expliciter nos implémentations successives et toutes nos validations inhérentes. Soutenue par plusieurs annexes, cette partie débute par la définition des contraintes de plate-forme et d'environnement pouvant être associées à nos travaux de développement, de même que par une nécessaire formation sur les matériels logiciels COM et MAPI directement reliés au monde des télécommunications.

      Par conséquent, nous nous sommes penchés sur les détails de l'implémentation et de l'expérimentation, par agents auto-adaptables et indépendants, de toutes nos investigations explicitées jusqu'ici. Celles-ci ont été mises en application sur un outil logiciel dédié au moyen, en devenir, de la messagerie électronique unifiée : l' ALCATEL Unified Messaging ( AUM ).

      En achevant ainsi nos travaux de recherche, d'élaboration et de développement complet de notre nouvel outil informatique, intelligent et autonome, nous avons pris conscience de notre besoin d'évaluer, de valider et de tester l'ensemble des composantes de notre logiciel.

      Aussi, suite à d'ultimes justifications et vérifications de scénarios de tests documentés au sujet des multiples phases d'implémentations, nous avons réussi à entériner la programmation de tous nos modèles auto-adaptables. Ceci a été réalisé, non seulement par la formalisation et la validation des critères d'évaluation et de performances des caractéristiques de nos prototypes développés, mais encore au travers de la mise en oeuvre complète d'une étude suivie de nos concepts comportementaux sur un panel d'utilisateurs aussi variés et représentatifs que possible.

      Facilitant ainsi amplement l'ensemble du travail quotidien de chaque individu, néophyte comme également très expérimenté, et ce en fournissant notamment un soutien convivial, rapide, fiable, efficace et toujours discret si nécessaire, nous aboutissons au prototype d'un complet système intelligent. Tout-à-fait autonome et portable, celui-ci demeure en outre capable de proposer à chaque utilisateur, et même d'opérer par suite seul avec une importante appropriation, l'exécution de tous types d'actions que le système prédit en s'appuyant en permanence sur notre modèle auto-adaptable de l'utilisateur.

      En conclusion, ce mémoire de Thèse récapitule les divers constats et résultats obtenus tout au long de nos travaux de recherche. De plus, en tirant un maximum d'enseignements de nos investigations, nous tenterons également de projeter ces dernières vers de nouvelles perspectives de travail, qui nous apparaissent intéressantes et utiles pour l'avenir des interfaces intelligentes dédiées aux terminaux de communication.


Chapitre 1 : Terminaux de Communication et Interfaces Intelligentes

L'homme n'est pas encore remplacé,
mais nul ne sait mesurer l'impact exact des machines
sur la collectivité et sur les relations entre individus.
Jean-Gabriel Ganascia [ Ganascia, 1993 ]

      Cette citation de Jean-Gabriel Ganascia introduit à merveille ce premier chapitre puisque nous allons nous attacher, entre-autres, à y démontrer très précisément le besoin qu'éprouvent les concepteurs de terminaux de communication à présenter une interface orientée vers une prise en compte "intelligente" des utilisateurs potentiels. De plus, nous découvrons également par ces mots, et ce dans une seule et même phrase, tous les quatre principaux concepts ou entités qui vont nous accaparer tout au long de ce mémoire, à savoir l'homme opposé aux machines, et la collectivité ou le "grand public" qui se distingue des individus en particulier.

      Ainsi, s'il existe aujourd'hui une très grande diversité de machines, de systèmes d'exploitation, de langages de programmation, d'applications logicielles dédiées, mais aussi et surtout d'utilisateurs, ce qui pose problème, désormais, ce n'est plus tant la capacité de calcul ou de mémorisation de ces machines que notre capacité à leur fournir des instructions cohérentes et pertinentes, puis encore à interpréter les résultats qu'elles nous donnent [Ganascia, 1993] .

      Point absolument essentiel, voire même 'charnière' de ce problème général : le concept fondamental de la 'communication' qui asseoit à lui seul les bases de notre présente Thèse.

      Une communication de l'homme à la machine et de la machine à l'homme, où nous voyons déjà apparaître des difficultés de programmation et de génie logiciel, de compréhension mutuelle, de convivialité et d'attrayante humanisation aussi. La communication entre machines ensuite, avec de réels soucis de portabilité et de compatibilité de logiciels que nous aurons à résoudre au cours de nos implémentations. Enfin, la communication entre les hommes eux-mêmes, par machines interposées cette fois-ci, est caractérisée par ses problèmes liés à l'impact des récentes technologies de l'information.

      En conséquence, nous entamons nos travaux de Thèse par des définitions quant à notre domaine Point absolument essentiel, voire même 'charnière' de ce problème général : le concept fondamental de la 'communication' qui asseoit à lui seul les bases de notre présente Thèse.

      Une communication de l'homme à la machine et de la machine à l'homme, où nous voyons déjà apparaître des difficultés de programmation et de génie logiciel, de compréhension mutuelle, de convivialité et d'attrayante humanisation aussi. La communication entre machines ensuite, avec de réels soucis de portabilité et de compatibilité de logiciels que nous aurons à résoudre au cours de nos implémentations. Enfin, la communication entre les hommes eux-mêmes, par machines interposées cette fois-ci, est caractérisée par ses problèmes liés à l'impact des récentes technologies de l'information.

      En conséquence, nous entamons nos travaux de Thèse par des définitions quant à notre domaine principal des terminaux et applications de communication disponibles à ce stade de nos recherches. Forts de ces indispensables données initiales, nous enchaînons par la découverte et la caractérisation du concept des dernières interfaces les plus évoluées, dites "intelligentes" et avant tout tournées vers la prise en compte permanente de la multitude des préférences de chaque utilisateur.

      En effet, après un état de l'art des outils à considérer dans le cadre de notre partenariat avec la société ALCATEL, mais également et surtout des marchés concurrentiels concernant ces derniers, nous établissons plusieurs récapitulatifs de leurs qualités et contraintes d'utilisation les situant les uns par rapport aux autres. Ces catégorisations nous permettent alors de constater que ces nouveaux terminaux de communication et applications associées ne peuvent prétendre, à ce niveau, à une quelconque aptitude à l'apprentissage automatique ou au raisonnement approfondi, ni même auparavant à aucune compétence en matière de représentation des connaissances. Ce type d'avantages ou de "capacités" s'avère cependant aujourd'hui de plus en plus sollicités.

      Après avoir initié le secteur des "interfaces intelligentes", nous apportons en second lieu un panel conséquent de nouvelles définitions destinées à nous permettre ensuite de concevoir un état de l'art fondamental de ce domaine. Insistant principalement à ce niveau sur l'intégration de notre concept de classification hiérarchique des interfaces intelligentes, nos travaux de recherche exposés dans ce chapitre justifient l'élaboration de différents procédés dédiés au traitement plus convivial, personnalisé et automatisé des habitudes répétitives des utilisateurs.

      Combinaison avancée entre l'utilisation réelle des applications "grand public" et l'apprentissage implicite d'un outil dédié à la communication, nos modèles auto-adaptables prendront ainsi l'initiative d'aborder la discussion sur certains concepts que l'utilisateur semble ignorer et dont il pourrait cependant tirer profit dans la situation où il se trouve. En outre, les principaux développeurs ont aujourd'hui tous réalisé que, pour pouvoir vendre un grand nombre de copies de leurs logiciels et faire un maximum de bénéfices, ils doivent également rendre leurs applications facilement utilisables par des personnes n'ayant pas forcément de connaissances très approfondies en informatique [Ibrahim, 1995] .

      Il ne faudra par conséquent jamais perdre de vue, ce en total accord d'ailleurs avec les remarques de Kristina Höök déjà citées [Höök, 1997] , que le surcroît de puissance des ordinateurs n'est pas destiné à asservir l'homme, mais plutôt à véritablement le servir.


1.1. Les terminaux de communication


1.1.1. Introduction


1.1.1.1. Définition du concept

      A l'époque déjà bien évoluée qui est la nôtre, dès que nous abordons la notion de « terminal », nous assimilons presqu'immédiatement cette dernière au concept, général, du transport. Un terminal correspond alors non seulement à un endroit précis où aboutit une ligne de train, d'avion, de métro, de bâteau ou encore de bus, mais aussi à un point unique où conduit une ligne d'informations, de données ou de renseignements.

      Issu de l'anglicisme, le terminal considéré prend en conséquence toute sa dimension, au sens principal d'une fin ou d'une extrémité de quelque chose, d'une ligne de transport ou de... « communication » en l'occurrence pour nous. Plus spécifiquement, dans le domaine des techniques informatiques, un terminal se définit par un organe d'entrée et/ou de sortie relié à un ou plusieurs ordinateurs grâce à une ligne de transmission de données.

      Comme nous venons de le rappeler, la communication demeure liée à la définition, aux fonctionnements successifs et surtout à l'utilité d'un tel terminal, qu'il soit extrait du domaine informatique ou non. Ce moyen de liaison entre deux points, ou encore cet accès à un lieu existant, permet de mettre en relation deux entités, humaines ou matérielles d'ailleurs.

      Ainsi, par extension et en prévision des multiples facettes que nous allons nous attacher à étudier, nous pouvons retenir qu'un « terminal de communication » se définit, avant tout, par un processus matériel capable de traiter les phénomènes concernant la possibilité, pour un sujet, de transmettre une information à un autre sujet, ce par un langage naturel articulé ou par d'autres codes formalisés auparavant.

      Ensuite, nous regardons plus précisément les diverses machines qui nous entourent et notons que le domaine des terminaux de communication, aussi complexe et déjà bien fourni soit-il, englobe aujourd'hui essentiellement deux grandes catégories de produits : le matériel multi-média et les téléphones [Ikonicoff, 1999] .

      La première classe de machines énoncée ici se décompose en plusieurs sous-groupes bien distincts comme les ordinateurs, fixes mais également portables, les nouveaux assistants numériques personnels, ou encore tout récemment les télévisions interactives. L'architecture et les composants matériels de ces terminaux demeurent de tout premier ordre pour permettre à ces derniers et aux hommes de communiquer. Ceci avancé, nous verrons maintes fois que c'est aussi grâce à des applications de haut niveau et à des logiciels de qualité que ces appareils vont progressivement réussir, en matière de communication, à s'imposer aux côtés de la téléphonie.

      Les téléphones, ou plus généralement le domaine des télécommunications, retient davantage l'ensemble des réalisations mises en oeuvre au sein du Groupe ALCATEL. A l'image de ce vaste secteur et à l'origine de la fabrication du fameux Minitel, ALCATEL se place dans les tous premiers rangs mondiaux en matière d'équipements dédiés à la téléphonie. Nous retrouvons trois nouvelles parties qui composent cette catégorie des terminaux de communication, à savoir les appareils fixes (filaires ou non), les téléphones mobiles ainsi que, depuis peu, les terminaux Internet ou « WebPhone ». A remarquer également que, en accord avec la précédente catégorie du matériel multi-média et comme nous nous sommes attachés à le développer au cours de nos présents travaux de recherche, la richesse et les capacités de la couche applicative apparaissent à ce niveau primordiales pour la conservation d'un caractère évolutif à ce type de machines.

      Il faut également spécifier que les deux catégories mises en avant pour une description du domaine des terminaux de communication tendent aujourd'hui à se rapprocher et même à se fondre en de nouvelles classifications davantage orientées vers les progressions les plus récentes du marché. Ainsi est né par exemple, issu de la dernière conjoncture caractérisant nos terminaux de communication, le vaste marché des 'terminaux mobiles' [Leclercq, 2001] englobant celui des téléphones mobiles ou GSM (Global System for Mobile communications) et celui des assistants numériques personnels (Personal Digital Assistant ou PDA).


1.1.1.2. Etat des marchés et contexte évolutif actuel

      Face à un commerce des téléphones portables qui s'essouffle après avoir pourtant joué le rôle de locomotive sur le marché de la mobilité, les constructeurs de PDA font aujourd'hui preuve d'une santé insolente [Leclercq, 2001] . Un phénomène étroitement lié au succès récent de ces derniers terminaux, à la fois légers, puissants, communicants et maintenant en couleur, qui s'introduisent facilement là où une solution à base de PC ne se justifie pas pour des raisons de coût ou d'encombrement.

      En déployant une série d'applications très spécifiques, les capacités de communication de ces derniers PDA sont en effet très évoluées [Nemec-Poncik, 2001-2] : synchronisation des données avec un PC, compatibilité des applications et des bases de données avec celles de l'entreprise, transfert de données entre deux PDA (par l'intermédiaire de ports infrarouges), sans oublier la consultation de mails. Les assistants personnels de nouvelle génération s'intègrent ainsi pleinement dans le réseau de communication de chaque entreprise.

      Cependant, les constructeurs s'attachent encore à étoffer la capacité mémoire de leur offre PDA, par ajout de cartes ou de modules notamment, par la taille et le prix des écrans aussi, ainsi que par le nombre de fonctionnalités : carnet d'adresses, agenda avec une alarme, recherche de contacts, connexion à Internet, calculatrice, lecture de mails, ...

      Les assistants numériques personnels sont très simples à utiliser (pas de menu déroulant interminable pour trouver une application, mais des icônes explicites sur lesquelles il suffit de cliquer). ALCATEL en prend bonne note et lance, dès le mois de Septembre 1998, un téléphone mobile doté de nouvelles fonctionnalités d'agenda électronique : le 'One Touch Com' [Derouet & Flores, 1998] . Les fonctions 'calendrier', 'bloc-notes', 'répertoire', 'calculatrice' et 'horloge planétaire' sont regroupées au sein de ce terminal de communication ; au total, ce sont près de mille données qui peuvent y être stockées, soit une importante capacité de 350 Ko pour l'époque. Compatible avec les protocoles SMTP et POP3, l'accès à la messagerie Internet est aussi déjà au nombre des fonctions offertes avec la réception et l'émission de messages électroniques.

      En concurrence avec le 'Personal Mobile Communicator' de Sharp mais aussi le 'Communicator' de Nokia (cependant déjà pourvu d'un navigateur Internet), ces trois téléphones portables correspondent à un nouveau genre dénommé SmartPhone : outre leur vocation première de téléphone GSM, ils font également office de Personal Digital Assistant ou PDA.

      Le rapprochement annoncé entre les deux principales catégories qui composent les terminaux de communication, à savoir les télécommunications et le domaine de l'informatique en général, ne fait que s'amorcer [Finance, 2000] . Comparés aux PC, les PDA ouvrent une nouvelle ère de la 'micro-informatique' portable, basée essentiellement sur un succès grandissant dans les entreprises ainsi qu'auprès du grand public [Nemec-Poncik, 2001-2] . Du côté de l'informatique, plusieurs exemples bien avangardistes nous sont également proposés en ce sens.

      Ainsi, nous pouvons déjà noter le récent lancement aux Etats-Unis du terminal 'eVilla' de Sony [Vladyslav, 2001-1] , à l'origine d'un autre concept de terminaux de communication, uniquement dédiés à l'utilisation d'Internet. En effet, à l'instar d'une majorité des terminaux évoqués, ce dernier modèle s'oriente vers les secteurs les plus innovants du domaine des télécommunications en se focalisant sur la découverte et la manipulation du réseau des réseaux. Avec un système d'exploitation signé Be, Opera Version 4.0 comme navigateur et surtout un écran Trinitron 15 pouces orienté en format 'portrait', Sony intègre le nouveau domaine des 'Internet Appliances', ou 'terminaux d'accès Internet', et joue l'alternative de machines simples d'emploi pour les utilisateurs qui ne sont pas mordus d'informatique. Logée dans un écran 'retourné' résolument original, l'unité centrale de ces PC simplifiés est dotée en définitive de 64 Mo de mémoire vive et présente, en l'absence de disque dur, deux ports 'série' qui supportent le branchement d'un lecteur Zip de 250 Mo et d'une imprimante.

      Ceci exposé, nous découvrons un second exemple de ce nouveau concept des terminaux d'accès Internet : la Dot.Station d'Intel fonctionnant sous Linux. Entièrement configurée à l'avance et administrable à distance, la machine est composée d'un écran 15 pouces renfermant l'unité centrale et possède, au contraire de la précédente, un disque dur de 4 Go. Si l'idée principale demeure de permettre un accès Internet le plus simple possible, l'accent est mis sur un contrôle maximal par le fournisseur d'accès, garant d'une sécurité très appréciable de nos jours pour les données de chacun des utilisateurs.

      Les photographies que nous présentons ci-dessous nous amène à prendre visuellement connaissance de ces derniers terminaux de communication mis sur le marché de l'informatique et des télécommunications ( Figure 1.1.1.2 ).

      

Figure11.1.1.2 : Photographies des derniers terminaux de communication de Sony (à gauche) et Intel , pleinement dédiés au réseau Internet [Vladyslav, 2001-1]

      


1.1.1.3. Justifications de l' ensemble de nos orientations initiales de travail

      Le monde des télécommunications, comme celui de l'informatique qui lui est de plus en plus fortement lié, commence progressivement à assimiler que les multiples appareils, machines et terminaux de communication ne peuvent plus se passer d'une convergence des données vers les désirs de l'homme et ses besoins toujours plus personnalisés.

      Comme le soulignait récemment le cabinet d'études Arthur Andersen, « le marché de la téléphonie mobile affronte aujourd'hui les difficultés connues, un an plus tôt, par le commerce électronique : celui d'un emballement autour d'une technologie révolutionnaire en perdant les caractéristiques vraiment utiles, à savoir celles qui débouchent sur des applications localisées, personnalisées, accessibles au bon moment, conviviales et peu coûteuses. » [Leclercq, 2001]

      Ainsi, à brève échéance déjà, la croissance du marché de la téléphonie mobile va, dans un premier temps, avant tout reposer sur les services de messagerie, de courrier électronique et de publication d'information, puis sur les applications multi-médias et le commerce électronique. Un point de vue une nouvelle fois défendu par le cabinet d'études Arthur Andersen pour qui « la valeur ajoutée, en téléphonie mobile, sera apportée par les applications ».

      Pour en tirer des enseignements de base visant à initier nos divers travaux de recherche, nous retenons à ce niveau que les acteurs qui participeront le plus à cette nouvelle chaîne de valeur seront, d'une part, les apporteurs de contenus, mais aussi et surtout, d'autre part, ceux qui seront en contact direct avec le client. Ils s'attacheront ainsi à remédier à ses propres problèmes, à ses souhaits quotidiens, personnalisés et ciblés.

      Dans cette optique, ALCATEL lance, au début de l'année 1994, une gamme complète de standards téléphoniques qui permettent aux entreprises d'intégrer, dans un même système, toutes les formes de communication [Chabbert, 1994] .

      Grâce au développement d'une architecture de commutation spécifique ALCATEL 4400 et à l'intégration d'un système d'exploitation temps réel conforme au standard Unix, ALCATEL espère couvrir, avec une seule gamme, tous les besoins du marché européen dans ce domaine. A la fois autocommutateur, multiplexeur, frontal de communication multi-média (voix, données, images) et plate-forme applicative, la nouvelle gamme de standards téléphoniques numérisés ALCATEL 4400 permet aujourd'hui d'intégrer, au sein d'un même système, la communication de l'entreprise sous toutes ses formes. Des photographies précises, correspondant aux dernières versions de ces différents produits, nous sont proposées ci-dessous ( Figure 1.1.1.3 ).

      De plus, il est encore à noter que cet outil facilite aussi le portage de logiciels issus du commerce et la communication avec des outils informatiques (ordinateurs, réseaux locaux, etc).

      

Figure21.1.1.3 : Derniers serveurs de communication et standards téléphoniques numérisés "ALCATEL 4400" [Alcatel, 2000]

      Face au développement phénoménal de la bureautique au cours de la dernière décennie, une intégration des outils informatiques et de télécommunication devenait en effet indispensable. Le standard téléphonique numérisé ALCATEL 4400 met ainsi pleinement le réseau et les fonctions du téléphone au service de l'informatique. Sur ces bases solides, nous allons pouvoir définir, concevoir, implémenter et valider nos divers modèles auto-adaptables.

      Ce contexte de recherche à présent spécifié, nous avons aussi été amenés à prendre part à la naissance et au lancement, sur un marché toujours dédié au 'grand public', d'un autre terminal de communication de tout premier plan en ces années 1998 et 1999 de début de Thèse. Nous avons ainsi nommé le « WebPhone » ou « terminal téléphonique Internet » d'ALCATEL. L'avènement extrêmement rapide de tels terminaux de communication a été avant tout catalysé par la découverte des possibilités incommensurables pour le 'grand public' du réseau Internet. Concernant ces travaux sur les terminaux de communication, sur les nouvelles générations de réseau aussi, de services professionnels et résidentiels enfin, les équipes de recherche d'ALCATEL s'impliquent en définitive pleinement dans l'étude des services multi-médias les plus avancés, ainsi que sur l'optimisation de leurs récents produits. Cette dernière nous a été alors confiée, en partie bien sûr, dans le cadre de la Thèse.

      Nous précisons en outre que, si ce premier chapitre de notre mémoire constitue la base préalable de notre travail de recherche, il demeure néanmoins tout aussi manifeste qu'il nous a constamment fallu ne pas perdre de vue que ce domaine des terminaux de communication est sujet à une évolution de tous les instants. Le contexte de nos recherches s'est ainsi beaucoup modifié depuis trois ans, et continue encore d'évoluer, même quotidiennement parfois !...


1.1.2. Découverte et état de l' art du ' Webphone '


1.1.2.1. Contexte historique , caractéristiques et propriétés générales

      Avec la création de la télématique en 1976, et le lancement ensuite du Minitel en 1983, apparaît, en France, un marché véritablement très attirant autour de ce dernier et tout nouveau terminal de communication [Belot, 1999] . Près de vingt ans après, une réelle confirmation nous en est apportée, puisque nous pouvons notamment constater que l'on compte de nos jours pas moins de 15 millions d'utilisateurs du Minitel pour 6 millions de terminaux.

      Afin d'attirer vers eux tous ces utilisateurs intéressés, plusieurs acteurs principaux du marché des télécommunications décident alors de lancer des boîtiers de communication aux fonctions multiples. Ces "tout-en-un", appelés "ScreenPhone" à l'origine, offrent ainsi à la fois un téléphone aux fonctions avancées, les services Minitel en couleurs, et des services Internet comme la messagerie électronique, le Web et le commerce électronique. Le 'Webphone' est né.

      Cependant, devant un potentiel aussi prometteur, la concurrence entre les différents protagonistes devient immédiatement très vive. En témoigne d'ailleurs le nombre et la richesse des membres de l'ISRF, ou « Internet Screenphone Reference Forum », créé au niveau mondial par France Télécom dès le début de l'année 1998. Nous relevons par exemple, et par ordre alphabétique, l'implication de sociétés comme ACER, ALCATEL Business Systems, BELGACOM, DEUTSCHE TELEKOM, ERICSSON, France Télécom bien sûr, IBM, INFOGEAR, LOTUS Development Corporation, MATRA NORTEL Communications, PHILIPS Consumer Communications, LUCENT Technologies, SAGEM, SIEMENS, SUN Microsystems, SWISSCOM, TELIA et même US WEST. Ce moyen de concertation dédié au nouveau 'Screenphone' s'installe comme un organisme ouvert, mis en place pour établir un cahier des charges de normes destinées à soulager le développement d'un marché grand public mondial focalisé sur un terminal de base facile à utiliser [ISRF, 1999] . Avec un accès à Internet basé essentiellement sur des technologies Java, l'ensemble des caractéristiques ainsi déterminées adresseront des standards d'interfaces entre le terminal et l'opérateur de réseau ou encore les fournisseurs de service.

      Indispensable à l'établissement de prototypes pour un interfaçage intelligent concernant ce type de terminal de communication, nous nous proposons de nous attarder sur un état de l'art complet des dernières avancées technologiques inhérentes au 'Webphone', ce par la description détaillée des principaux terminaux disponibles sur le marché depuis 1998.

      L'Annexe 1 propose une étude approfondie des caractéristiques du 'Web Touch One' d'ALCATEL, avec accès facile à Internet pour le 'grand public' et mis en oeuvre en partenariat avec la société THOMSON Multimedia. Nous nous attachons également à découvrir et à spécifier les principaux concurrents du précédent terminal de communication, que ceux-ci soient :

  • - le 'WebPhone @net' de Siemens, tout premier rival déclaré,
  • - le 'Tel@phone' de Matra Nortel Communications, d'origine et de conception entièrement françaises,
  • - le 'Web Audio Phone' de Samsung,
  • - le '@Max' de COM One,
  • - ou encore 'l'Internet Screenphone' d'Universal Microelectronics Company (UMEC), réalisé en coopération avec l'imposant constructeur d'équipements et de logiciels de télécommunication qu'est LUCENT Technologies (Bell Labs).

      Nous évoluerons alors vers l'intéressant constat que, convivial, souvent doté d'un écran tactile couleur, d'un clavier rétractable aussi ainsi que d'un combiné téléphonique intégré, ces terminaux Web permettent finalement à tout particulier d'accéder rapidement et plus aisément que jamais au réseau des réseaux que définit Internet [Alcatel, 2001] .


1.1.2.2. Les Terminaux Internet : récapitulatif et premières conséquences

      Oscar du meilleur produit lors du salon du CeBIT à Hanovre en 1998 [Bessières, 1999] , nous avons constaté que le 'Webphone' d'ALCATEL, rebaptisé donc 'Web Touch One' depuis, est resté une des vedettes au salon Telecom de Genève à la mi-Octobre 1999. En outre, l'engouement pour ce type de terminaux de communication dédiés à Internet ne diminue pas avec les années. Au contraire, il ne fait qu'accroître avec la succession des présentations qui lui sont régulièrement réservées, organisées pour les diverses professions de spécialistes issus des domaines scientifiques concernés, mais aussi à l'intention du 'grand public' [CeBIT, 2001] .

      Un terminal téléphonique et télématique, relativement bon marché et conçu aussi pour un accès direct à Internet, est assurément séduisant. Tout le problème réside ensuite dans son positionnement sur le marché mondial, notamment dans un contexte où les ordinateurs eux-mêmes deviennent de plus en plus accessibles. En plus d'ALCATEL qui se trouve à l'origine du concept du 'Webphone', nous avons relevé que Siemens, Matra Nortel Communications, Samsung, COM One, Universal Microelectronics Company, et ce même en allant jusqu'à Sony, ont de fortes ambitions sur ce domaine, quoique plus modestes pour certains groupes comme nous le rappelons plus loin ( Tableau 1.1.2.2 ). Mais tous doivent orienter les capacités de ces nouvelles machines de communication vers une proximité, une 'personnalisation' et une réelle automatisation dédiées aux besoins d'un utilisateur 'grand public'. Ce dernier constat revêt alors le rôle primordial des fondements attachés aux théories 'd'intelligences' qui nous intéressent.

      ALCATEL poursuit aujourd'hui ses recherches dans ces directions, au sein des structures d'Atlinks, société partagée (joint-venture en anglais) entre ALCATEL et THOMSON Multimedia, et qui se place en tête sur le marché mondial actuel des terminaux Internet [Alcatel, 2001] . La gamme 'Web Touch' commence à répondre à une demande de plus en plus évoluée pour de nouvelles applications destinées au 'grand public' : commerce électronique, prévisions météorologiques, circulation routière, etc. Cette même gamme 'Web Touch' constitue aussi une des meilleures alternatives pour satisfaire la demande des utilisateurs sur les marchés verticaux à fort potentiel comme la banque électronique, les assurances, l'hôtellerie ou encore l'industrie automobile. La conjoncture du marché mondial des 'Webphone' justifie donc les orientations d'auto-adaptation et d'interfaçage intelligent que nous avons choisies de modéliser.

      Nous présentons, sur la page suivante, un tableau bien récapitulatif des caractéristiques significatives, contraintes techniques et capacités d'utilisation extraites des appareils les plus remarquables composant le marché des terminaux de communication Internet ( Tableau 1.1.2.2 ). A noter qu'une case de ce tableau comportant un tiret signifie que l'information correspondante n'est pas disponible à l'heure actuelle, ou que la société concernée n'a pas souhaité nous divulguer de détails à ce sujet, souvent pour des raisons évidentes de forte concurrence.

      Ainsi, au moment où l'ordinateur reste l'outil numéro un des hommes pour se connecter à l'Internet, il apparaît de plus en plus sûr que les 'Webphones' ont des avantages indéniables, en termes de convivialité comme de simplicité d'accès [Thorel, 1999] .

      Cependant, nous retenons ici aussi qu'une des principales difficultés de nos recherches se résume par le fait que les machines ne cessent d'évoluer à grande vitesse, en possédant une durée de vie très courte. En conséquence, nous avons constamment dû nous adapter et chercher à établir nombre de concepts évolutifs, incrémentaux et surtout capables de résister aux rapides changements matériels annoncés pour le futur. De plus, nous relevons, à l'image des dernières années que nous venons tous de vivre, que l'avenir nous réserve sûrement des surprises dans ce domaine des terminaux de communication et, par extension, des télécommunications. En effet, nous pouvons espérer que notre soif permanente de technologie, d'innovation, d'automatisation, d'assistanat implicite, de relations humaines et de curiosité interactive aussi, sera toujours comblée et satisfaite. Pour n'en citer qu'un, voici un exemple choisi parmi les plus récents et qui nous entraîne vers cette vision d'un futur surprenant lié aux communications ( Figure 1.1.2.2 ).

      

Figure31.1.2.2 : Photographie du terminal Internet "iCOM" de la société Interactive Imaging Systems (IIS) [Courrier, 2001]

      Ce récent terminal de communication, qui s'apparente très nettement à un simple objet de la vie courante, a la taille d'une grosse télécommande. Au milieu, une dépression en plastique mou sert de pointeur à l'utilisateur. Equipé d'un microphone, d'un haut-parleur et d'une prise de casque, 'iCOM' possède une sorte d'oeilleton protubérant [Courrier, 2001] . L'internaute qui y colle son oeil perçoit alors une image équivalente à celle d'un écran couleur de 21 pouces, soit pas moins de 60 centimètres de diagonale !

      Caractérisée par une mémoire vive de 32 Mo, cette machine futuriste d'Interactive Imaging Systems se voit attribuée une autonomie de fonctionnement de plus de 12 heures grâce à une batterie en lithium de dernière génération. Et si le système comprend enfin un navigateur, un lecteur de fichiers musicaux et un gestionnaire de courrier électronique, le tout est connecté à l'Internet par un modem, avec ou sans fil.

      
Tableau11.1.2.2 : Récapitulatif des caractéristiques techniques et contraintes d'utilisation émanant des principaux terminaux de communication de type "WebPhone"

Modèles


Composants
ALCATEL

Web Touch One
Siemens

WebPhone @net
Matra Nortel

Tel@phone
Samsung

Web Audio Phone
COM One

@Max
UMEC

Internet Screenphone
Date de Sortie Automne 1999 - Décembre 1999 Début 2000 Printemps 2000 Début 2001
Système d'Exploitation PersonalJava Windows CE Windows CE 2.1 pSOS
PersonalJava
QNX -
Control
Process
Unit
Motorola Power
PC 823
66 MHz
- X86 StrongArm
(ISA-1100)
NS Geode Media Gx1
266 MHz
-
Disque Dur 2 Mo
(1000 adresses)
100 mails
ou
20 fax
- - 250 entrées -
Mémoire Vive 32 Mo - 20 Mo 16 Mo 32 Mo -
Bouton dédié au Minitel oui - oui non oui oui
Lecteur de Carte à Puce oui oui oui oui oui non
Web HTTP 1.1
HTML 3.2
SSL 3.0
bouton dédié
JavaScript
HTML 3.2
SSL 3.0
bouton dédié
HTTP 1.1
HTML 3.2
SSL 3.0
HTTP 1.1
HTML 3.2
SSL 3.0
JavaScript
HTTP 1.1
HTML 3.2
SSL 3.0
JavaScript
HTTP 1.0
HTML 3.2
SSL 3.0
bouton dédié
Connexion 33,6 Kbps 33,6 Kbps 33,6 Kbps 56 Kbps
Ethernet
10 base T
56 Kbps
Ethernet
10/100 base T
56 Kbps
Messagerie SMTP
POP3
IMAP4
diode clignotante
SMTP
POP3
POP3
IMAP4
POP3
IMAP4
SMTP
POP3
voyant lumineux
SMTP
POP3
indicateur lumineux
Ecran tactile VGA
256 couleurs
640 x 480
7,5 pouces
tactile
monochrome
640 x 480
tactile
256 couleurs
8 pouces
tactile
256 couleurs
8,2 pouces
LCD VGA
16 millions de couleurs
640 x 480
8,2 pouces
tactile
VGA
couleur
7,4 pouces
Clavier alpha-numérique externe "azerty" "azerty" alpha-numérique
TouchPad
alpha-numérique

      Nous relevons de ce tableau récapitulatif que les terminaux de communication de type 'WebPhone' et dédiés à 'l'accès facile' à Internet sont des outils informatiques et télématiques très récents. Les choix effectués par les constructeurs au niveau des systèmes d'exploitation respectivement mis en oeuvre se partagent en deux tendances principales : PersonalJava de Sun et Windows CE de Microsoft. Cependant, les informations que nous avons pû obtenir au sujet des caractéristiques attenantes aux coeurs-mêmes de ces terminaux, à savoir les puces électroniques (CPU ou Control Process Unit) et les disques durs utilisés, sont aussi disparates que difficiles à déchiffrer et toujours jalousement protégées. La concurrence entre fabricants demeure féroce et tout-à-fait palpable, mais bien compréhensible au vu des énormes enjeux financiers : le paragraphe 1.1.1.2 abordé précédemment a permis de nous en fournir un premier aperçu.

      Ceci dit, une grande majorité des composants du Tableau 1.1.2.2 montre toutefois que les orientations des terminaux de communication évoluent à grands pas vers davantage de capacités techniques, de commodités et d'aisances pour l'utilisateur. Rares sont les appareils qui ne dépassent pas 16 Mo de mémoire vive, qui ne mettent en avant des boutons dédiés à des fonctionnalités uniques, précises et ciblées, ou même ne font valoir un avangardiste lecteur de carte à puce. Cette focalisation sur l'entité finale que représente l'utilisateur se traduit même jusqu'aux constantes améliorations apportées aux périphériques classiques tels que l'écran (tactile pour tous, avec une taille et un panel de couleurs aussi étendus que possible) et le clavier (inévitablement alpha-numérique et au rangement pratique pour la plupart).

      Enfin, et c'est bien là que tous ces terminaux Internet se rejoignent inexorablement, tout a été fait lors de la conception de ceux-ci pour aboutir à de véritables et efficaces moyens de communications pluri-directionnelles : aussi bien au niveau de la rapidité de transfert des données (33,6 Kbps pour les plus anciens, 56 Kbps avec carte Ethernet pour les derniers en date) et de la richesse des logiciels de gestion du Web, qu'en ce qui concerne plus spécifiquement les qualités et les différents protocoles de messagerie mises à disposition de l'utilisateur. Ainsi, tous les travaux inhérents aux présents et futurs terminaux de communication se voient orientés vers un interfaçage homme-machine de plus en plus évolué et complet, choisi de manière nettement plus judicieuse que dans le cas des divers outils de communication ayant déjà jalonné le passé.


1.1.3. Un second dispositif pour nos recherches : la 'Messagerie Unifiée'


1.1.3.1. Introduction et principales caractéristiques

      Nous avons déjà maintes fois constaté, au cours de la partie précédente, que les usagers d'Internet croient beaucoup en l'avenir de ce média. Cela établi, nous découvrons que, pour eux, l'activité Internet est aussi très majoritairement associée à la pratique du courrier électronique (91%) [Cohu-Weill, 2001] . Et c'est seulement loin derrière qu'ils font appel au Net dans le cadre de la recherche d'informations, que ce soit pour le domaine professionnel (59%), les loisirs (74%) ou encore la vie pratique (93%). Si les usages plus spécialisés (discussions, forums, jeux en réseaux, achats en ligne) sont cependant moins courants, le téléchargement de fichiers, programmes et musique, fait de son côté un bon score avec 47%.

      En outre, nous pouvons noter que le jugement que portent les internautes sur le réseau des réseaux est plutôt positif : en effet, ils apprécient beaucoup l'utilisation pédagogique qu'ils peuvent en faire (75%), ainsi que les possibilités de simplification de la vie quotidienne (70%). Ils soulignent de plus que le Web peut apporter à la création littéraire et artistique, de même qu'aider au développement de l'activité professionnelle à domicile.

      Il ressort donc, dès à présent, que la messagerie électronique caracole nettement en tête des diverses applications et manipulations opérées de nos jours sur le réseau Internet. Toutefois, si du côté du 'grand public' la masse de publicités estampillées 'www' dans les magazines et les médias tendrait à nous faire croire que tous les Français sont connectés à l'Internet, on navigue là encore entre douce illusion et vaste intoxication [CCI, 2001] . En effet, d'importants besoins en développement et en formation, mais aussi en ergonomie, en convivialité, en proximité, en personnalisation et en auto-adaptation semblent aujourd'hui nécessaires quant à la découverte et à l'utilisation des capacités de communication électronique inhérente à un tel outil planétaire.

      Nous ne pouvons que constater, alors, que la messagerie électronique impose une réelle gestion de tous les instants, stricte et rigoureuse. Elle devient tous les jours plus professionnelle et de nombreux organismes cherchent actuellement à rendre l'offre qui lui correspond plus réactive et plus fiable [Bordage & Saiz, 2001] .

      L'utilisation des e-mails est devenue monnaie courante pour les sociétés. Et si la plupart d'entre-elles ne l'utilisent pas encore comme un outil de communication et de 'marketing' à part entière, chaque message envoyé véhicule néanmoins l'image et les valeurs de l'entreprise. Si cela induit que le traitement de ces e-mails, entrants comme sortants, se doit d'être efficace, il tend également à garantir un service de qualité, dédié à l'ensemble de la clientèle, et constitue le meilleur vecteur pour bâtir une relation forte et durable avec tous les partenaires d'une entité. De nombreux modules, parfois nouveaux, peuvent venir se greffer sur le processus de messagerie : l'infrastructure de gestion des e-mails s'enrichit ainsi au fur et à mesure des besoins de l'entreprise. Au départ simple outil de transmission au format 'texte', la messagerie assume désormais beaucoup de fonctions commerciales, gère la sécurité ainsi que la confidentialité des transactions, etc. Pour exemple, les anti-virus et autres filtres ont été les tous premiers modules adjoints aux différents serveurs chargés de la réception et de l'émission des messages électroniques. Plus récemment, des plates-formes de 'marketing', dédiées à l'envoi en nombre d'e-mails et à l'amorce du traitement des e-mails entrants, sont venues renforcer ce dispositif.

      Mais nous reviendrons sur tout ceci lors de nos prochaines investigations attachées à rendre 'intelligente' la messagerie électronique 'unifiée' mise sur le marché par ALCATEL.

      En attendant, il nous reste à définir ce qu'est la notion de 'Messagerie Unifiée', seconde catégorie de produits orientés vers le monde de la communication et mis à notre disposition par ALCATEL pour accueillir nos travaux successifs d'analyse, de modélisation, de conception et, en définitive, d'implémentation et de validation.

      Nous retiendrons alors que le domaine de la messagerie unifiée se trouve être tout aussi récent que le précédent concept relevant des "Webphone", et présente une nouvelle fois de très intéressantes caractéristiques avangardistes dans le cadre de nos recherches. Plus techniquement, ce deuxième secteur issu des catalogues d'ALCATEL correspond à une application logicielle dédiée à la messagerie électronique, sur ordinateur comme sur poste téléphonique, et via le réseau Internet bien entendu. En outre, elle est qualifiée "d'unifiée" du fait qu'elle regroupe, en un unique produit, le traitement de plusieurs médias distincts comme les e-mails, les voice-mails, les fax ou encore les SMS ("Short Messages Services") [Lichtner, 2000] , tout en manipulant ces différents messages en une seule et même interface-utilisateur.

      D'un autre côté, nous nous devons de signaler qu'il ne faut absolument pas confondre le concept de "Messagerie Unifiée" avec celui de "Messagerie Intégrée". En effet, si ces procédés font tous deux appel à une seule interface-utilisateur, l'architecture de la messagerie unifiée surclasse son homologue puisqu'elle se compose aussi d'un unique lieu de stockage (ou serveur), d'un unique annuaire ou répertoire pour chaque utilisateur, ainsi que d'un seul administrateur pour tout le système. La messagerie intégrée, au contraire, a elle toujours besoin de plusieurs lieux de stockages différents, de plusieurs répertoires aussi pour un même utilisateur, et surtout d'une administration sur terminaux au moins dédoublée [Alcatel, 2000] . Un inconvénient de taille apparaît pour ce principe de messagerie intégrée, à savoir que ce concept requiert une capacité très élevée au niveau des réseaux locaux d'une entreprise, notamment car il demeure nécessaire de copier l'ensemble des messages et des annuaires entre différents serveurs dédiés.

      A présent, nous nous proposons de prendre connaissance des diverses propriétés de l'application de "Messagerie Unifiée" d'ALCATEL, appelée "AUM", de même que de toutes celles composant aujourd'hui le panel de la concurrence d'un tel outil de communication.


1.1.3.2. Contexte général du marché de la 'Messagerie Unifiée'

      Selon le cabinet d'études F&H, le marché des applications de messagerie unifiée devrait atteindre 5 milliards de Dollars en 2005, contre seulement 549 millions de Dollars aujourd'hui [Lichtner, 2000] . Il s'agit là d'une progression pouvant être qualifiée de fulgurante, d'autant plus que ce secteur apparaît dopé par les nouvelles technologies, dont Internet, mais surtout par l'explosion des applications sans fil, associant les assistants numériques personnels (PDA) et la téléphonie mobile (GSM) que nous avons déjà étudiés. La personnalisation et la mobilité sont en conséquence les premiers facteurs pour faire décoller ce marché.

      Le marché de la messagerie unifiée, solutions destinées aussi bien aux entreprises qu'au domaine du 'grand public', demeure en outre très hétérogène. Les offres de messagerie unifiée regroupent des acteurs issus d'univers très variés. Nous y trouvons des éditeurs tels que Lotus, Microsoft ou Novell, des opérateurs comme France Télécom et Cegetel, des constructeurs (IBM, Sun), des spécialistes du réseau avec Lucent, et des fournisseurs de GSM (Nokia, Ericsson, Siemens, ALCATEL). Aucun domaine n'échappe à cette nouvelle vague, et nous pouvons même trouver certains fournisseurs d'accès Internet qui allouent aujourd'hui ce type de service.

      Fort de ce constat, le cabinet d'études Ferris Research, spécialisé dans les nouvelles technologies, distingue deux catégories de fournisseurs [Lichtner, 2000]. Il s'agit alors, d'une part, de ceux qui proposent des solutions sur mesure (IBM, Lotus, Siemens, Ericsson, Lucent, Sun, Microsoft, etc) visant surtout les grandes entreprises, et, d'autre part, des éditeurs qui offrent des solutions "clé-en-main" destinées aux plus petites sociétés, mais aussi aux particuliers séduits par les avantages de la messagerie unifiée. Ces éditeurs avancent des plates-formes intégrées pour fédérer la voix, les fax et les messages électroniques. Quant aux entreprises concernées, ce sont plutôt celles qui génèrent un important trafic d'informations (services "marketing", consultants, relations publiques, communications, etc). Mais cela peut être également des petites ou des moyennes entreprises qui ont des collaborateurs itinérants...

      En conclusion à cette étude de marché, remarquons qu'ALCATEL se place sérieusement dans chacune de ces deux précédentes catégories, et fournit des solutions pour les entreprises, sans exception, qui possèdent déjà un système e-mail complet et/ou des postes téléphoniques de type "4400" (se référer au paragraphe 1.1.1.3 pour davantage de précisions à ce sujet).

      L'Annexe 1 nous apporte une nouvelle fois le détail des diverses caractéristiques issues de cet innovant domaine, non seulement selon ALCATEL au travers bien entendu de "l'ALCATEL Unified Messaging" (AUM), mais également d'après ses principaux concurrents listés ci-après :

  • - "SmartPhone Messagerie Unifiée" (SMU) de Novavox,
  • - "David Professional" (Version 6.0) de Tobit Software, éditeur allemand,
  • - "Enterprise Interaction Center" (ou encore EIC), développé par la société américaine Interactive Intelligence,
  • - "Freeplanning" produit par la société française du même nom, créée à Paris par une équipe de quatre professionnels du Web et partenaire de SUN Microsystems.

1.1.3.3. La 'Messagerie Unifiée' : récapitulatif et nouvelles perspectives

      Nous pouvons d'emblée retenir à ce niveau que l'offre et les technologies inhérentes au concept de la messagerie unifiée commencent à affluer. Devant ce jeune domaine d'outils de communication électronique qui ne fait encore que poser ses premières bases, se profile une des principales difficultés de nos recherches, à savoir une indispensable adaptation de notre part, associée à une anticipation et à un contexte de travail en permanente évolution.

      Par conséquent, à l'image des conclusions établies précédemment sur les "Webphone", nous nous sommes constamment attelés à intégrer dans nos propres travaux les modifications successives apportées par les protagonistes de la messagerie unifiée. Sans oublier que nous nous sommes aussi régulièrement demandés dans quelles mesures nous pouvions prévoir, avec un maximum de précisions, les avancées des différentes sociétés dans ce domaine en devenir.

      Ainsi, malgré un environnement en perpétuelle progression, nous réussissons à extraire plusieurs critères importants et communs aux diverses applications étudiées. En effet, aussi bien ALCATEL que Novavox, Tobit Software, Interactive Intelligence et Freeplanning s'attachent tous à rechercher, en premier lieu, une réelle facilité d'intégration quant à leurs produits respectifs, notamment en implémentant des applications modulaires sur des architectures "client-serveur" existantes. Nous noterons en plus à ce propos que la majorité des plates-formes que nous avons abordées font appel à Microsoft Windows et/ou Exchange.

      Par suite, les sociétés ciblées présentent au moins un module destiné à la fonction d'administration du système. Avec des options de gestion et d'archivage, les messages multi-médias sont traités, qu'ils soient réceptionnés ou envoyés, en visant une forte efficacité et une centralisation générale, comme pour l'uniformalisation des messages dans "l'ALCATEL Unified Messaging". D'ailleurs, ALCATEL et Novavox proposent, de manière conviviale, la possibilité de configurer la messagerie : taille de chaque boîte aux lettres, temps de validité des messages, etc.

      Mais la richesse de ces différents logiciels ne s'arrête pas là, puisque nous avons également constaté que nombre d'extensions, toutes plus intéressantes les unes que les autres, nous sont proposées par les sociétés successives. A noter que c'est essentiellement ainsi, avec un coeur théorique et des principes de conception presqu'identiques, que la distinction entre les applications de messagerie unifiée s'effectuent sur le marché actuel.

      A l'image du "Webphone", le domaine de la "Messagerie Unifiée" se trouve donc devant un avenir très prometteur et capable d'apporter à celle-ci d'importantes améliorations. Dans ce contexte rendu difficile du fait d'une rude concurrence entre les entreprises concernées, il faut souligner que "l'AUM" se situe très nettement dans le peloton de tête, grâce aux capacités reconnues et à la grande expérience d'ALCATEL en matière d'équipements de télécommunication. En tête du marché mondial de la mise en oeuvre des réseaux télématiques, ALCATEL se distingue également de ses poursuivants par la prise en compte dans "l'AUM" d'un unique réseau d'administration et d'une architecture d'interfaçage orientée vers les besoins de l'utilisateur.

      Dans cette optique, primordiale à notre époque, nous allons chercher à approfondir et à innover les caractéristiques propres au travail répétitif et quotidien de nos utilisateurs. Conforme à la démonstration apportée au niveau des terminaux Internet, force est de constater qu'un réel vide s'avère aujourd'hui indispensable à combler quant à une véritable assistance automatique et adaptable aux objectifs de chaque utilisateur, salarié d'une entreprise comme particulier oeuvrant en privé. Cette dernière remarque introduit ainsi instantanément tous les principaux fondements qui qualifieront nos futurs apports 'd'intelligence' aux derniers logiciels d'ALCATEL. Et c'est également dans ce même but que nous concevrons ensuite un ensemble de nouveaux procédés d'apprentissage automatique, capables de remédier en définitive à un manque d'applications de messagerie électronique dédiées à nos comportements d'humains.

      Enfin, nous ne pouvons clore cette transition avec l'univers des interfaces intelligentes sans présenter un tableau récapitulatif de toutes les informations remarquables, contraintes et autres capacités techniques issues des applications les plus significatives composant aujourd'hui le domaine de la messagerie unifiée ( Tableau 1.1.3.3 ).

      
Tableau21.1.3.3 : Récapitulatif des caractéristiques et contraintes techniques émanant des applications de "Messagerie Unifiée"

Modèles


Composants
ALCATEL

AUM
Novavox

SMU
Tobit Software

David Professional
Interactive Intelligence

EIC
Freeplanning

Freeplanning
Architecture Client-Serveur
(ALCATEL
4400 PBX)
Client-Serveur Client-Serveur Client-Serveur (Java et PBX) Client-Serveur
Outil(s) d'Exploitation

("Serveur")
MS Windows NT,
MS Exchange Server 5.5
MS Exchange MS Exchange,
Novell Groupwise
MS Windows NT MS Windows
Application de Messagerie

("Client")
MS Outlook MS Outlook Lotus Notes
SMTP
MS Exchange MS Outlook,
Lotus Notes
Médias Traités e-mails,
fax,
messages vocaux
e-mails,
fax,
messages vocaux
e-mails,
SMS,
messages vocaux,
télécopies
tous types de messages,
télécopies
mails,
SMS,
fax
Modules Logiciels Principaux Réseau administrateur,
Interface-utilisateur,
Opératrice Automatique
Serveur,
Administrateur,
Agent
Fax,
Messagerie vocale,
SMS,
Administration,
WebBox
Serveur d'interaction,
Interaction administrateur,
Interaction Designer,
Serveur Vocal Interactif
Partage,
Synchroniseur,
Visualiseur,
Coordinateur,
Alerte


1.2. Les interfaces intelligentes


1.2.1. Introduction et situation de la problématique

      La question de savoir si une machine pense ou est 'intelligente' peut paraître futile. Après tout, il ne s'agit jamais que d'un assemblage matériel juste capable d'obéir aux ordres. En outre, il paraît difficile d'accorder la pensée ou 'l'intelligence' à un objet qui n'est pas vivant et qui n'éprouve aucun sentiment. A cette position de bon sens, Alan Turing a répondu, dès 1950, en faisant observer que nous supposons tous l'intelligence chez une personne à partir des quelques phrases que nous échangeons avec elle. De plus, nous ne connaissons les sentiments de cette personne qu'à partir de ce qu'elle nous en dit : nous ne savons pas ce qui se passe à l'intérieur de sa tête. Alan Turing conclut qu'une 'entité' qui parviendrait à se faire passer pour un être humain aurait un comportement 'intelligent' et devrait donc être considérée comme tel.

      Ainsi, de nos jours, plutôt que de chercher si un ordinateur peut être intelligent, les chercheurs essaient de fabriquer une machine capable de se faire passer pour un être humain. En conséquence, il devient indispensable d'axer les travaux sur l'utilisateur. Nous faisons appel aux systèmes dits 'auto-adaptatifs', destinés à traiter les besoins individuels et changeants des utilisateurs, voire même présentant assez 'd'intelligence' pour agir sur le comportement de ceux-ci [Benyon, 1998] . Cette caractéristique entraîne la définition d'un indispensable processus nommé 'prédiction d'actions'.

      Mais... quelles sont justement les motivations et les grands besoins actuels en matière de prédiction et d'anticipation intelligente des actions ? Comment sommes-nous prévisibles ?...

      [Davison & Hirsh, 1998] nous apprennent à ce sujet que certains parmi nous affichent des modèles d'actions à travers tout ce qu'ils font, la plupart des actions arrivant sans pensée consciente. Quelques modèles sont déjà répandus, et sont enseignés en tant que règles, comme lire de gauche à droite, ou conduire du bon côté de la route. D'autres modèles sont une fonction de notre style de vie, comme acheter de la pizza sur le chemin du travail à la maison tous les vendredis, ou programmer le magnétoscope pour enregistrer notre comédie favorite chaque semaine. Beaucoup sont un résultat de la façon dont les interfaces sont conçues, comme le modèle du mouvement de notre doigt composant sur un téléphone un numéro que nous faisons souvent, ou comment nous pouvons nous connecter sur notre ordinateur, vérifier le courrier, lire les nouvelles, et visiter notre site Web favori pour les derniers résultats sportifs. Comme les ordinateurs pénètrent de plus en plus nos vies, le besoin d'un système capable de s'adapter à l'utilisateur, sans être explicitement programmé par le système du concepteur, devient évident.

      Et [Davison & Hirsh, 1998] de renchérir qu'une voiture pouvant offrir un conseil sur la conduite des routes est utile. Une autre pouvant deviner notre destination (comme un magasin de pizzas parce qu'on est vendredi et que nous quittons le travail) est susceptible d'être considérée encore plus pratique, particulièrement si nous n'avons pas eu besoin de programmer cette information. La capacité à prévoir l'action suivante de l'utilisateur permet au système d'anticiper les besoins de celui-ci (peut-être à travers une exécution spéculative ou intelligente), de s'adapter et d'améliorer les habitudes de travail de l'utilisateur (comme automatiser les tâches répétitives).

      Nous découvrons par conséquent que la gestion de notre vie de tous les jours se règle bien souvent suivant une multitude d'ordinateurs, très nombreux, mais également si discrets que nous remarquons à peine qu'ils existent [MacIntyre & Feiner, 1996] . C'est ce qui se caractérise en d'autres termes par une "informatique omniprésente" ("ubiquitous computing" en anglais).

      Ainsi, si la terminologie "d'interface intelligente" présente a priori un concept de travail aussi complet que complexe, elle s'attache au propre domaine de l'intelligence artificielle. Cependant, s'il apparaît comme acquis qu'une interface se doit d'être à la fois attirante et intéressante pour les novices (apprentissage et patience, aides et soutiens multiples, etc) comme pour les habitués (rapidité d'exécution, raccourcis et compléments de travail, etc), il n'en est pas de même, loin s'en faut, de la définition de la notion d'intelligence. En effet, ce dernier concept demande et mérite à l'heure actuelle une description nettement plus fine, pointue et rigoureuse.

      Nous allons donc chercher à établir une définition qualitative de l'interfaçage intelligent, suivi d'une nouvelle hiérarchisation et d'une classification taxinomique, à l'aide notamment d'un arbre hiérarchique d'informations et de données recueillies au niveau d'un état de l'art avancé.


1.2.2. Définition qualitative d' une interface intelligente


1.2.2.1. Description de toutes les caractéristiques remarquables

      Il s'avère, en tout premier lieu, que le substantif "interface" corresponde à une vitrine physique, un support technique ou une architecture matérialisée et manipulable directement par l'utilisateur sur une machine définie. De son côté, l'adjectif "intelligent" fait davantage référence à une qualité reconnue à l'interface considérée, une caractéristique subjective qui demande une définition rigoureuse, tant elle reste aujourd'hui plus ou moins justement utilisée et implémentée.

      De plus, l'amélioration d'une interface passe obligatoirement par l'intégration d'une intelligence la plus adaptative, voire auto-adaptative, possible [Benyon, 1993] . Il nous apparaît donc indispensable d'établir la définition détaillée d'une "interface intelligente", caractérisation aussi pratique et orientée vers les utilisateurs "grand public" des terminaux de communication.

      Des termes composant l'expression "interface intelligente", c'est avant tout le second qui appelle une définition explicite. Cependant, nous devons garder à l'esprit que des propriétés importantes sont requises aujourd'hui pour une interface homme-machine [Palanque & Bastide, 1994] . Ces indéniables attributs regroupent, en plus d'une absence de situations insolubles (que l'on nomme plus précisément deadlocks en anglais) et d'une prédictabilité de chaque commande (traitement identique dans un même contexte donné), la réinitiabilité d'une interface (possibilité de toujours atteindre l'état initial ou un état prédéfini) et la disponibilité d'une commande, ce à tout moment (commande d'aide par exemple). En outre, la succession des commandes doit être fidèle aux actions de l'utilisateur (respect de l'ordre de lancement des commandes).

      En pratique, toutes les interfaces graphiques de qualité sont du type WIMP , ce sigle anglophone signifiant Windows, Icons, Menus et Pointing. Les interfaces se caractérisent alors par la recherche d'une facilité d'utilisation, d'une concision, d'une cohérence et d'une flexibilité vis-à-vis de ses utilisateurs tendant à être améliorées. Toutes requièrent également un contrôle efficace, c'est-à-dire l'intégration d'applications relevant de la "programmation par événements" où l'utilisateur reste maître de l'interaction tout au long de la session de travail. Il demeure primordial pour cet utilisateur de pouvoir visualiser, à tout moment, l'ensemble des commandes mises à sa disposition par l'application concernée. Enfin, toute action licite doit rester activable et être présentée comme telle à l'utilisateur, ce qui confère une grande liberté d'action et un niveau de guidage important, les actions illicites étant clairement inactivables [Palanque & Bastide, 1995] .

      En laissant le travail sur l'architecture, la parole, la biométrie (empreintes digitales et oculaires, visages et physionomies de l'utilisateur, etc), la multi-modalité ainsi que la gestuelle, nous nous attèlerons aux mécanismes d'apprentissage automatique inhérents et indispensables à de telles interfaces intelligentes, et notamment en ce qui concernent les différentes habitudes et autres réactions de l'utilisateur en matière de communications télématiques.

      En conséquence, une "interface" se traduit par un système spécialisé de représentation des connaissances [Benyon & Murray, 1993-1] , un dispositif d'interaction entre l'homme et le produit [Bonner, 1997] , un système interactif [Schlimmer & Hermens, 1993] ou encore une secrétaire de communication d'un utilisateur dans un environnement bureautique [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] . Elle est en outre toujours chargée de mettre en place le dialogue entre l'utilisateur et le système [Höök, 1997] , de présenter une maîtrise à toutes épreuves (avec une notion primordiale de robustesse) et de gérer de manière compétente les tâches de l'utilisateur [Shneiderman, 1997] .

      Cette interface devient alors "intelligente" et intègre une certaine mesure ou capacité d'intelligence [Benyon, 1993] dès l'instant où elle travaille avec des méthodes d'Intelligence Artificielle dans la perspective de l'utilisateur [Whitehead, 1998] et incorpore une ou de préférence plusieurs, voire un maximum des "fonctionnalités" que nous listons maintenant. Ces dernières permettent donc la caractérisation d'une intelligence mise en exergue par une interface :

  • - Adaptation (c'est-à-dire capacité à faire face aux changements [Mataric, 1994] ) du système à son utilisateur [Höök, 1997] , en agissant, en travaillant sur le comportement de l'utilisateur [Benyon & Murray, 1993-1] de manière a priori au vu d'une situation ou a posteriori au vu d'un résultat ou d'un comportement [Garbay & Maitre, 1997] ; mais aussi adaptation de tous les messages d'erreurs, de conseil et d'explication au niveau global de connaissance et de compétence de l'utilisateur [Whitehead, 1998] .
  • - Automatisation et par conséquent auto-adaptation [Benyon, 1993] , exécution de fonctions sélectionnées indépendamment du contrôle immédiat de l'utilisateur, bien que sous l'entière conduite des requêtes précédentes de l'utilisateur [Whitehead, 1998] .
  • - Autonomie par compréhension de l'état courant de son environnement et action indépendante pour faire progresser les buts [Akoulchina & Ganascia, 1997] , agissement simultané et sans intervention de l'utilisateur, que ce dernier soit occupé ou non [Lieberman, 1997] .
  • - Modularité et appropriation [Benyon & Murray, 1993-1] , en traitant les besoins individuels et changeants des utilisateurs [Benyon, 1998] , en suggérant des solutions spécifiques pour des tâches particulières de l'utilisateur, avec les raisons pour lesquelles elles ont été considérées comme appropriées et en réalisant une réponse
    ou une action appropriée pour l'utilisateur selon un certain degré d'initiative
    [Whitehead, 1998] .
  • - Interprétation des directives de l'utilisateur [Akoulchina & Ganascia, 1997] , de ses buts ou de ses actions d'entrée dans un environnement ou contexte particulier, tout en fournissant aussi une réaction, une sortie compatible avec un modèle mental d'utilisateur [Bonner, 1997] .
  • - Aide à l'utilisation de systèmes de plus en plus complexes [Höök, 1997] , à la réduction des erreurs de l'utilisateur [Schlimmer & Hermens, 1993] .
  • - Mise en valeur de l'expérience des utilisateurs face aux nouvelles possibilités logicielles offertes [Höök, 1997] par la facilité, l'aisance et la rapidité à comprendre puis apprendre les fonctionnalités de base du système initial, de même que le plaisir à assimiler les caractéristiques avancées [Shneiderman, 1997] .
  • - Simplicité de l'application en temps réel [Höök, 1997] , puisque les utilisateurs peuvent immédiatement voir si leurs actions ont atteint leurs buts [Shneiderman, 1997] .
  • - Individualisation et personnalisation des systèmes [Höök, 1997] , retrouvées notamment pour les experts dans la rapidité à exécuter un large éventail de tâches
    et par la possibilité de définition de nouvelles fonctions et caractéristiques
    [Shneiderman, 1997] .
  • - Intégrité et compréhension de l'information [Höök, 1997] , accessibilité universelle d'un support compréhensif et de haute qualité [Stephanidis, 1997] .
  • - Prédiction active de ce que l'utilisateur va écrire, anticipation par présentation d'alternatives sans que l'utilisateur n'ait à les demander [Schlimmer & Hermens, 1993] .
  • - Non-restriction et non-insistance [Akoulchina & Ganascia, 1997] , contrôle et ajustement par l'utilisateur, en laissant ce dernier libre de choisir d'ignorer les actions prévisibles et de définir manuellement les paramètres du système [Schlimmer & Hermens, 1993] ; confiance et maîtrise pour l'utilisateur puisqu'il est l'initiateur des actions, qu'il cherche à contrôler et que les réponses du système sont dans ce cas prévisibles [Shneiderman, 1997] .
  • - Surveillance de l'interaction [Stephanidis, 1997] et identification de certaines actions de l'utilisateur comme des erreurs, protection de l'utilisateur des conséquences de ces erreurs, explications et conseils pour aider l'utilisateur à les éviter [Whitehead, 1998] .
  • - Tolérance de la variation et de l'imperfection des entrées de l'utilisateur, pas de rejet de commandes ou de données du à des erreurs triviales [Whitehead, 1998] .
  • - Conseil de l'utilisateur sur des méthodes appropriées pour atteindre ses buts, commentaire des méthodes adoptées par l'utilisateur dans le passé [Whitehead, 1998] .
  • - Assistance active [Lieberman, 1997] et personnalisée qui "regarde par-dessus l'épaule de l'utilisateur", qui apprend ses centres d'intérêts afin d'agir sur son comportement [Akoulchina & Ganascia, 1997] , par compréhension riche et incorporation d'informations sur la connaissance et l'ensemble des croyances de l'utilisateur
    [Ramscar, Pain & Lee, 1997] .
  • - Apprentissage (c'est-à-dire adjonction de connaissances [Whitehead, 1998] ) non-visible des habitudes et des préférences de l'utilisateur [Akoulchina & Ganascia, 1997] , en prenant l'initiative d'aborder la discussion de certains concepts que l'utilisateur semble ignorer et dont il pourrait tirer profit dans la situation où il est [Ibrahim, 1995] , et en profitant également du temps de réflexion et de l'information que l'utilisateur fournit librement, sans avoir recours à une interaction séparée [Lieberman, 1997] .
  • - Convivialité par la facilité d'utilisation de l'interface, la qualité de la documentation accessible et la clarté des messages d'erreurs fournis par le système en cas de fausse manipulation ou de situations anormales [Ibrahim, 1995] .
  • - Efficacité des opérations tout en dépendant au minimum des données provenant de l'utilisateur [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] .

1.2.2.2. Dégagement d' une définition exhaustive d' interface intelligente

      Sous une image résumant nos concepts de manière déjà très intéressante, une interface intelligente peut être abordée comme un apprentissage des caractéristiques de communication de l'utilisateur et une construction d'un profil-utilisateur correspondant qui va automatiquement capturer les préférences immédiates de l'utilisateur [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] . Nous retiendrons ainsi l'intitulé à suivre pour définir une "interface intelligente" ( Définition 1.2.2.2 ).

Définition11.2.2.2 : Enumération des caractéristiques permettant la qualification de l'intelligence d'une interface

- aide et assistance
(réduction des erreurs, messages de commentaires explicatifs et conseils)

- auto-adaptation comportementale
(adaptation automatique aux caractères et habitudes de l'utilisateur)

- auto-adaptation "informationnelle"
(apprentissage et assimilation des intérêts et préférences de l'utilisateur)

- automatisation
(adaptation et assistance permanentes, prédiction et surveillance actives)

- autonomie, initiative et efficacité de progression
(vers les buts courants)

- classification et parcours d'informations
- convivialité

(aisance d'utilisation, qualité et clarté des messages)
- création et maintenance d'un modèle d'utilisateur

- évolutivité individualisée
(rapidité de travail et d'apprentissage, personnalisation des outils)

- intégrité et accessibilité universelle de l'information

- interprétation et compréhension des actions de l'utilisateur
(explicites comme implicites)

- modularité et appropriation
(traitement des besoins individuels)

- non-restriction et non-insistance
(liberté de contrôler chaque automatisation)

- prédiction et anticipation par présentation d'alternatives

- réactivité et réponse à l'utilisateur

- suggestion de solutions spécifiques et personnalisées

- simplicité et humanisation de l'assimilation des fonctionnalités
(initiales et avancées)

- surveillance et sécurité des données
(protection des conséquences d'erreurs)

- temps réel

- tolérance
(variation et imperfection des commandes de l'utilisateur).

      Nous parvenons maintenant à mieux saisir l'intérêt de premier plan que représente une implantation d'intelligence dans les terminaux de communication "grand public" d'ALCATEL. Il s'agit de "concerner" l'utilisateur de manière pertinente en cherchant à faire venir la machine vers l'être humain [Blandet & Bohrer, 1998] . Il est également intéressant, voire indispensable, que l'utilisateur sente la présence d'une aide implicite (et constante) provenant de la machine avec laquelle il communique.

      Nous rejoignons l'idée intuitive de la problématique énoncée en introduction, à savoir la fameuse interrogation du "pourquoi les hommes auraient-ils à s'adapter aux systèmes, alors que les systèmes devraient s'adapter aux hommes ?" [Höök, 1997] . Il ne faudra, en effet, jamais perdre de vue qu'un système n'est pas intelligent si trop de perspicacité, de compréhension et d'efforts sont demandés à l'utilisateur [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] .


1.2.2.3. Vers une hiérarchisation des interfaces intelligentes

      Une interface dite intelligente peut finalement présenter plus ou moins d'intelligence, de même qu'être nuancée au niveau de ses capacités conceptuelles. A présent, les différents critères caractérisant les interfaces intelligentes étudiées au cours de nos recherches sont au nombre de vingt. Or, rappelons que nous considérons qu'une interface intelligente se doit d'utiliser au moins une, ou, nettement mieux, un maximum de ces vingt "fonctionnalités" listées auparavant.

      Par conséquent, nous proposons d'établir une hiérarchie des interfaces intelligentes selon qu'elles incorporent plus ou moins de fonctionnalités "intelligentes", plus ou moins de nos vingt critères d'intelligence, ce qui correspond alors à plus ou moins d'intelligence pour une interface quelconque donnée. La hiérarchie, que nous nommerons à l'avenir HII (Hiérarchie des Interfaces Intelligentes), répond donc à la règle de calcul suivante :

Définition21.2.2.3 : Spécification du calcul fonctionnel régulant notre concept d'hiérarchie des interfaces intelligentes

Soient les 20 critères d'intelligence issus de notre précédente Définition 1.2.2.2

ainsi que w une interface donnée quelconque.

Le degré ou niveau d'intelligence HII(w) est alors défini de manière unique par

HII(w) = nombre de critères d'intelligence complètement incorporés dans w .

      Grâce à cette nouvelle hiérarchie, que l'on peut également qualifier d'échelle ou encore de classification, nous pourrons à présent aisément définir et distinguer les différentes interfaces par le simple calcul de leur "degré ou niveau d'intelligence", respectif et aussi unique. Nous obtenons une catégorisation applicable aux multiples interfaces intelligentes existantes et à venir.

      Le tableau à suivre nous en donne un complet aperçu ( Tableau 1.2.2.3 ).

      
Tableau31.2.2.3 : Détail et mise en valeur des catégories d'interfaces intelligentes issues de notre définition d'une hiérarchie adaptée à l'interfaçage homme-machine

Valeurs de
HII

Classes de l'interface

0

Intelligence inexistante

1-4

Intelligence très faible

5-8

Intelligence faible

9-12

Intelligence moyenne

13-16

Intelligence forte

17-19

Intelligence très forte

20

Intelligence 'parfaite'

      Nous possédons ainsi une méthode pour l'évaluation et la hiérarchisation de chacune de nos interfaces intelligentes, méthode à la fois fiable et pratique comme nous en apporterons de nouvelles preuves dans les diverses pages à venir. Nous allons en effet nous attacher à présent à l'appliquer aux interfaçages que nous aborderons, déjà existants de même qu'encore à l'étude.

      De plus, une troisième de nos définitions relatives à nos interfaces intelligentes, à savoir une caractérisation cette fois-ci taxinomique, va nous permettre de compléter cette catégorisation des divers interfaçages issus de nos principales références bibliographiques. Le classement devra cependant être pleinement évolutif en prévision des nouvelles informations qui seront à prendre en considération au cours de nos recherches futures.


1.2.3. Définition taxinomique d' une interface intelligente

      L'éventail de nos références bibliographiques concerne tous les types d'articles, livres, tutoriels informatiques, diaporamas, supports de cours, compte-rendus, rapports techniques et même parfois sources brutes de programmes. Toutes ces références ont été obtenues dans les différentes bibliothèques strasbourgeoises et alliées, mais aussi grâce aux nombreux moteurs de recherche mis à notre disposition par le réseau Internet.

      Ainsi, nous avons mis en avant cinq critères entraînant une représentation taxinomique de notre bibliographie. Nous devons insister sur le fait qu'il s'est avéré impossible d'obtenir des intersections vides entre les différents concepts et sous-concepts détaillés dans les pages à suivre. Des caractéristiques communes apparaissent en effet de manière indélébile entre eux et nous ont poussées à parler de dominantes respectives, qu'elles soient principales ou encore secondaires.

      Voici donc, au travers des prochains schémas que nous avons constamment ajustés au cours de la Thèse, l'ensemble des arbres hiérarchiques traduisant les informations que nous avons réussies à extraire lors de nos diverses et successives recherches sur le vaste domaine des interfaces intelligentes ( Figures 1.2.3.1 à 1.2.3.6 ).

      

Figure41.2.3.1 : Arbre principal détaillant la racine et le premier niveau de la définition taxinomique dédiée aux interfaces intelligentes

      

Figure51.2.3.2 : Premier arbre du second niveau de la définition taxinomique dédiée aux interfaces intelligentes et exposant leurs différentes modélisations et conceptions remarquables

      

Figure61.2.3.3 : Arbre du second niveau de la définition taxinomique des interfaces intelligentes, détaillant les agents intelligents et systèmes multi-agents

      

Figure71.2.3.4 : Troisième arbre du second niveau de la définition taxinomique et spécifiant les modèles d'utilisateurs et comportements auto-adaptatifs

      

Figure81.2.3.5 : Quatrième arbre du second niveau de la définition taxinomique dédiée aux interfaces intelligentes et détaillant l'ensemble des concepts envisageables pour traiter l'apprentissage automatique des séquences d'actions émanant de chacun de nos utilisateurs

      

Figure91.2.3.6 : Dernier arbre de la définition taxinomique dédiée aux interfaces intelligentes faisant état des différentes informations apportées par les terminaux de communication, d' ALCATEL comme de la concurrence

      Pour conclure, nous noterons encore que nous avons préféré nous limiter à un nombre de niveaux égal à deux, ce essentiellement pour des raisons de généralité et de pertinence des données recueillies. Nous ne souhaitions en effet pas nous restreindre abusivement quant aux références prises en compte. Les documents considérés demeurent certes multiples à ce stade, mais sont tous susceptibles de fournir d'intéressantes informations pour nos travaux. Nous constatons également que, dès le premier niveau de notre définition, apparaît une quantité impressionnante de domaines disparates, théoriques et pratiques d'ailleurs, ayant rapport avec notre sujet de Thèse. Cela rejoint et confirme la forte nécessité que nous avons mise en avant de débuter nos recherches par la spécification rigoureuse d'une définition qualitative et hiérarchique de la notion d'interfaces dites "intelligentes".

      Nous apercevons à présent l'intérêt que nous avons eu à décrire, approfondir et spécifier les principales interfaces intelligentes existant dans la littérature scientifique. C'est ce que nous allons développer, non sans omettre, pour chacune de nos références étudiées, de valoriser sa position dans notre système de classification hiérarchique des intelligences d'interfaces.


1.2.4. Etude des références remarquables d' interfaces intelligentes


1.2.4.1. Introduction et justification de telles études de cas

      Un des plus importants volets de notre problématique de Thèse, grandement attendu par les différentes équipes d'ALCATEL qui ont soutenu nos recherches, peut être traduit et exprimé de la manière interrogative suivante : que peuvent apporter les divers mécanismes d'apprentissage automatique, les traitements de séquences d'actions et tous les autres agents intelligents aux applications actuelles de l'entreprise ?

      Afin de répondre au mieux à cette question, nous allons étudier les références que nous avons estimées majeures. Ces publications sont aussi les plus significatives dans leurs domaines respectifs, ainsi qu'en constante relation avec les orientations de recherche de nos laboratoires associés (Départements d'ALCATEL , Groupe de Recherche en Intelligence Artificielle du LSIIT ).

      Nos prochaines investigations ainsi définies, de même que développées en accord avec les différents concepts théoriques mis en avant au sein des références abordées, se verront toutes constamment évaluées et insérées dans notre processus d'Hiérarchie des Interfaces Intelligentes. Nous en résumerons ensuite les caractéristiques à l'aide d'un récapitulatif dédié à l'ensemble de nos références bibliographiques étudiées, ce qui nous permettra de conclure ce chapitre par l'analyse et l'extraction des diverses informations nécessaires à la poursuite de nos recherches.

      Ainsi, par le biais de nos premiers états de l'art traitant du domaine des terminaux de communication et de celui des interfaces intelligentes, nous réussirons à spécifier toutes les grandes caractéristiques de notre principal sujet de recherche qu'est l'interaction homme-machine. Une analyse du réalisme (lui-même lié aux paradigmes d'interaction) ainsi que de la plasticité (concernant cette fois les aspects plus logiciels de l'interaction) nous entraîne enfin directement vers nos principaux buts d'offrir, à chacun de nos utilisateurs, une téléprésence plus vivante tout en veillant à la protection de leurs espaces privés respectifs [Coutaz, 1998] .


1.2.4.2. L'aide automatique et les tutoriels informatiques

      La diversité se situe comme une des principales caractéristiques en matière d'interaction homme-machine. En effet, elle peut se décrire selon quatre composants différents [Benyon, 1998] : descriptions des utilisateurs (connaissances, expériences, niveaux sociaux et culturels, états d'esprit, ...), du travail effectué (vitesse, efficacité, esthétique, précis, spécifique, large, ...), de l'environnement (encadré, isolé, confortable, hostile, ...) et des systèmes informatiques considérés (interfaces, matériels, ...). Nous découvrons ainsi la notion primordiale de "système adaptatif" capable d'effectuer une analyse implicite des connaissances et capacités intellectuelles de la population des utilisateurs, de l'environnement des opérations et de la modélisation du domaine, pour ce qui concerne l'utilisateur tout comme pour l'interaction d'ailleurs.

      Le développement de tels systèmes adaptatifs nécessite alors trois principes distincts [Benyon & Murray, 1993-2] , à savoir l'identification tout d'abord des caractéristiques du système à rendre adaptatif (domaine d'action, niveaux de détails, ...), la définition ensuite de la variété des utilisateurs et des environnements que le système est amené à rencontrer, et enfin, l'obtention des données pour le modèle de l'utilisateur (interrogation explicite des usagers, inférences implicites émanant de l'interaction, ...). Dans ce contexte, les systèmes d'aide automatique, définis aussi d'outils en mode actif, se caractérisent par l'observation de l'activité de l'utilisateur et la possibilité d'intervention courante ou sans requête de ce dernier. A force de suggestions notamment, ces procédés s'attachent à assister l'utilisateur vers la réalisation d'un but [Bruillard, 1997] . Quant aux tuteurs informatiques ou modes tutoriels, ils se distinguent en ayant la lourde tâche de faire découvrir un concept donné à tout utilisateur considéré comme néophyte.

      [Benyon, 1993] nous propose une première méthode composée de cinq phases d'analyse, étapes exprimées en anglais et que nous sommes amenés à considérer pour la conception de systèmes adaptatifs et le développement proprement dit "d'Interfaces-Utilisateur Intelligentes" :

  • - functional analysis (établissement des fonctions principales du système).
  • - data analysis (compréhension et représentation des structures de données de
    l'application).
  • - task knowledge analysis (informations demandées à l'utilisateur par le système, à savoir
    la stratégie de recherche requise, l'entrée des données, le
    modèle mental affecté, ...).
  • - user analysis (connaissances et capacités intellectuelles de la population des
    utilisateurs à laquelle le système est sensé répondre ; la
    population initiale étant analysée et classifiée selon les aspects
    dérivés des quatre autres phases d'analyse de la méthode).
  • - environment analysis (environnement dans lequel le système doit opérer, incluant les
    aspects physiques et les caractéristiques logicielles comme la
    quantité et le type de supports-utilisateur nécessaires).

      Des précisions qualitatives, au niveau notamment de l'architecture de base d'un tel système adaptatif, peuvent également rapidement y être associées [Benyon & Murray, 1993-1] , comme la définition d'un "modèle du domaine" qui se doit d'être un modèle de l'application à rendre adaptative maintenu selon trois niveaux distincts (description des tâches, couche physique et couche logique). De son côté, le "modèle de l'interaction" correspond à un processus du système avec lequel ce dernier va interagir, tout comme le "modèle-utilisateur" s'attache à prendre en compte l'utilisateur par des mécanismes d'inférence, d'évaluation et d'adaptation.

      L'interface devient ainsi intelligente, ne serait-ce que par une adaptation automatique à ses utilisateurs, à l'image de celle mise en avant par [Harrington, Banks & Santos, 1996] et qui va jusqu'à conseiller l'utilisateur selon la perception de ses besoins et la fréquence des activités pratiquées. Dédiée aux systèmes-experts génériques montrant des structures destinées à gérer et faire abstraction des complexités d'une interface à domaine indépendant, ces seconds travaux associés à un examen minutieux de l'architecture conceptuelle d'une interface-utilisateur intelligente fournissent à l'utilisateur un environnement de travail pratique et intuitif. Quatre catégories d'utilisateurs, propres au domaine des systèmes-experts, ressortent de ce contexte :

  • - application user (habilité à interroger le système-expert afin d'obtenir une donnée
    appropriée à l'élaboration d'un travail pratique).
  • - application expert (extrêmement bien informé dans le domaine où l'application est
    utilisée et également responsable de l'adjonction de nouvelles
    informations dans le système existant).
  • - knowledge engineer (spécialiste en acquisition des connaissances et bases de données,
    intermédiaire entre les experts et la machine).
  • - computer scientist (chargé du développement, de la conception et de la maintenance du
    système).

      Et nous aboutissons finalement à un premier "modèle d'interface" capable de s'adapter aux diverses particularités de l'utilisateur regroupées en dynamiques d'interaction et en styles [Gavrilova & Voinov, 1997] . En plus de fournir à l'utilisateur une aide automatique et réactive par pointage, une explication et une correction de ses erreurs, ces systèmes d'aide adaptatifs, ou "tutoriels informatiques", commencent aussi à dépendre du professionnalisme et de la stratégie cognitive de l'utilisateur, que ce soit au niveau des buts, du détail et même de la navigation au travers de l'information. Ainsi, nous pouvons notamment y retenir une mesure de la productivité de l'utilisateur à l'intérieur d'une interface concrète. L'expérimentation est basée sur l'émulation d'une situation de stress graduellement renforcée par une réaction d'apprentissage négative, et figée ensuite par des investigations en psychologie expérimentale et éducative.

      Nous achevons ici notre rencontre avec cette catégorie initiale d'interfaces intelligentes dédiées à toute aide adaptée aux particularités de chaque individualité, non sans avoir auparavant listé les composants les plus importants d'un tel modèle d'interface :

  • - contrôle (dialogues et dynamiques d'interaction comme la vitesse d'animation,
    l'expérience professionnelle, le rôle dans l'application, l'âge et l'habileté).
  • - conception (écran, nombre, apparence, placement et taille des caractères correspondant aux boutons ; formes et tailles des éléments visuels comme les styles de
    textes et de bordures ou encore les propriétés du système de fenêtres).
  • - navigation (niveau de responsabilité et mode d'accès aux périphériques contrôlés,
    chemins concrets de navigation et style d'opération).
  • - aide (instructions générées automatiquement à l'image du pointage, de
    l'explication claire et de la correction des erreurs ; de la fourniture aussi
    d'informations de référence comme la stratégie de présentation ou encore le
    langage dépendant du niveau professionnel de l'utilisateur).

      En résumé, et en rapport avec les trois références plus particulièrement étudiées durant cette première approche des interfaces intelligentes, nous retiendrons finalement à ce niveau les caractéristiques appropriées à venir ( Tableau 1.2.4.2 ). Toutes les données sont rapportées, comme explicité précédemment, à nos propres définitions du domaine. Ainsi, et comme en attestent également les principaux qualificatifs extraits de chaque interface intelligente décrite, c'est en nous assistant de la Définition 1.2.2.3 que nous pouvons calculer chaque valeur du degré HII correspondant au nombre des critères d'intelligence respectivement découverts.

      L'accroissement alors relevé en ce qui concerne l'intelligence apparaît fonction des diverses avancées réalisées depuis une dizaine d'années en matière d'Intelligence Artificielle. Catalysé par un apport progressif de nouvelles techniques toujours plus développées, [Gavrilova & Voinov, 1997] présente ainsi une relative importante majorité des caractéristiques nécessaires à nos yeux pour spécifier une interface intelligente de qualité.

      
Tableau41.2.4.2 : Caractérisation hiérarchique des références d'interfaces intelligentes remarquables traitant des aides automatiques et tutoriels informatiques
Référence abordée Valeur obtenue pour HII Classe de l'interface Principaux qualificatifs de l'intelligence
[Benyon, 1993] 8 Intelligence faible
adaptation automatique - mesure - compréhension - demandes d'informations - classification - environnement - expériences et fréquences d'utilisation - inférences implicites
[Harrington, Banks & Santos, 1996] 11 Intelligence moyenne
domaine indépendant - environnement intuitif - interrogation appropriée - adjonction d'informations - contrôle - conseil - adaptations automatiques - perception des besoins - fréquence des activités
[Gavrilova & Voinov, 1997] 14 Intelligence forte
mesure de productivité - réaction d'apprentissage - classification - modèle d'utilisateur - adaptation aux particularités - contrôle - vitesse et expérience - navigation - éléments visuels - explication et correction des erreurs - fourniture d'informations - stratégie cognitive


1.2.4.3. Implication massive des techniques d' exploitation de connaissances

      En parallèle aux travaux que nous venons d'étudier, nombreux sont les chercheurs qui s'accordent à souligner que la complexité croissante des nouveaux problèmes abordés limite considérablement l'applicabilité d'approches algorithmiques figées et déterministes, c'est-à-dire entièrement programmées à l'avance. Une description des problèmes ne saurait représenter la diversité des situations à traiter.

      C'est dans cette optique que [Garbay & Maitre, 1997] met en place un projet d'acquisition interactive et dynamique de nouvelles connaissances, d'adaptation également aux conditions changeantes de l'environnement, et de construction de manière progressive de solutions adaptées au contexte potentiellement évolutif d'un problème à résoudre, que ce soit dans sa structure, ses comportements ou ses intentions. Cet outil, baptisé "Machine Perceptive Intelligente", se définit par une architecture fonctionnelle d'apprentissage, de reconnaissance et de manipulation de concepts symboliques. En outre, il possède la particularité de mêler apprentissage de classes et apprentissage de règles en un seul et même logiciel. Nous devons rappeler alors à ce niveau que, contrairement à l'apprentissage de classes qui fait appel à un apprentissage en continu permettant un ajustement dynamique des classes, une classification de même qu'une "fouille de données" en apprentissage non supervisé, l'apprentissage de règles apporte, lui, de son côté et au vu d'un résultat ou d'un comportement précis, une estimation des erreurs, de la distance au but ainsi que de la rapidité de convergence d'un algorithme. Un tel apprentissage entraîne par conséquent l'acquisition de nouvelles règles et méthodes de modélisation, d'interprétation, d'évaluation, de contrôle et d'adaptation des comportements.

      L'intégration de l'utilisateur dans la boucle d'apprentissage, par correction d'erreurs et pré-structuration du problème (à savoir transposition à des cas complexes des connaissances apprises sur des cas simples), est réalisée dans le cadre de trois problématiques essentielles, appréhendées en termes d'interactions entre systèmes et environnement. En plus de l'apprentissage, nous pouvons y noter l'interprétation ou la mise en relation de descriptions et de symboles, au terme de stratégies incrémentales de recherche et d'exploitation de l'information (construction progressive et contrôlée de la solution). Quant à l'adaptation, elle se traduit par le développement des organisations et des comportements adaptés à la situation à analyser et au but à atteindre, la capacité à formaliser et à exploiter les contraintes mutuelles entre situations, comportements, compétences et intentions. En effet, de façon à regrouper les compétences requises et mettre en oeuvre les comportements appropriés à une situation à analyser et à un but à atteindre, [Garbay & Maitre, 1997] va jusqu'à définir des buts réalistes selon les ressources disponibles, la complexité des situations à analyser et l'enjeu de la résolution. Nous retiendrons enfin la mise en oeuvre de différentes approches du type "essai / erreur" grâce à une évaluation concurrentielle de la qualité des résultats et la formalisation du couplage "erreur / réparation".

      Davantage orienté vers l'applicatif "grand public", mais toujours en s'appuyant sur les techniques d'exploitation de connaissances, [Rhee, Kim & al., 1997] nous propose en second lieu un système intelligent destiné à l'accession et au répertoriage de données multimédias (Intelligent Multimedia Repository). Les utilisateurs, présentés comme débutants, ne sont pas dans ce cas des personnes entraînées à l'utilisation des systèmes informatiques, bien que le système puisse, bien entendu, être employé pour des utilisateurs à différents niveaux d'expertise.

      Doté d'une capacité d'adaptation à l'utilisateur spécialisée dans le cadre de l'assistance à la recherche d'un accès efficace aux informations, ce nouvel outil se charge du stockage de la connaissance comportementale et de l'historique des interactions émanant de chaque utilisateur connecté. Basés sur un modèle en couches nommé Human-COmputer Symmetry ou H-COS, l'interface-utilisateur intelligente (IUI) adoptée ainsi que le modèle d'utilisateur associé font appel, simultanément, à des réseaux de neurones. Ceux-ci opérent en rétro-propagation (pour une adaptation à court terme) et à l'aide d'un arbre de décision basé sur le Case-Based Reasoning (dans le but d'une adaptation à long terme cette fois-ci). Ainsi, le traitement permanent des diverses requêtes et réponses successives recueillies permet à terme de minimiser les erreurs de communication dues aux écarts sémantiques entre l'utilisateur et le système.

      De nombreux avantages, directement applicables aux interfaces intelligentes, émanent des réseaux neuronaux, assemblages interconnectés de simples éléments de traitement, unités ou noeuds, et dont la fonctionnalité est basée sur le neurone animal. Rappelons que la capacité de traitement d'un réseau de neurones est stockée dans les forces des connexions inter-unités, ou poids, obtenues par un processus d'adaptation, ou d'apprentissage, à partir d'un ensemble d'exemples [Gurney, 1996] . De cette manière, les mécanismes neuronaux, dès lors qu'ils sont implémentés au sein de systèmes intelligents, supplantent nombre de procédés informatiques classiques, comme le démontre la liste ci-contre :

  • - le style de traitement des réseaux neuronaux est complètement différent de celui utilisé par les procédés informatiques classiques puisque plus apparenté au traitement du signal
    (la combinaison de signaux et la production de nouveaux contrastent avec l'exécution d'instructions stockées dans une mémoire).
  • - l'information est stockée dans un ensemble de poids plutôt que dans un programme, et les poids s'adaptent lorsqu'un ensemble d'exemples est présenté au réseau de neurones.
  • - les réseaux neuronaux sont robustes en présence de bruits (de petis changements dans un signal d'entrée ne vont pas rigoureusement affecter la sortie d'un noeud).
  • - les réseaux de neurones sont robustes en présence de défaillances techniques
    (un changement dans un poids n'affectera seulement que la sortie d'un petit nombre de formes d'entrée possibles).
  • les concepts de haut niveau sont représentés comme forme d'activité concernant beaucoup de noeuds plutôt que par le contenu d'une faible portion d'une mémoire informatique.
  • - les réseaux neuronaux sont bons au niveau des tâches "perceptives" et rappels associatifs (l'approche symbolique a justement des difficultés avec ces tâches).

      En résumé, nous garderons à l'esprit quatre grands points forts capables, à eux seuls, de caractériser toute la puissance du domaine des réseaux de neurones : la réaction aux bruits, le traitement des incertitudes, l'efficacité et la robustesse [Sandel, 1997] . Nous verrons cependant que de récentes techniques d'Intelligence Artificielle peuvent apporter davantage de qualités à une interface intelligente de dernière génération. Certains inconvénients des réseaux neuronaux arriveront de la sorte à être résorbés, comme par exemple la lourde architecture nécessaire au bon fonctionnement de tels procédés.

      Cela dit, il subsiste tout-de-même des outils représentatifs de la mise en oeuvre efficace des avantages issus des réseaux de neurones. En voici un exemple, réellement apprécié de nos jours : l'Adaptive-Subspace Self-Organizing Map (ASSOM) ou "Carte Adaptative de Kohonen" [Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] . Implémenté sur l'architecture modulaire d'un réseau de neurones, dont les modules apprennent à identifier des formes entrées et sujettes à des transformations simples, ce système d'apprentissage non-supervisé présente une interface intelligente de cartographie de documents basée sur le Web au travers d'une visite de collections d'articles organisées automatiquement. Techniquement, chaque module neuronal devient, de manière adaptative, spécifique à une classe restreinte de transformations (translation, rotation ou encore changement d'échelle). Les modules, indépendants les uns des autres dans le réseau de neurones, s'accordent vers des caractéristiques similaires selon une manière méthodique. En outre, si différentes transformations existent dans les signaux d'entrée, différents sous-ensembles d'unités (ou modules) s'accordent en définitive à ces classes de transformation.

      Mais le réseau de neurones peut également fonctionner ici comme un pré-processeur d'apprentissage pour l'extraction de caractéristiques invariantes : chaque module du réseau devient alors invariant à un seul type de transformation et décode une certaine classification de caractéristiques. S'en suit la reconnaissance invariante d'une forme comme reconnaissance invariante de tous les composants de ses caractéristiques, et un apprentissage adaptatif des classes d'invariance correspondant aux séquences courtes de formes d'entrée nommées "épisodes".

      Ces travaux ont donné lieu à une implémentation que nous présentons dans ces lignes. Nommée WEBSOM [Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] , cette application permet une exploration ergonomique d'une carte de documents issue du Web par exemple (d'où son nom). En cliquant sur une zone de l'image de la carte correspondant à une sorte de "photographie instantanée" du réseau Internet, nous obtenons une description du matériel trouvé dans la zone sous-jacente par l'étiquetage de la carte à l'aide de mots-clés. La possibilité nous est donnée, soit d'obtenir une vue zoomée concernant le noeud courant ou d'opter pour une flèche à huit têtes dans le but de déplacer le centre du zoom d'une moitié de la largeur de la vue dans la direction sélectionnée, soit de cliquer sur la ligne d'un sujet de document pour permettre la lecture de l'article désiré.

      Les noeuds de la carte constituant la structure de base de cet outil, nous pouvons relever que les documents en rapport les uns les autres sont souvent dans les mêmes ou tous proches noeuds de la carte. Par extension, les discussions les plus spécifiques se trouvent au sein des "groupes" les plus clairs, à savoir dans les régions lumineuses entourées par une couleur sombre. Il apparaît aussi que, près des arêtes de la carte, se trouvent typiquement les documents les plus "différents" et que les surfaces du milieu de carte correspondent aux discussions "typiques", ou concernent plusieurs thèmes différents. La Figure 1.2.4.3 ci-dessous nous apporte ainsi un aperçu que nous avons extrait de ce procédé de "cartographie zoomée WEBSOM". Nous avons bien sûr choisi de travailler avec notre domaine de prédilection qu'est celui de l'Intelligence Artificielle.

      

Figure101.2.4.3 : Exemple d'une carte WEBSOM [Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] , bien appliqué au réseau Internet et focalisé ici sur le domaine de l'intelligence artificielle ("ai" sur la présente carte)

      

      Pour conclure cette seconde partie de notre étude des catégories d'interfaces intelligentes, voici un état des diverses caractéristiques et niveaux d'intelligence relevés jusqu'ici, toujours en accord avec nos propres définitions du domaine ( Tableau 1.2.4.3 sur la page suivante).

      Nous devons alors admettre que [Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] supplante les deux autres contributions étudiées. En effet, ces derniers travaux nous mettent surtout en garde devant la grande nécessité de toujours prendre en considération les multiples allégations probables du ou des utilisateurs concernés par la manipulation future des logiciels. Ceci est avancé dans l'optique d'une quête d'efficacité, d'un développement et d'une réalisation d'interfaçage pertinents.

      Par conséquent, nous retenons que, si les techniques d'exploration des connaissances et les autres procédés "intelligents" apparaissent indispensables à un modèle d'interface intelligente, l'entité primordiale d'une véritable relation entre l'homme et la machine demeure l'utilisateur potentiel. Les issues intéressantes pour nos divers travaux de recherche ne se limitent cependant pas ici à cette intégration de l'homme au sein des outils manipulés. En effet, la présente et nouvelle catégorie d'interfaces intelligentes nous propose aussi d'unir apprentissage de classes et de règles en une seule et même entité logicielle, de traiter plusieurs approches d'évaluation et de correction d'erreurs, tout comme de prendre en considération une importante liberté de découverte et d'initiative laissée à nos utilisateurs.

      
Tableau51.2.4.3 : Caractérisation hiérarchique des références d'interfaces intelligentes remarquables traitant de l'implication massive des techniques d'exploitation de connaissances
Référence abordée Valeur obtenue pour HII Classe de l'interface Principaux qualificatifs de l'intelligence
[Garbay & Maitre, 1997] 9 Intelligence moyenne
ajustement dynamique - stratégies incrémentales - formalisation - apprentissage non supervisé - acquisition de règles - méthodes de modélisation - contrôle - adaptation des comportements - correction d'erreurs - classification - manipulation de concepts symboliques - évaluation de qualité
[Rhee, Kim & al., 1997] 9 Intelligence moyenne
répertoriage - capacité d'adaptation - assistance - niveaux d'expertise - modèle d'utilisateur - stockage - connaissance comportementale - historique des interactions - erreurs de communication - écarts sémantiques - arbre de décision - réseaux de neurones en rétro-propagation
[Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] 12 Intelligence moyenne
architecture modulaire - réseau de neurones - identification de formes - apprentissage non supervisé - transformations adaptatives - extraction de caractéristiques - classification - reconnaissance - classes d'invariance - séquences - cartographie de documents - organisation automatique


1.2.4.4. L' Enseignement Assisté par Ordinateur

      Vitrine de l'informatique très prisée et en constante amélioration ces dernières années, l'Enseignement Assisté par Ordinateur (EAO), ou encore l'Environnement d'Apprentissage avec Ordinateur, nous emmène au coeur scientifique de l'Intelligence Artificielle : conception de programmes donnant aux apprenants les moyens de réaliser des tâches, capables également d'observer et d'interpréter leur comportement, puis d'intervenir au moment opportun et de manière appropriée sur la base de leur analyse [Bruillard, 1997] . Notre domaine de l'exploration des connaissances prend alors bien toute sa dimension "d'ingénierie de la connaissance", nécessaire tant au niveau des processus de résolution suivis par les humains qu'au niveau de l'implantation en machine de tels processus.

      Issu des idées et grands courants de recherche concernant les applications de l'informatique à la formation, le concept de l'EAO se résume à un partenariat entre un utilisateur (ou "élève") et une machine, à la coopération aussi entre agents humains et agents artificiels. Cependant, si un grand nombre de travaux en EAO visent une autonomie croissante avec des systèmes utilisables par des élèves sans maître directement accessible, des acteurs impliqués dans des dispositifs de formation s'appuyant massivement sur les technologies éducatives à distance font le constat que l'apprenant ne peut être isolé et que son autonomie ne peut être totale. Il s'agit donc aujourd'hui plutôt de concevoir des systèmes coopératifs d'apprentissage qui intègrent comme acteurs des enseignants ou formateurs et des apprenants, et qui offrent de bonnes conditions d'accès à des ressources formatives distribuées, humaines, et/ou médiatisées.

      Un exemple opérant une transition appréciable entre la découverte des techniques d'Intelligence Artificielle et le présent domaine de l'Enseignement Assisté par Ordinateur nous est fourni par la méthodologie de conception centrée sur l'utilisateur (User Centered Design ou UCD) et développée dans le cadre de solutions logicielles pour la célèbre firme américaine IBM [Murray, Schell & Willis, 1997] . Application aidant tous les types d'utilisateurs à construire des règles pour manipuler la tâche universelle du courrier électronique, cette interface-utilisateur s'attache à rejoindre les besoins de l'utilisateur en se laissant conduire par tous les aspects de l'expérience de celui-ci et en intégrant ses diverses réactions dans le but de produire plans, priorités et décisions. Ce logiciel présente un "format d'interview" interrogeant les utilisateurs sur des critères de règles (expéditeur ou sujet) et des conditions (priorité) de manière amicale. Les utilisateurs sont guidés à travers une série de questions et de réponses pour construire autant de règles qu'ils en ont besoin. Des écrans de confirmation et d'autres éléments d'interface-utilisateur donnent à l'individu l'assurance que ses différentes règles opèrent comme souhaité.

      Loin d'être réellement automatisée, cette approche UCD est néanmoins basée sur quatre principes intéressants. Si la compréhension des utilisateurs demeure la force motrice permettant toute conception, la considération de l'expérience totale de l'utilisateur, c'est-à-dire tout ce que voit et touche l'utilisateur, ainsi que le recueil fréquent, rigoureux et rapide de ses réactions, dirigent, par une estimation permanente de la compétitivité, le développement d'un produit. De plus, plusieurs objectifs atteints lors de l'élaboration pratique renforcent et mettent en valeur la réalité de ces procédés. Il est nécessaire de noter ici la fourniture d'un moyen enfin simple pour la construction de règles dédiées au courrier électronique. Dans beaucoup d'autres produits, les formats de règles sont compliqués, les expressions logiques (et / ou / non) et leurs multiples combinaisons sont confuses, et le véritable nombre de règles possibles est trop impressionnant. En conséquence, les utilisateurs trouvent la tâche d'établir des règles trop difficile, et donc les capacités de construction de règles de beaucoup d'applications ne sont pas utilisées.

      Par suite, [Murray, Schell & Willis, 1997] a cherché à minimiser le temps de démarrage de l'application. Il s'avère en effet que, cette tâche faisant partie du "travail réel" d'un utilisateur, le courrier électronique doit permettre à l'utilisateur d'entrer et de sortir rapidement. L'adressage des règles les plus courantes et la limitation des tâches à celles les plus fréquemment utilisées sont alors basés sur l'analyse de tâches et les préférences de l'utilisateur. En outre, la création d'un ensemble limité de tâches pour lesquelles la plupart des personnes sont susceptibles d'établir des règles présente les prémisses d'une anticipation auto-adaptable des actions.

      Nous arrivons ainsi à une description instructive de la distinction possible entre trois différents styles d'interaction au sein d'une interface. Une première approche pas-à-pas pour la construction de règles propose une série de questions à l'utilisateur, avec affichage d'une liste de critères et actions à choisir, puis construction à partir des données recueillies. La seconde version est caractérisée par l'emploi de modèles de règles sous forme de phrases à deux ou trois champs d'entrée pour des attributs-clés. Toutes deux se différentient d'une ultime interaction structurée incluant des champs de conditions et d'actions désirées que l'utilisateur complète aisément pour construire une de ses propres règles.

      A ce niveau, nous remarquons que ces mécanismes d'Intelligence Artificielle se rapprochent inéluctablement des quatre points majeurs du développement de l'EAO spécifié ici [Bruillard, 1997] . En effet, l'apport de l'Intelligence Artificielle à nos investigations concernant les interfaces intelligentes permet d'envisager la réalisation d'un tuteur idéal, adaptable à tous les élèves et tous les contextes de formation, en améliorant l'adaptabilité des "machines à enseigner", cette qualité demeurant le critère essentiel de telles machines. Les possibilités d'adaptation sont alors multiples, à l'image des modes inhérents de présentation, du filtrage et de la granularité des connaissances manipulées, ainsi que du choix des types de chemins à faire suivre à l'apprenant. Nous pouvons aussi maintenant espérer fournir aux machines des capacités de résolution, non seulement dans un contexte de formation, mais aussi dans un cadre de travail. Cependant, en plus de connaître ce que les machines sont susceptibles de faire, il est essentiel d'appréhender leurs limites : le seuil d'incompétence renseigne sur les compétences à développer chez les humains. La machine devient de cette manière un auxiliaire de résolution ou une prothèse, un partenaire et un amplificateur de la pensée de l'homme, voire un guide, un outil ou un instrument.

      Il nous faut alors définir le statut de la notion de connaissance, celle-ci conditionnant les directions de recherche et les types de solutions préconisées dans la réalisation de tels systèmes informatiques. Le point délicat dans l'éducation est de savoir qui dispose des connaissances nécessaires : l'apprenant cherche à acquérir des connaissances et dispose d'instruments, mais ne détient pas toujours, contrairement à l'enseignant, des connaissances lui donnant l'autonomie nécessaire face aux instruments qu'on lui confie. Aussi, la compréhension du comportement de l'apprenant devient primordiale, notamment pour savoir ce que le destinataire de nos travaux connaît exactement. On passe alors de la simple analyse de la réponse ou du résultat à celle du processus-même de résolution ou de recherche d'une solution. En cherchant constamment à traiter la démarche de l'apprenant pour le comprendre ou lui donner les moyens de se comprendre et de modifier ses comportements et ses connaissances, nous découvrons finalement la difficulté à capturer et à représenter la connaissance individuelle de chaque élève, conduit en conséquence à se limiter à des domaines très procéduraux.

      C'est pourquoi, nous aboutissons à l'élaboration d'un modèle dit "de l'utilisateur", que nous expliciterons et développerons plus avant au cours du Chapitre 3 . Miroir du comportement de l'apprenant en tant qu'usager d'un ordinateur, nous verrons que cette modélisation correspond entre-autres à la façon dont l'élève se sert de la machine et interagit avec ses programmes. Nous remarquons par ailleurs encore ici qu'une session EAO se déroule toujours de manière cyclique (présentation d'informations, assimilation et réponse de l'apprenant à une question posée, analyse et validation, continuation résultante ou branchement à une autre partie du cours).

      Reconnue en tant qu'approche "utilisateur comme étudiant" [Brusilovsky & Schwarz, 1997] , la seconde référence abordée dans ces lignes paraît alors plus fortement dédiée à l'enseignement auto-adaptatif recherché. Apportant grande assistance aux débutants, à l'aide d'un apprentissage incrémental, elle présente aussi surtout un procédé de séquencement adaptatif d'actions. En effet, en plus du développement d'interfaces auto-explicatives pour des applications avancées, cette approche implémente plusieurs adaptations destinées à aider les débutants dans l'utilisation d'applications complexes sur le Web. L'ordre d'explication, d'apprentissage ou d'habilitation des caractéristiques de l'interface est déterminé par un séquencement adaptatif, une technologie d'enseignement intelligent qui est basée sur un modèle pédagogique de l'interface et sur la connaissance de l'utilisateur.

      Différentes caractéristiques des utilisateurs sont ainsi obligatoirement prises en compte, comme leurs capacités dans le domaine informatique, leurs expériences respectives du Web, les connaissances générales et la formation.

      Enfin, nous découvrons, au sein des systèmes CALL (Computer-Assisted Language Learning), une autre interface orientée vers l'utilisateur, associée à la conception d'une application tenant compte cette fois des forces, des faiblesses, des préférences et du niveau de compétences de chaque individualité étudiante durant les cours [Murphy & McTear, 1997] . Appuyée sur une architecture purement fonctionnelle, cette interface intelligente se compose de modules fournissant respectivement une analyse linguistique détaillée de chaque réponse de l'étudiant aux exercices du programme, la création d'un modèle dynamique de tout étudiant, un contrôle des réactions du système face aux entrées des étudiants ainsi que de la structure du matériel offerte à chacun d'eux.

      Un premier module dit "d'instruction" entretient le façonnage d'exercices de langage pour chaque étudiant et détermine le moment d'intercession dans la leçon en utilisant les approches d'instructions, les stratégies et les techniques incorporées dans le système. Ces dernières correspondent à la représentation explicite des concepts grammaticaux et linguistiques, à un ensemble d'exercices, à une librairie stockant le texte des réactions et une série de gabarits adaptatifs, à un ensemble de pages grammaticales disponibles à la demande de l'étudiant. Associé à ces différents mécanismes intelligents, nous retrouvons ici un modèle de l'utilisateur répertoriant notamment le stéréotype de l'étudiant, les règles d'acquisition implicite et le moteur d'inférence le caractérisant, toujours sous la forme de librairies dynamiques. Un troisième module, "de diagnostic" cette fois, vérifie l'exactitude de l'entrée de l'étudiant par analyse grammaticale et description détaillée de l'erreur linguistique, dans le cas d'une entrée erronée et le tout sur la base d'une hiérarchie de classes d'erreurs.

      En définitive, un modèle général nommé "modèle du contexte" se charge de gérer un répertoire central de stockage de toutes les données pertinentes concernant l'opération courante du système, à savoir, à la fois, les informations du modèle de l'étudiant comme le moyen d'expression préféré de l'étudiant et les définitions de l'exercice courant, ainsi que la cause de l'erreur de l'étudiant, identifiée par le module de diagnostic.

      En résumé, et pour reprendre une citation émanant de la Commission Européenne, nous constatons que nous progressons inexorablement vers une société de la connaissance [Bruillard, 1997] : "de l'éducation et de la formation tout au long de la vie". Aussi, nous retiendrons finalement à ce niveau les différentes informations à venir sur la page suivante ( Tableau 1.2.4.4 ).

      A noter alors que la valeur relativement faible obtenue par [Murray, Schell & Willis, 1997] au niveau de notre système hiérarchique des interfaces intelligentes est due essentiellement à un important vide propre à l'automatisation des procédés mis en avant au cours de ces travaux. Quant au même résultat attribué par nos définitions à [Brusilovsky & Schwarz, 1997] , il résulte de son côté du fait que ces recherches sont focalisées sur l'étude de mécanismes d'auto-adaptation, au détriment malheureusement d'autres points pourtant nécessaires à une interface intelligente dédiée, qui plus est, à l'EAO. Nous noterons par exemple, à ce stade de nos réflexions, le manque de traitement d'erreurs éventuelles émanant d'un utilisateur, des modèles très intrusifs et insistants aussi vis-à-vis de celui-ci, ainsi qu'une absence de surveillance propre aux données recueillies, sécurité indispensable pourtant dans un outil opérant au niveau d'Internet.

      En règle générale, les références d'interfaces intelligentes faisant état de travaux récents effectués dans le cadre de l'Enseignement Assisté par Ordinateur faillissent quelque peu au niveau de la liberté, de l'initiative laissée aux étudiants, voire encore en ce qui concernent des éventuelles suggestions de manipulations pouvant être portées à la connaissance des utilisateurs. Cela provient, sans modification ou solution a priori nécessaires, du rôle et de la définition-même de l'EAO qui demeure un outil destiné à instruire et à simplement fournir des informations à l'utilisateur, certes de manière aussi automatique et adaptée que possible.

      
Tableau61.2.4.4 : Caractérisation hiérarchique des références d'interfaces intelligentes remarquables traitant de l'Enseignement Assisté par Ordinateur
Référence abordée Valeur obtenue pour HII Classe de l'interface Principaux qualificatifs de l'intelligence
[Murray, Schell & Willis, 1997] 8 Intelligence faible
besoins, expérience et réaction de l'utilisateur - construction de règles - format d'interview - assurance - compréhension des utilisateurs - compétitivité - expressions logiques - minimisation du démarrage - rapidité - limitation des tâches à celles les plus fréquemment utilisées - champs d'actions
[Brusilovsky & Schwarz, 1997] 8 Intelligence faible
interfaces auto-explicatives - aide aux débutants - apprentissage incrémental - séquencement adaptatif - enseignement intelligent - modèle pédagogique - connaissance de l'utilisateur - capacités - expérience
[Murphy & McTear, 1997] 12 Intelligence moyenne
modèle dynamique de l'individualité étudiante - stockage de données pertinentes - moyen d'expression préféré - diagnostic - vérification d'exactitude - hiérarchie de classes d'erreurs - moment d'intercession - série de gabarits adaptatifs - moteur d'inférence


1.2.4.5. L' avènement des agents intelligents

      Depuis le début de l'histoire, les gens ont été fascinés par l'idée d'agencements non-humains tels que des androïdes, humanoïdes, robots et autres cyborgs [Bradshaw, 1997] . Bien que les automates aient existé pendant des siècles, c'est seulement récemment que quelque chose de ressemblant aux agents autonomes a commencé à apparaître. Les agents déployés diffèrent de façon importante des concepts précédents : le mouvement a aujourd'hui changé du matériel au logiciel, des atomes qui comprennent un robot mécanique aux bits qui composent un agent digital. Ces agents logiciels fonctionnent continuellement et de manière autonome dans un environnement particulier qui est souvent peuplé par d'autres agents et processus. Idéalement, ils apprennent de leurs expériences, communiquent et coopèrent avec d'autres agents, et, comme exigé, bougent dans des réseaux privés et sur l'Internet.

      Des tendances récentes ont précisé que la complexité logicielle continuera à augmenter dramatiquement dans les décennies à venir. La nature dynamique et distribuée, tant des données que des applications, exige qu'un logiciel ne réponde plus simplement aux demandes d'information, mais prévoit intelligemment, s'adapte et cherche activement des façons de soutenir les utilisateurs. Non seulement ces systèmes doivent assister la coordination de tâches parmi les humains, ils doivent aussi aider à gérer la coopération au sein des programmes répartis.

      En réponse à ces besoins, les efforts des chercheurs de plusieurs domaines différents ont commencé à s'unir autour d'un large agenda commun : le développement d'agents logiciels. D'une part, des chercheurs des domaines de l'interaction homme-machine, des interfaces-utilisateur intelligentes et adaptatives, de l'acquisition des connaissances et de la programmation dédié à l'utilisateur se sont intéressés à l'interaction entre humains et agents logiciels. D'autre part, des chercheurs des domaines de l'Intelligence Artificielle, de la robotique, de la vie artificielle aussi et de la programmation d'objets distribués ont progressé dans la compréhension des possibilités de développement, raisonnement et coopération des communautés d'agents. De telles lignes complémentaires de recherche sont motivées par deux soucis principaux : les limitations des interfaces à manipulation directe, et les complexités de l'informatique distribuée.

      Ce contexte introduit ainsi les agents intelligents et leurs concepts de raisonnement, de représentation des connaissances et d'apprentissage. Pourtant, les applications pratiques d'agents ont des origines nettement plus pragmatiques [Caglayan & Harrison, 1997] . Les développeurs de logiciels ont commencé par créer différents outils pour automatiser des processus spécifiques ; les agents intelligents ont alors, ces dernières années, attiré l'attention pour plusieurs raisons :

  • - comme un moyen de mettre de l'intelligence dans des interfaces pour permettre aux utilisateurs non qualifiés d'obtenir davantage des applications informatiques.
  • - comme un moyen de personnaliser des applications et des services pour rencontrer les préférences, buts et désirs de l'utilisateur.
  • - comme un moyen de gérer la récupération, la dissémination et le filtrage des quantités énormes d'informations devenant disponibles sur les réseaux d'entreprise, réseaux à valeur ajoutée, et particulièrement l'Internet.

      C'est pourquoi, nous aboutissons à une forte présence déjà de la technologie des agents intelligents dans de nombreuses applications d'entreprise et autres produits commerciaux aujourd'hui disponibles : agents de bureau, de recherche sur le Web, programmes de recherche et filtrage d'information personnalisée, agents de base de données, ... Par définition, un agent est alors une personne ou une chose qui agit, est capable d'agir ou est autorisé à agir pour une autre [Caglayan & Harrison, 1997] . Cette essence d'agent possède dès lors deux attributs-clés : un agent fait des choses, et un agent agit au nom de quelqu'un ou de quelque chose. Par extension, un agent logiciel peut être vu comme une entité informatique qui exécute de manière autonome des tâches déléguées par un utilisateur, mais également telle une pièce de logiciel pouvant opérer sur le comportement d'une autre entité [Carrez, 1998] ou encore un processus informatique qui sent son monde et agit sur lui [Mataric, 1994] .

      Ainsi, un tel agent logiciel devient intelligent dès lors qu'il se voit attribuer certaines qualités et capacités d'effectuer des actions autonomes ou automatiques telles que la délégation destinée à d'autres entités, une certaine habileté de communication, un contrôle ou une mise en action [Caglayan & Harrison, 1997] . De multiples compétences nouvelles ont ensuite vu le jour, toutes aussi intéressantes et bénéfiques les unes que les autres, afin de permettre aux agents intelligents de progresser : mobilité, interaction (sociabilité et comportement adaptatif), coopération mutuelle, apprentissage et même raisonnement [Carolan, Collins & al., 1997] .

      Il subsiste cependant un inconvénient de taille concernant ces récents outils logiciels, à savoir qu'il s'agit encore de les gratifier d'une réelle crédibilité et efficacité aux yeux des divers utilisateurs, que ceux-ci soient néophytes comme très expérimentés. En effet, de nombreuses personnes croient toujours qu'un agent intelligent ne va pas réellement exécuter ce qu'ils lui demandent, ou va se détériorer et faire quelque chose qu'ils n'ont pas désiré. De même, le contrôle par l'utilisateur, relativement fréquent encore, des activités d'un agent logiciel reste un point entravant l'utilisation d'agents pour beaucoup de personnes [Murray, Schell & Willis, 1997] .

      Mais, si un tel établissement de la présence et de la performance des agents logiciels demeure encore friable, il n'en est pas moins vrai que les agents intelligents évoluent chaque jour davantage. Ils deviennent plus capables, ingénieux et puissants, intelligents en somme, voire même incontournables pour les applications informatiques futures, et en particulier les interfaces intelligentes. C'est pourquoi, nous ne nous étonnons plus en découvrant un agent logiciel démontrant par exemple des facultés d'autonomie, de rationalité, de réactivité, de planification ou encore de modélisation, de l'environnement comme de l'utilisateur d'ailleurs [Carrez, 1998] .

      Enfin, nous aboutissons à l'implémentation proprement dite de nos agents intelligents, et découvrons les nombreuses doléances concernant leurs modèles d'apprentissage [Maes, 1994] :

  • - apprentissage non-supervisé (l'agent doit apprendre principalement sans professeur).
  • - apprentissage incrémental (l'agent doit apprendre de chaque expérience en remarquant qu'il ne peut y avoir un apprentissage et une phase d'exécution séparés).
  • - apprentissage dynamique et approprié, focalisé sur les connaissances permettant d'atteindre les buts (au vu des actuels environnements complexes et imprévisibles, un agent ne peut avoir les moyens d'apprendre chaque fait disponible).
  • - apprentissage capable de faire face aux bruits, aux défections de tous genres, aux environnements probabilistes également.
  • - apprentissage incorporant des connaissances initiales (pas besoin de tout apprendre en partant de rien, en particulier si la connaissance préalable est facilement disponible).

      Une première référence remarquable à ce niveau est alors la présentation de "Letizia", agent d'interface-utilisateur chargé d'assister les déplacements d'un utilisateur sur le Web [Lieberman, 1995] . Réalisant en temps réel des suggestions de pages Web susceptibles d'intéresser l'utilisateur pendant son déplacement sur Internet, cet agent intelligent opère un suivi du comportement de l'utilisateur (liens, recherches initiales, requêtes d'aide) et tente d'anticiper ses centres d'intérêts en effectuant une exploration simultanée et autonome des liens à partir de la position de l'utilisateur. Arrivant à l'automatisation d'une stratégie de déplacement basée sur la "recherche du meilleur premier" (best-first search ou "avancement à partir du meilleur noeud ouvert, quelque soit l'endroit où ce noeud se situe dans l'arbre partiel développé"), l'efficacité de "Letizia" est accrue par des heuristiques déduites du propre comportement de l'utilisateur.

      Nous découvrons, par suite, une définition de deux types d'agents déjà inséparables, à savoir les agents d'interface et les agents dits "autonomes" [Lieberman, 1997] . Si les premiers proposent à l'utilisateur, dans une interface intelligente, une assistance active sans jamais se maintenir en arrière-plan, la seconde catégorie de ces agents agit au contraire simultanément à l'utilisateur et sans intervention de celui-ci, qu'il soit occupé ou non. Pour ces dernières entités, aucune conversation continue avec les utilisateurs n'est nécessaire et leur travail demeure par conséquent non intrusif face aux interlocuteurs respectifs. De plus, différents aspects, certes encore parfois encore un peu simplistes mais intéressants, ressortent ici dans le but de concevoir une interface intelligente efficace :

  • - suggérer plutôt qu'agir,
  • - tirer avantage de l'information que l'utilisateur fournit librement à l'agent, sans avoir recours à une interaction séparée,
  • - tirer avantage du temps de réflexion de l'utilisateur,
  • - l'attention de l'utilisateur peut être irrégulière dans le temps,
  • - les agents d'interface autonomes peuvent avoir une hésitation entre réflexion et action,
  • - une interface autonome peut ne pas s'accorder avec tous les styles cognitifs d'utilisateurs.

      Avouons de suite que la majorité des points précédents, et en particulier le tout dernier, a le mérite de nous laisser songeur et nous poussent à chercher à améliorer la présente situation. Cela s'éclaircit dès lors que [Maglio & Barrett, 1997] avance l'idée d'un rassemblement de données caractérisées par l'observation d'utilisateurs expérimentés du Web recherchant des informations spécifiques. Les individus répètent alors les mêmes formes de recherche et conceptualisent leurs diverses recherches en fonction de leurs formes standards. Cette nouvelle assistance en recherche d'informations, basée sur des agents intelligents personnels, entraîne l'adaptation de ces derniers à une collaboration fiable entre utilisateurs d'Internet. Nous aboutissons ainsi à la prise en compte d'un avantageux modèle d'utilisateurs, modèle défini par trois étapes successives :

  • - recueil de données sur le comportement de personnes cherchant de l'information sur le Web.
  • - analyse de ces données pour apprendre ce que ces chercheurs d'informations font et pensent.
  • - construction d'agents Web spécifiques pour supporter les comportements de recherche identifiés (fourniture d'un support personnel pour la recherche d'informations et le transfert efficace de la connaissance acquérie par une personne à une autre).

      Davantage orienté vers l'interfaçage homme-machine, [Maulsby & Witten, 1997] met aussi en évidence la description de l'élaboration, de l'implémentation et de l'évaluation d'agents apprenant à automatiser des tâches répétitives au sein d'une interface devenue intelligente. De plus, au contraire de la plupart des projets d'Intelligence Artificielle qui leur sont antérieurs en date, ces travaux se concentrent sur une étude d'utilisateur virtuelle, avec un agent simulant l'homme utilisé pour découvrir les interactions que les personnes trouvent naturelles.

      Ainsi, en développant et testant différentes méthodes d'interaction pour instruire un agent informatique, avec tout-de-même, pour asseoir l'expérience dans la réalité, une limitation des types d'instructions comprises par l'agent, des caractéristiques textuelles qu'il observe et des généralisations qu'il peut apprendre, deux outils intelligents et complémentaires voient le jour. Il s'agit d'un agent entraîné par les utilisateurs à éditer une bibliographie et un système inhérent d'apprentissage automatique interactif. Simulé par un chercheur caché derrière un écran (rappelons que les concepteurs d'interface appellent cela un scénario de "Magicien d'Oz", ou "Wizard of Oz"), le nouvel agent s'éduque en scrutant les utilisateurs qui décrivent des tâches allant du trivial au difficile, et qui inventent également leurs propres méthodes d'enseignement et autres commandes vocales. Cette étude montre par conséquent les manières selon lesquelles les utilisateurs communiquent instinctivement via des "indications", ou, spécifié partiellement, des instructions ambigües. Ces indications peuvent être communiquées en utilisant la parole, en pointant ou par sélection dans des menus. L'implémentation, associée à ce travail et qui a abouti à la mise en oeuvre du système d'apprentissage, démontre que les ordinateurs peuvent apprendre à partir d'exemples et d'informations, même ambigües. En outre, par l'acquisition de concepts dans un domaine riche à partir de peu d'exemples, en gardant les utilisateurs dans la boucle et en leur permettant d'influencer le cours de l'apprentissage, on obtient une intéressante production de règles comme des descriptions pour classifier, trouver, modifier ou générer des données.

      Autre point remarquable, les observations et résultats de l'étude-utilisateur démontrent la présence de deux principaux styles de dialogue entre l'homme et la machine, à savoir ceux de "bavard" et de "silencieux". Ils sont alors aisément assimilables à des personnalités qualifiées respectivement d'extravertie et d'introvertie. Un ensemble de commandes utilisées est aussi mis en avant, à la fois pour contrôler l'apprentissage ("montre ce que j'ai fait" ou "ignore cela") et la prédiction ("fais le suivant" ou encore "fais le reste"). D'autres enseignements apparaissent concernant notre présente notion d'agents intelligents. Nous pouvons noter que les utilisateurs apprécient et exploitent l'apprentissage incrémental : ils se contentent en effet d'enseigner les cas spéciaux lorsqu'ils surgissent, plutôt que de les anticiper. En outre, pour obtenir une indication précise, il ressort qu'il vaut mieux proposer une conjecture plutôt que de demander brutalement à l'utilisateur : "de quoi s'agit-il ici ?"... Enfin, il apparaît également primordial qu'agents comme utilisateurs doivent être capables de se référer aux exemples et instructions passés.

      Les "Assistants Personnels de Communication" [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] apportent également une utilisation et une application intéressantes quant au présent domaine des agents logiciels intelligents : le filtrage d'informations ou de données spécialisées. Véritables "maîtres d'hôtel digitaux" ou "secrétaires virtuelles", ces agents exécutent, pour et surtout à la place de l'utilisateur, toutes sortes de tâches administratives comme l'organisation de voyages, le shopping sur le Web ou la recherche d'informations qui peuvent intéresser chacun de nous. Assimilé à une secrétaire dévouée dans un environnement bureautique, un tel assistant gère les différentes modalités de la communication personnelle, comme les appels téléphoniques, les fax et les e-mails . Il propose un filtrage d'appels intelligent empêchant le bombardement constant de son propriétaire par des appels téléphoniques non-souhaités pendant que celui-ci est engagé dans un travail de plus haute priorité (limite imminente d'un projet par exemple, ou réunion).

      Plus précisément, l'apprentissage des caractéristiques de communication d'un utilisateur va aider les agents intelligents à filtrer automatiquement les appels selon ses préférences. Cela va permettre, non seulement la réduction de l'entrée de connaissances substancielles et de besoins de maintenance par les systèmes existants, mais aussi le refus de scénarios erronés et la capacité à opérer selon une manière plus autonome et "proactive". Nous aboutissons ainsi à l'apport fort d'une aide destinée à apprendre aux employés comment travailler de façon plus professionnelle et productive. En définitive, ces travaux ont mis en évidence un système multi-agents composé d'assistants personnels négotiant et collaborant entre-eux afin de gérer intelligemment les appels. Garantissant l'efficacité des opérations tout en dépendant au minimum des données provenant de l'utilisateur considéré, [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] avance également un apprentissage des caractéristiques de communication associé à la construction d'un profil d'utilisateur qui va tenter de capturer et de traiter automatiquement les diverses préférences immédiates de l'utilisateur.

      Enfin, nous ne pouvions omettre d'aborder et d'exposer les dernières investigations américaines en matière d'intelligence et de raisonnement rapportés aux capacités de nos agents logiciels. En effet, rares sont les ouvrages qui n'ont pas salué la récente création des déjà fameux "Elfes Électroniques" pour "équipes débordées de Californie" [Pynadath, Tambe & al., 2000] ! Ces agents, capables de prendre certaines décisions à la place d'un être humain dépassé par les événements, ont en effet pour mission de gérer l'emploi du temps de leur maître, de le négocier éventuellement avec les autres Elfes, de gérer aussi le menu du déjeuner et même de désigner, en accord avec ses "collègues", le chercheur devant assurer la présentation hebdomadaire de leur laboratoire aux visiteurs. Chaque être humain de l'équipe possède ainsi son Elfe, installé sur son propre ordinateur et qui reste en contact avec lui via son téléphone portable ou son organiseur électronique. L'Elfe peut, de plus, aller jusqu'à localiser précisément son maître grâce à un capteur GPS (Global Positioning System) que le chercheur porte sur lui. Pour exemple, dans le cas où un des membres de l'équipe se trouve trop loin du bureau pour être à l'heure en réunion, son Elfe le rappelle à l'ordre, puis propose à ses congénères d'informer leurs "seigneurs" respectifs que la séance est reportée de vingt minutes... Il arrive cependant (déjà !) que ces agents intelligents prennent un peu trop de libertés. Ainsi, ayant compris que le chef de projet annulait habituellement ses rendez-vous s'il avait dix minutes de retard, son petit majordome prit l'initiative de décommander une entrevue avec le patron lui-même de l'institut ! Des réglages supplémentaires sont donc à l'étude pour éviter qu'une telle bévue ne se répète à l'avenir.

      Par extension, il semble d'ailleurs que les futures organisations humaines, à grande échelle, seront encore plus hautement "agentisées" [Scerri, Pynadath & Tambe, 2001] . En effet, cette vision apparaît d'ores-et-déjà bien plausible, à l'aide notamment d'agents logiciels supportant les tâches traditionnelles de recueil d'information, de planification et de surveillance d'exécution, mais aussi grâce à d'autres augmentant le contrôle des ressources et des périphériques (en matière de communication universelle par exemple). Toutefois, tant que ces agents hétérogènes accepteront davantage de ces activités, ils devront faire face aux tâches supplémentaires d'interfaçage avec des personnes, et même d'action en tant que procurations de ces dernières. L'association dynamique de tels agents intelligents va permettre aux organisations d'agir de manière cohérente, d'atteindre de manière robuste leurs buts de mission, de réagir rapidement aux crises, et de s'adapter dynamiquement aux événements. Les progrès réalisés dans cette "agentisation intelligente" pourraient par conséquent assister toutes les organisations, y compris les militaires, les organismes de réponse aux désastres civils, les sociétés et même les universités.

      Afin de conclure cette partie dédiée aux mécanismes d'agents intelligents en matière d'interfaçage évolué, nous retiendrons finalement les diverses informations du Tableau 1.2.4.5 . Les concepts et idées destinés aux terminaux de communication demeurent riches et nombreux à l'issue de ces références.

      
Tableau71.2.4.5 : Caractérisation hiérarchique des références d'interfaces intelligentes remarquables traitant de l'avènement des agents dits "intelligents"
Référence abordée Valeur obtenue pour HII Classe de l'interface Principaux qualificatifs de l'intelligence
[Lieberman, 1995] 13 Intelligence forte
agent d'interface-utilisateur - suivi du comportement - tentative d'anticipation - centres d'intérêts - exploration simultanée et autonome des liens - stratégie de déplacement - recherche du meilleur premier - heuristiques - assistance active - suggestions en temps réel - styles cognitifs
[Maglio & Barrett, 1997] 11 Intelligence moyenne
recherche d'informations - apprentissage - agents Web - comportements de recherche - support personnel - transfert de connaissances - observation d'utilisateurs expérimentés - assistance - identification et suggestion de formes standards similaires - historique - collaboration
[Maulsby & Witten, 1997] 12 Intelligence moyenne
agent apprenant et simulant l'homme - automatisation de tâches répétitives - caractéristiques textuelles - généralisations - scénario de "Magicien d'Oz" - indications ambigües - apprentissage automatique interactif - génération de règles - styles de dialogue - degré de répétition
[Nangle, Cunningham & Evans, 1998] 14 Intelligence forte
filtrage d'appels - caractéristiques de communication - intentions - apprentissage - assistants personnels - préférences immédiates de l'utilisateur - connaissances et besoins - autonomie "proactive" - système multi-agents - négociation et collaboration - profil-utilisateur
[Pynadath, Tambe & al., 2000] 15 Intelligence forte
'Elfes Électroniques' - localisation - gestion et négociation - initiative - planification et surveillance d'exécution - contrôle de ressources - agents hétérogènes - procurations - buts de mission - rapidité - adaptation dynamique aux événements - résolution de problèmes - ordonnancement

      Ainsi, si nous pouvons relever que les premiers principes mis en oeuvre à la base des agents logiciels se caractérisent par la continuité de fonctionnement ainsi que par l'autonomie, nous devons également insister sur les facultés d'intelligence, très utiles et de plus en plus variées, attachées à ces outils. Non seulement, ils apprennent de leurs expériences, raisonnent, communiquent et coopèrent avec d'autres entités, mais en plus, ils réussissent à nous permettre de personnaliser des systèmes avancés de manière efficace. A tout cela s'ajoute le fait que les agents intelligents présentent des qualités de compréhension et de réactivité à l'égard de chacun de nos utilisateurs, tout comme d'analyse, de conseil, de contrôle ou 'd'évolutivité'. Ces diverses aptitudes, auxquelles nous ajoutons encore la convivialité et surtout la performance, seront indispensables dans l'élaboration et la conception de notre nouvelle interface intelligente.

      Nous remarquons toutefois la petite différence entre les caractéristiques intelligentes de [Lieberman, 1995] et de [Maglio & Barrett, 1997] . De cette seconde référence transparaît, certes quelque peu par excès de tentatives d'améliorations visant l'interface, un système moins porté vers les propres intérêts et habitudes de l'utilisateur, de même qu'assurément plus insistant et intrusif vis-à-vis de celui-ci. C'est d'ailleurs aussi un des rares points faibles de [Pynadath, Tambe & al., 2000] , dont l'avantage émane de ses capacités d'autonomie et de prise d'initiatives envers la gestion des données. Quant à [Maulsby & Witten, 1997] , nous noterons un manque flagrant d'application et d'évaluation au niveau du réseau Internet, en opposition à une réussite pourtant intéressante de la modularité et d'un traitement plus évolué des besoins individuels.

      De son côté, la qualité principale apportée par [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] , et qui supplante de loin les autres références abordées, demeure sa constante recherche d'amélioration au niveau de la convivialité, de la simplicité réellement efficace, de l'humanisation et de la clarté dégagée par son système multi-agents. Ces travaux se caractérisent également par la mise en évidence d'agents intelligents capables de négocier et de collaborer entre-eux.


1.2.4.6. Application des interfaces intelligentes en entreprise

      Véronique De Keyser, de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education de Liège en Belgique, introduit ainsi le présent sujet : « Peut-on capturer réellement le savoir de l'ergonome et lui substituer, en tout ou en partie, une aide intelligente ?... » [Kolski, 1997]

      « En effet, pour les opérateurs dans les entreprises, chaque situation est unique et ils sont eux-mêmes irremplaçables. Sans doute, mais jusqu'à quel point ? Quelle est la part de routine, et la marge au-delà de laquelle l'informatisation, ou les techniques de l'intelligence artificielle sont impuissantes, inefficaces ? Essayons, vérifions. Jouons. Le domaine évolue vite, sous la pression des technologies nouvelles. »

      En confirmant l'importance actuelle de la haute technologie, des enjeux financiers et de la maîtrise du temps, [Créance, 2001] corrobore ces interrogations par une forte insistance sur les besoins que l'entreprise, "machine à rationnaliser", a de concilier au quotidien concepts et mise en oeuvre. De plus, la mise en place de réseaux dans les entreprises fait apparaître de nouveaux comportements de groupe qu'il est primordial de pouvoir analyser et modéliser afin de mieux les comprendre et de pouvoir surtout les consolider [Adam, Kolski & Vergison, 1998] . Les bouleversements structurels qui ébranlent le monde industriel d'aujourd'hui mettent en lumière le besoin d'appréhender correctement les mécanismes de fonctionnement de l'entreprise et, en particulier, des processus techniques et administratifs qui sous-tendent ses activités.

      Dans ce contexte, les facteurs humains jouent un rôle prépondérant. De même en est-il pour la création en commun et le partage d'informations, de connaissances et de documents. L'émergence de nouvelles technologies et d'outils informatiques puissants, simples dans leur conception et dans leur application contraste souvent avec le manque de méthodes de mise en oeuvre appropriées. Par ailleurs, si des solutions sont trouvées pour résoudre des problèmes locaux de nature le plus souvent technique, il n'en existe pas pour résoudre des problèmes organisationnels complexes où les facteurs humains sont critiques.

      C'est pourquoi, il demeure indispensable d'avancer l'insertion de nouvelles interfaces intelligentes, avant tout dédiées à l'amélioration du travail et du bien-être des utilisateurs, comme une méthode ou un outil d'analyse en vue de la spécification de systèmes coopératifs. Simple tant dans sa conception que dans sa mise en oeuvre, une interface intelligente appliquée à l'entreprise, et plus généralement au monde industriel, doit permettre aux différents intervenants dans un processus, acteurs et décideurs, d'abord d'en acquérir la perception et la maîtrise, pour ensuite également en améliorer, voire même en optimiser, le fonctionnement.

      LEAR (Learner's Living Repository) en est un exemple [Oppermann & Thomas, 1996] . Support d'utilisateurs pour l'exploitation et l'échange, dans un groupe de travail, d'informations apprises et consultées, ces travaux décrivent, par "mémos" (pense-bêtes) ou copies d'écrans, des problèmes ou solutions trouvées lors de l'utilisation d'un outil déterminé. L'accomplissement de tâches spécifiques est alors associé à des commentaires et des stockages dans une "démothèque" personnelle. Basé sur un procédé itératif d'apprentissage tourné vers l'obtention d'une solution, ce système s'applique à réutiliser toutes les facettes de la compétence disponible :

  • - "mémos" individuels (attachement d'une description électronique à des éléments du système pour expliquer des caractéristiques utilisées pour des besoins individuels).
  • - enregistrement d'interactions (répétition et exploration de son propre historique d'interaction, par exemple dans le cas d'une situation d'erreur).
  • - définition de démonstrations pertinentes (sélection d'un épisode intéressant et conservation dans la "démothèque" personnelle pour des situations futures similaires).
  • - annotation de démonstrations (adjonction de commentaires et avertissement concernant les actions de chacun).
  • - recherche de démonstrations (sélection de différentes méthodes d'accès pour rechercher l'épisode pertinent de la "démothèque").
  • - sélection de vues (sélection de différents points de vues pour exploiter un épisode pertinent de la "démothèque" afin de supporter un nouvel apprentissage d'une solution et le transfert de cette dernière sur la tâche courante).
  • - échange de questions et de réponses (consultation distante entre l'utilisateur et un consultant pour échanger questions et réponses indépendantes des contraintes temporelles et spatiales).
  • - échange de solutions (échange de tâches et de compétences envers l'outil entre utilisateurs d'un environnement de travail coopératif par la fourniture et la requête de solutions typiques concernant l'espace de travail).

      En définitive, il ressort ici déjà quatre aspects bien distincts au niveau de l'apprentissage destiné à augmenter la compétence d'un utilisateur envers un outil logiciel :

  • - omniprésence (l'apprentissage doit être supporté dans chaque situation de travail, pas seulement dans des phases ou des environnements d'apprentissage particuliers) ;
  • - combinaison d'exploration et d'instruction (les utilisateurs apprennent en s'essayant à des situations et en consultant des facilités d'aide technique et humaine) ;
  • - phénomène itératif (évolution étape par étape en utilisant la connaissance initiale pour une compréhension à venir) ;
  • - activité individuelle et sociale (les utilisateurs apprennent seuls mais apprécient aussi le support et l'échange de connaissances des interactions sociales).

      Autre ressource appréciée au sein des entreprises et sociétés industrielles de fabrication, la réalisation d'interfaces d'aide à la décision en temps réel, pour la supervision notamment de procédés continus complexes [Lambert, Riera & al., 1998] . Dans ce cas, il s'agit de seconder l'opérateur humain au niveau de la surveillance, la détection et la localisation de défauts éventuels, tout en le laissant maître des actions à appliquer. Les procédés continus automatisés sont effectivement un excellent exemple de systèmes où l'interaction homme-machine prend un caractère primordial ; la qualité des interfaces permet de rendre leur supervision plus efficace et surtout plus sûre. Le procédé physique est complexe, à la fois par le nombre important de variables qu'il y a lieu de surveiller et par les multiples relations qui existent entre elles. De plus, les réactions sont difficiles à interpréter du fait du caractère en boucle du système de commande.

      Cependant, un tel système présente les nombreuses données, acquises par exemple en ligne, en termes plus synthétiques et symboliques qu'une simple liste numérique de valeurs ou de dépassements de seuils, de façon à ce que l'opérateur maintienne aisément sa vigilance et se focalise sur les vrais problèmes lorsqu'ils apparaissent et non sur des problèmes secondaires. Ainsi, même si le système d'aide à la décision lui propose un diagnostic, entre-autres grâce à une représentation causale de l'installation visualisée par un graphe orienté facilitant sa décision, l'homme reste maître de déterminer la séquence d'actions à appliquer sur le procédé.

      Un protocole expérimental complet a été mis en oeuvre pour évaluer les performances des utilisateurs assistés par ce type d'interfaces intelligentes. La prise en compte d'un simulateur d'entraînement dédié aux opérateurs sur procédé de retraitement de combustibles nucléaires s'est avérée profitable, notamment du fait que ce système a pu fournir un jeu de données représentant le fonctionnement de référence et différents jeux de données ensuite correspondant à un fonctionnement avec un ou plusieurs défauts. Les qualités ergonomiques des vues proposées ont été jugées suffisamment claires pour que le bénéfice apporté par ces outils de supervision soient évalués dans de bonnes conditions. Certes, l'outil étudié n'était pas d'une grande complexité (une cinquantaine de variables à surveiller) et les pannes simulées n'étaient pas représentatives de toutes les possibilités de pannes. Mais les opérateurs étaient en situation suffisamment réaliste lors des tests pour entraîner, en particulier, des situations où stress et fatigue pouvaient se sentir.

      Davantage orienté vers la bureautique, la célèbre société Microsoft a récemment dévoilé sa "Secrétaire Intuitive" [Vladyslav, 2001-2] . Logiciel permettant de hiérarchiser la délivrance des e-mails, ce système, couplé à une caméra et un microphone, détermine l'activité du destinataire, choisit s'il doit le prévenir ou non, et sur quel terminal, en fonction de l'importance qu'il attribue au message. A la différence des "Assistants Personnels de Communication" [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] qui se chargent d'effectuer un filtrage intelligent des appels télématiques d'un utilisateur en lui apprenant à mieux les gérer, l'idée du système abordé est d'aller plus avant en cherchant à déterminer dans quel environnement se trouve l'utilisateur et ce qu'il est en train de faire, afin de lui envoyer les messages cette fois-ci triés en fonction de leur urgence. Imaginons un "pauvre" employé de bureau submergé par les courriers électroniques : messages d'une cousine éloignée, messages de groupes de discussion, annonces commerciales 'forwardées' par un collègue scrupuleux, notes de son responsable, alertes prévenant d'un virus, etc. Autant d'informations qu'il faut hiérarchiser et qu'il faut lire rapidement, si ce n'est immédiatement.

      Eric Horvitz, un des responsables de Microsoft Research, explique que « ce nouveau système est justement là pour comprendre comment un utilisateur perçoit l'urgence. Le système consulte ensuite le corps des e-mails, l'objet, la structure de l'en-tête, et prend même en compte les relations entre l'envoyeur et le récipiendaire, pour finalement assigner un niveau d'urgence compris entre 1 et 100 aux messages. Le logiciel permet ainsi de déterminer des profils différents (lieu de travail, domicile, en dehors du bureau) en s'appuyant sur un outil de hiérarchisation des priorités. De plus, le système sait que l'utilisateur est de face, sa tête est là, il sait que l'humain est là. Si ce dernier avait une fenêtre Outlook d'ouverte, le système le verrait dans Outlook, et s'il va dans PowerPoint, il est vu dans PowerPoint. Le système détermine par conséquent aussi si l'utilisateur regarde l'écran ou non, et peut alors réellement savoir ce qu'il fait. » Ceci explicité, le but étant d'adapter la délivrance des messages électroniques en fonction de la situation de travail caractérisant l'utilisateur, nous pouvons tout-de-même nous interroger ici sur le niveau et l'acceptation par cet utilisateur de l'indiscrétion inhérente à une telle interface intelligente...

      Enfin, à l'image de nos évaluations réalisées au sujet des terminaux de communication, les interfaces intelligentes envahissent aussi très rapidement les sites du réseau Internet. Dans ce contexte, lorsque la distance ne compte plus, que l'offre n'est plus facteur de différenciation, que reste-t-il pour fidéliser le client ? Comment créer la proximité sur le "Net", une relation de proximité étant construite pas à pas dans la vie réelle ?... Cette dépendance, avant tout propre au commerce électronique entre un fournisseur et un client, possède heureusement un équivalent de taille sur le Web, à savoir la personnalisation [Dhénin & Lichter, 2000] . Abondance de l'offre et boutiques à un clic de souris les unes des autres : voilà à quoi ressemble l'environnement concurrentiel sur le Web. Pas très réjouissant pour les "cyber-marchands". Dans le commerce classique, non électronique, un client choisit une boutique plutôt qu'une autre en raison de sa situation géographique, ou de la relation qu'il entretient avec le commerçant. Sur le Web, comment apporter cette différence, sinon en tentant de réinventer cet interlocuteur qui connaît si bien son client, l'oriente vers des produits qu'il apprécie et lui donne le conseil attendu au bon moment ? La personnalisation désigne ainsi l'aptitude d'un site à servir ses visiteurs au plus près de leurs besoins en leur proposant un contenu individualisé.

      Deux manières d'y parvenir sont alors possibles : interroger les clients sur leurs besoins (personnalisation explicite), ou bien dresser leurs profils en examinant, en temps réel ou non, leurs opérations sur le site pour ensuite leur suggérer des choix auxquels ils n'ont pas forcément pensé (la personnalisation est alors dite implicite). A cela, il faut ajouter qu'un client demeure très volatile. Parce qu'il se caractérise par une abondance de l'offre et, ainsi, par un commerce sans cesse en renouvellement, le Web crée plus qu'ailleurs un "consommateur qui n'est pas dupe". Ce client-là apprend alors vite, très vite ; il devient de plus en plus difficile de lui prendre de son temps pour lui communiquer un message de "marketing". Sauf s'il y trouve un intérêt...

      Technique de personnalisation basée sur l'étude comportementale de l'internaute, le filtrage collaboratif offre alors une analyse prédictible à partir du cycle d'achat de clients présentant des profils voisins. [Net Perceptions, 2001] nous propose à ce niveau des outils basés sur des statistiques véritablement précises. Formulaire d'achat, questionnaire pour une inscription à une lettre électronique, demande de documentation, jeux-concours sont, tout d'abord, autant d'occasions de recueillir des informations sur les visiteurs d'un site Web [Dhénin & Lichter, 2000] . Ces données sont nécessaires pour déterminer les profils d'achat des internautes et représentent une mine d'or pour les entreprises qui peuvent ainsi mener, sur le Web, des actions de "marketing one-to-one", segmenter le marché pour adapter un produit à toutes les catégories d'utilisateurs [Créance, 2001] , identifier les cibles et adapter les offres en conséquence. Cette personnalisation-là s'effectue avec la participation active et la complicité de l'internaute.

      Une approche complémentaire consiste à étudier le comportement d'achat à l'insu du visiteur, mais en respectant son anonymat et en enregistrant son cheminement à travers chaque clic de souris. Cette seconde technique, connue sous le nom de "clic-stream tracking", est mise en oeuvre au travers des outils de filtrage collaboratif. [Net Perceptions, 2001] s'appuie alors sur "l'expérience" des utilisateurs possédant un profil similaire pour recommander un nouveau service ou produit. A l'aide de serveurs de contenu qui se chargent d'associer des mots-clés à des objets d'une page Web dans le but de personnaliser un site en fonction du profil de l'utilisateur, l'entreprise dispose de statistiques précises pour formuler de nouvelles recommandations. Les logiciels de [Net Perceptions, 2001] se fondent sur leur propre base de données (appelée aussi base de recommandations) et sur un moteur de filtrage. La base de données est alimentée en temps réel par le serveur Web de l'entreprise ou par des routines, ou bien encore directement à partir du panier d'achat du consommateur. Toutes les informations concernant les achats de l'internaute sont ainsi enregistrées. Quand a-t-il acheté ? Combien de fois ? Quels produits ?...

      En parallèle, le moteur de filtrage collaboratif traite les informations et stocke le résultat dans la base de recommandations. Ces traitements s'appuient sur deux fonctions principales, l'analyse et la recommandation qui, toutes deux, s'effectuent en temps réel. [Net Perceptions, 2001] adjoint même la possibilité d'extraire des informations, dans le but de mener une analyse plus poussée pour établir des règles qui s'appuient sur les préférences du client. Cependant, nous pouvons signaler que de telles techniques de filtrage collaboratif se heurtent de nos jours à une importante problématique de montée en charge. Les sites très fréquentés enregistrent désormais des millions de clics, qui sont l'expression de centaines de milliers de visites, elles-mêmes génératrices de plusieurs milliers de paniers d'achat en préparation [Dhénin & Lichter, 2000] . Les logiciels doivent donc être capables de traiter autant de ces profils. Pour les éditeurs d'outils, le défi consiste alors autant à affiner leurs moteurs qu'à améliorer leur aptitude à tenir la charge.

      En définitive, le Tableau 1.2.4.6 sur la page à suivre nous permet de résumer cette partie dédiée à la mise en valeur des modèles d'interfaces intelligentes dans le monde de l'entreprise, en laissant transparaître que ces procédés sont promis à un bel avenir dans une industrie plus que jamais pragmatique. Avant tout destiné à asseoir les notions contenues dans le sujet de la Thèse, ce chapitre initial nous aura ainsi permis d'intégrer l'ensemble du contexte inhérent à nos recherches, de même qu'à valider nos premières définitions et caractérisations ayant rapport aux interfaces intelligentes appliquées aux terminaux de communication de toute dernière génération.

      Nous relevons alors que la relative faiblesse de [Oppermann & Thomas, 1996] par rapport aux autres références résulte d'une absence presque totale d'automatisation et d'auto-adaptation vis-à-vis des utilisateurs. Seules, une classification évoluée des nombreuses informations extraites du travail coopératif de ces derniers et "l'adaptibilité" de la caractéristique ergonomique générale nommée "flexibilité" en constituent de très remarquables exceptions. De son côté, si [Lambert, Riera & al., 1998] se démarque des précédentes investigations de par sa capacité à gérer des situations de réactivité et de sécurité extrêmes, ces travaux demeurent limités par l'ignorance d'un modèle dédié aux opérateurs et qui serait pourtant à ce niveau bien profitable.

      La quête d'une auto-adaptation confortable et de modèles de l'utilisateur efficaces correspond par contre, dans leurs registres et contextes bien entendu respectifs, aux avantages majeurs émanant des deux derniers logiciels mis en évidence. Cependant, nous avons aussi pu observer que [Vladyslav, 2001-2] apparaît intrusif envers les utilisateurs, au point que la "secrétaire intuitive" ne laisse que peu de liberté à son interlocuteur en s'immisçant de manière exagérée dans ses activités privées. Quant à [Net Perceptions, 2001] , les théories et expérimentations que concrétise cette référence sont visiblement plus discrètes et respectueuses des utilisateurs, tout en demeurant promus à un avenir intéressant, notamment en ce qui concerne la richesse du niveau d'appréhension et la pertinence des recommandations.

      
Tableau81.2.4.6 : Caractérisation hiérarchique des références d'interfaces intelligentes remarquables traitant de leurs applications respectives en entreprise
Référence abordée Valeur obtenue pour HII Classe de l'interface Principaux qualificatifs de l'intelligence
[Oppermann & Thomas, 1996] 10 Intelligence moyenne
échange dans groupe de travail - "démothèque" personnelle - réutilisation de la compétence - omniprésence - combinaison exploration et instruction - procédé itératif d'apprentissage - historique d'interaction - situation d'erreur - annotation - avertissement - méthodes d'accès - consultation distante
[Lambert, Riera & al., 1998] 12 Intelligence moyenne
aide à la décision en temps réel - supervision de procédés continus complexes - détection et localisation de défauts - visualisation par un graphe orienté facilitant le diagnostic - acquisition de données en ligne - termes symboliques - fonctionnement de référence - situation de stress et de fatigue
[Vladyslav, 2001-2] 13 Intelligence forte
"secrétaire intuitive" - hiérarchisation de la délivrance des e-mails - activité du destinataire - choix de prévention - terminal - importance des messages - environnement - triage - rapidité - compréhension - assignation d'un niveau d'urgence - profils - priorités - situation de l'utilisateur
[Net Perceptions, 2001] 15 Intelligence forte
personnalisation - profils explicites et implicites - suggestion de choix - étude comportementale - filtrage collaboratif - "clic-stream tracking" - serveurs de contenu individualisé - statistiques - segmentation de marché - anonymat - recommandations - "Customer Relationship Management"


1.3. Conclusion et orientation de notre projet de recherche


1.3.1. Récapitulatif et discussion des caractéristiques recensées

      Beaucoup de références sont disponibles aujourd'hui, à l'image de toutes celles que nous avons répertoriées dans la bibliographie associée à ce mémoire. Cependant, dans un permanent souci de synthétisation et un besoin légitime de précision, nous n'en avons retenues et exposées que les plus significatives, celles estimées majeures pour la compréhension de nos recherches.

      Voici donc un récapitulatif, en insistant très fortement sur les diverses caractéristiques issues des publications abordées vis-à-vis de nos définitions et de nos hiérarchies d'interfaces intelligentes ( Tableau 1.3.1 à suivre). Ainsi, en rappelant le rôle primordial joué par les valeurs obtenues pour notre degré HII et permettant en conséquence d'établir une hiérarchie de l'ensemble des interfaces intelligentes étudiées, s'en suivra l'établissement de nouveaux et divers commentaires généraux au sujet des nombreuses informations recueillies. Au fil des références et de l'ensemble des années qui se sont succédées pour composer nos présents états de l'art, nous relevons par conséquent à ce niveau que le besoin de programmation dédiée à l'utilisateur final est, de nos jours, de plus en plus apparent.

      
Tableau91.3.1 : Récapitulatif de nos caractérisations hiérarchiques appliquées aux références d'interfaces intelligentes mises en avant par nos états de l'art
Catégorie thématique de l'interface Référence étudiée Valeur obtenue pour HII Classe de
l'interface
Aides automatiques et tutoriels informatiques [Benyon, 1993] 8 Intelligence faible
[Harrington, Banks & Santos, 1996] 11 Intelligence moyenne
[Gavrilova & Voinov, 1997] 14 Intelligence forte
Techniques de base en exploitation des connaissances [Garbay & Maitre, 1997] 9 Intelligence moyenne
[Rhee, Kim & al., 1997] 9 Intelligence moyenne
[Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] 12 Intelligence moyenne
Enseignement Assisté par Ordinateur [Murray, Schell & Willis, 1997] 8 Intelligence faible
[Brusilovsky & Schwarz, 1997] 8 Intelligence faible
[Murphy & McTear, 1997] 12 Intelligence moyenne
Agents logiciels intelligents [Lieberman, 1995] 13 Intelligence forte
[Maglio & Barrett, 1997] 11 Intelligence moyenne
[Maulsby & Witten, 1997] 12 Intelligence moyenne
[Nangle, Cunningham & Evans, 1998] 14 Intelligence forte
[Pynadath, Tambe & al., 2000] 15 Intelligence forte
Applications en entreprise [Oppermann & Thomas, 1996] 10 Intelligence moyenne
[Lambert, Riera & al., 1998] 12 Intelligence moyenne
[Vladyslav, 2001-2] 13 Intelligence forte
[Net Perceptions, 2001] 15 Intelligence forte

      Beaucoup d'utilisateurs souhaitent personnaliser leurs applications. Si les professionnels trouvent eux-mêmes de savantes tâches répétitives qu'ils déléguaient autrefois aux employés et secrétaires, nombreux sont les gens qui subissent aujourd'hui une tension répétée et qui ont par conséquent besoin de réduire l'usage du clavier et de la souris [Maulsby & Witten, 1997] . C'est pourquoi, les développeurs actuels répondent avec un torrent de nouvelles caractéristiques, toutes plus originales et attrayantes que les unes que les autres.

      Face à la quantité des travaux et autres courants, théoriques et pratiques, nous avons cherché à parcourir, découvrir et élaborer un panel et une catégorisation aussi efficaces que possible des domaines abordés par nos recherches. En ce but, nous avons opté pour l'extraction, la compréhension et le développement des interfaces intelligentes les plus représentatives ces dernières années, non sans avoir effectué des études complètes de multiples autres travaux ayant rapport avec ce sujet, comme en témoigne notre bibliographie détaillée avant les annexes.

      Un premier enseignement déjà corrobore nos présentes investigations : les capacités et qualités d'intelligence des interactions homme-machine étudiées sont en très nette et constante amélioration avec la succession des années. Les idées, les impulsions théoriques tout comme les divers choix pragmatiques effectués dans le contexte des interfaces intelligentes s'avèrent majoritairement judicieux, accentués qu'ils sont encore par l'évolution émérite de chacune des cinq catégories que nous avons réussi à extraire, au travers notamment du Tableau 1.3.1 .

      Nos divers "échantillons" remarquables d'interfaces intelligentes demeurent également catalysés par l'évolution brillante des techniques et des modèles d'Intelligence Artificielle. Ces derniers ne présentent cependant aucune caractéristique d'intelligence véritablement très forte. En effet, même si les applications exemplaires du type de [Pynadath, Tambe & al., 2000] comme de celui de [Net Perceptions, 2001] n'en sont plus éloignées et n'attendent qu'un développement plus prononcé du réseau Internet actuel, il se dégage de nos états de l'art un constat de perfectibilité : il y a, aujourd'hui, vraiment matière à progression dans ce domaine. Du point de vue contraire, aucune intelligence très faible n'est non plus à déplorer... Nous pouvons d'ailleurs relever que, dans le domaine de l'Intelligence Artificielle qui est le nôtre, c'est par définition l'apprentissage par coeur qui correspond au niveau le plus bas de l'intelligence. Or, tous les travaux que nous avons étudiés se situent, sans exception, à un niveau d'intelligence déjà bien supérieur à celui-ci.

      Il apparaît intéressant de saisir que le calcul du "Degré d'Intelligence" HII d'une simple interface intelligente (et de ses indispensables caractéristiques de base) qui présente un unique apprentissage par coeur aboutit à une valeur sensiblement limitée à 1 sur un total défini à 20 par nos investigations précédentes. Correspondant donc à une intelligence très faible, cette catégorie d'interfaces représente, pour nos travaux d'auto-adaptation à l'utilisateur, le minimum de départ, autrement dit l'intérêt minimal requis pour une communication homme-machine dite intelligente ou "avancée". Un parcours d'informations uniquement séquentiel associé à un traitement, sans aucune appropriation notable, des besoins individuels d'apprentissage pour un utilisateur donné équivaut par conséquent, sur notre échelle des interfaces intelligentes, à un degré d'intelligence égal à l'unité. De cette manière, l'assise de notre système de définitions devient attrayante : une interface présentant un niveau nul pour HII est correctement estimée comme étant en effet dénuée de toute intelligence propre. Une autre évaluée à un seul et unique degré appartient à une structure mettant en avant la plus faible des intelligences existantes.

      En conséquence, nous pouvons tout d'abord remarquer que les deux catégories que nous avons retenues en premier lieu se distinguent assez nettement l'une de l'autre. Les références tournées vers les aides automatiques et les tutoriels informatiques présentent d'avantageuses caractéristiques interactives, liées à une communication bilatérale agréable entre l'homme et sa machine. Celles plutôt dédiées aux différentes techniques de base de l'Intelligence Artificielle choisissent de mettre tous leurs atouts dans l'amélioration de leurs qualités purement théoriques, entièrement immergées dans un contexte de recherche fondamentale. Pour en avoir fait nous aussi l'expérience, il reste difficile, à l'avènement d'un nouveau concept d'interface intelligente, d'allier technique et convivialité. Dès lors que l'on s'attache à élaborer d'innovants modèles, l'interface perd très souvent en "humanité" puisque le côté technique entraîne un délaissement des préoccupations d'image concernant l'application étudiée, de sa couche de plus haut niveau, et parfois même de la prise en compte "sympathique" de l'utilisateur. Dans le cas des travaux issus de ces deux premiers domaines, il en est ressorti de même au niveau du traitement sous-jacent des éventuelles données erronées émanant des manipulations successives des utilisateurs, voire également des conséquences en matière de sécurité des informations.

      De leur côté, les principes de l'Enseignement Assisté par Ordinateur présentent aussi quelques déficiences puisque cette troisième classe se distingue par deux inconvénients majeurs [Bruillard, 1997] . En effet, ce domaine est caractérisé par une interaction et un imposant support de données dont les mises en oeuvre demeurent très lourdes. La préparation d'un cours d'EAO requiert un temps considérable en recherches, élaborations et conceptions informatiques. Des multiples et diverses questions aux réponses attendues des apprenants, des critères de déclenchement aux nouveaux points de continuation pour chacun de ces branchements définis, tout ceci doit être soigneusement spécifié par l'auteur du cours. Et cela ne s'arrête pas là puisqu'il ne faut pas omettre non plus que le résultat obtenu est peu flexible, donc difficilement modifiable et réutilisable à terme dans le cadre d'une nouvelle problématique : changer un ensemble de questions ou des éléments du cours conduit toujours à un gros travail de réécriture du programme considéré.

      Mais l'EAO, à l'image d'ailleurs de ses nombreuses variantes comme par exemple l'EIAH (Environnement Informatique pour l'Apprentissage Humain) ou encore l'EIAO (Environnement Interactif d'Apprentissage avec Ordinateur), n'est pas moins privé d'avenir prometteur pour autant. Ses défenseurs ont su s'orienter au bon moment vers la quatrième catégorie d'interfaces intelligentes que nous avons pu mettre en avant, à savoir les agents logiciels en général. En effet, la solution qui semble s'imposer aujourd'hui en EAO fait appel à des personnages virtuels, désignés par le terme "agents" et véritables auxiliaires pédagogiques de plus en plus évolués qui s'attellent à la rude tâche d'aider les élèves à apprendre [Alberganti, 1999] . Nombre de chercheurs en Intelligence Artificielle, en imagerie et en animation, en multimédia aussi, tentent de concocter toute une panoplie de nouvelles créatures virtuelles, que ce soient des professeurs, des compagnons ou encore des tuteurs... Destinés à assister les enseignants, voire déjà à les remplacer dans certaines tâches, ces nouveaux outils logiciels doivent relever, outre l'adaptation à l'ordinateur des diverses disciplines enseignées, un défi majeur : reconstituer entre l'ordinateur et l'élève une relation s'approchant le plus près possible du rapport humain.

      Ces créatures peuvent jouer de multiples rôles. Elles endossent la peau du professeur, celle de l'élève ou se transforment en agent de renseignement. Les chercheurs exploitent à ce niveau toutes les variations possibles d'une unique situation, à savoir l'élève face à la machine, plus proche de la leçon particulière que du cours collectif dispensé dans une classe. Poussant cet avantage encore plus loin, ils explorent des stratégies pédagogiques inapplicables dans le cadre de l'enseignement classique. Grâce à l'Intelligence Artificielle, les agents virtuels analysent de plus en plus finement les réactions des élèves, scrutant le moindre signe d'incompréhension ou d'ennui. Insensibles à la fatigue et à la lassitude, ils varient leurs techniques d'enseignement jusqu'à identifier, pour chaque élève, celle qui donne les meilleurs résultats. Mais ces agents ne s'arrêtent pas là puisqu'ils permettent en outre d'introduire un paramètre dit "de comportement". Suivant l'option choisie, l'agent peut en effet prendre son temps, ou répondre rapidement à l'étudiant pour témoigner à ce dernier d'une grande confiance en soi. L'analyse des interactions entre comportement et connaissances conduit à la définition de "critères de performance".

      En conséquence, nous aboutissons au développement et à la migration de nos premières catégories d'interfaces intelligentes recensées vers les innovants agents logiciels intelligents et les systèmes multi-agents qui leur sont associés. Nous découvrons que ce sont ces agents qui présentent de nos jours le meilleur intérêt en matière d'interfaces intelligentes, ce en constituant notamment la base de travail la plus prometteuse pour le domaine étudié. Ces procédés, issus des plus récentes recherches en Intelligence Artificielle comme en attestent nos références recueillies à ce sujet, permettent d'identifier et de collecter automatiquement l'information dépendant d'un utilisateur, puis d'aider à construire un modèle d'utilisateur prédicateur [Motoda, Washio & al., 1997] . Cependant, le nombre et la complexité de telles caractéristiques, certes développées dans le but de personnaliser au maximum nos applications, peuvent néanmoins entraîner la création illicite de beaucoup de soucis d'utilisabilité [Maulsby & Witten, 1997] . Du fait de l'enrichissement fonctionnel et graduel des interfaces, l'utilisateur se trouve de plus en plus souvent confronté à une complexification de leur présentation et de leur mode d'interaction [Wolff, 1999] . Pire, cette sophistication tend à réduire leur intérêt, conduisant les interfaces à s'écarter de leur objectif original, c'est-à-dire celui se résumant à simplifier les interactions entre l'homme et la machine !

      Nous avons montré qu'une catégorie de travaux a commencé à maîtriser ces nouvelles difficultés afin d'adapter les agents intelligents à d'innovantes applications quotidiennes comme industrielles, notamment en ce qui concerne un des domaines informatiques les plus attractifs du moment : le réseau Internet . Ainsi, personnaliser pour fidéliser, faire coïncider le contenu d'un site Web avec le profil de l'internaute courant constitue aujourd'hui le principal enjeu du déjà inévitable "commerce électronique". Ce marché de la gestion de contenu explose : le Gartner Group estime à 5,7 milliards de dollars le budget mondial pour 2002 accordé aux dépenses concernant ces technologies de personnalisation [Dhénin & Lichter, 2000] . Face à la prolifération des sites Web, une entreprise offrant la vue d'un site personnalisé en fonction du profil de celui qui le consulte a toutes les chances de capter l'attention du visiteur. Mieux encore, en établissant une interaction avec le consommateur, c'est-à-dire en lui proposant des produits ou des services associés à ses habitudes d'achat, l'entreprise offre un service à forte valeur ajoutée, susceptible de le fidéliser. Nous avons étudié deux approches standard en matière de personnalisation. Rappelons que la première, à l'initiative de l'internaute, effectue une requête classique à partir d'un moteur de recherche ou d'un portail. Les "alertes" permettent de recevoir des informations en fonction des centres d'intérêts et les "mailing-lists" assurent l'envoi d'une lettre thématique régulière. La seconde approche consiste à utiliser les technologies de personnalisation sur le site Web lui-même. Parmi ces techniques, les "cookies" sont les plus connus : le profil de l'utilisateur est stocké dans un fichier sur son disque dur, ce qui permet, lors d'une connexion, de le reconnaître. Mais les "cookies" ne sont pas suffisants pour établir un profil pertinent.

      En effet, les outils de personnalisation de contenu font désormais leur apparition. Maillons essentiels dans la chaîne du CRM (Customer Relationship Management ou "gestion de la relation client"), ils permettent de comprendre l'utilisateur en vue de maximiser son panier d'achat. Cependant, s'il est vrai que les solutions de personnalisation s'adressent avant tout aux responsables "marketing" et aux forces commerciales qui ont besoin de solutions simples et efficaces à utiliser, la personnalisation doit être en conséquence utilisée de manière appropriée suivant les différents stades de la relation avec le client. Une utilisation "intelligente" améliore ainsi le service envers chaque client et utilisateur potentiel.

      Il apparaît maintenant clairement que les agents intelligents rendent le contexte général du travail informatique plus productif et plus agréable [Maulsby & Witten, 1997] . Ils demeurent également porteurs d'une nouvelle technologie très avantageuse pour tous les utilisateurs. En effet, si les interfaces personnifiées aident constamment les utilisateurs à engager une tâche précise, les interfaces basées sur les agents demeurent relativement flexibles pour supporter la diversité des préférences et la nature de diverses tâches à traiter [Koda & Maes, 1996] . L'utilisation d'agents intelligents entraîne ainsi la possibilité réelle de construire des modèles d'activités humaines intelligentes dans de larges domaines, spécialement à grande échelle et pour des problèmes toujours plus complexes [Yunfei, Renshou & al., 1997] . Nous constatons également que l'émergence de nouvelles technologies d'interfaces comme de mécanismes d'interaction homme/machine "intelligents" modifie notablement les modes de consommation des services de communication, ce en développant l'usage de services existants et favorisant l'apparition de nouveaux usages (technologies vocales, univers virtuels, touches et gants à retour d'efforts, sécurité et domotique, adaptation au contexte d'usage grâce aux services de transcription et de traduction automatique, ...) [Sorin & Colaïtis, 1999] .

      En conclusion, si nous sommes conscients que nos états de l'art comme nos définitions concernant les concepts inhérents à notre Hiérarchie des Interfaces Intelligentes seront sûrement encore appelés à être complétés par le futur, ces nouvelles spécifications nous ont déjà permis de découvrir, comprendre et évaluer ce vaste domaine des interfaces intelligentes appliquées aux terminaux de communication. Et, si nous étions dans la situation très compliquée de ne devoir retenir ici qu'une seule image de toutes nos investigations, nous garderions en mémoire cette indiscutable vérité actuelle : « Les utilisateurs jugent de plus en plus la qualité d'une application informatique au travers de son interface homme-machine » [Crampes, 1997] .


1.3.2. Dégagement de nos axes stratégiques de travail

      Nos diverses investigations nous amènent finalement à nous orienter vers une maquette des différentes approches jugées attractives pour concrétiser nos futurs travaux d'implémentation au sujet du modèle d'interface intelligente recherché ( Figure 1.3.2 ) . Si cette réflexion s'appuie bien entendu sur les travaux et définitions que nous avons mis en oeuvre, elle sera encore très largement étoffée, en partie grâce aux prochaines spécifications de nouveaux concepts d'assistanats intelligents. Nous aborderons alors un nombre important de propositions entraînant une personnalisation efficace des terminaux de communication, ainsi qu'un modèle d'utilisateur qui devra prendre en compte la majeure partie des caractéristiques individuelles et "intelligentes" de l'utilisateur.

      

Figure111.3.2 : Mode expérimental et premiers concepts opératoires envisageables pour la mise en oeuvre de notre modèle d'interfaçage intelligent

      S'il va s'agir de spécifier, discuter et valider la puissance du raisonnement, l'efficacité, la faisabilité ainsi que la réalité de mise en oeuvre d'un tel système, nous tenterons constamment de réduire au maximum les contraintes pouvant être imposées à chacun de nos utilisateurs potentiels. Nous verrons, au cours du Chapitre 3 notamment, qu'il devient absolument nécessaire de limiter, voire de complètement annihiler, la première phase introduisant nos concepts exposés précédemment. En effet, et bien que souhaitée minimale, l'étude de cette "interview directe de l'utilisateur" nous montrera qu'elle demeure intrusive, gênante et parfois déséquilibrante pour l'homme. En conséquence, nous avons cherché, et réussi, à la remplacer par un innovant modèle auto-adaptable totalement implicite, que nous avons entièrement intégré au second modèle de la "classification évolutive".

      Par suite, nous développerons et approfondirons également les deux dernières étapes du schéma de fonctionnement, principalement au sein des Chapitres 4 et 5 . Ainsi, nous aboutirons à l'application d'une récente théorie d'apprentissage automatique permettant avantageusement le traitement en temps réel des diverses habitudes répétitives de chacun des utilisateurs ainsi que leurs exploitations respectives et auto-adaptables. En étudiant alors, entre-autres, l'intéressant concept du "séquencement d'actions", nous insisterons encore sur la conséquente base de travail apportée par les catégories étudiées jusqu'ici en matière de conception d'interfaces intelligentes. Nous verrons effectivement que toutes les techniques d'assistances automatiques, d'Intelligence Artificielle, d'enseignement informatique automatisé, d'agents logiciels intelligents, et ce sans oublier la personnalisation de l'utilisateur et la traduction de ses caractéristiques en entreprise, nous permettrons de définir, d'élaborer et de construire, en plusieurs prototypes interactifs, un modèle d'interface que nous avons cherché à établir aussi intelligente que possible, de même que pleinement dédiée au monde des télécommunications.

      Pour résumer, nous allons fournir un accès à la fois aisé, convivial, adapté, automatisé et aussi peu intrusif que possible à des services de communication, de diffusion et d'information, rendus intelligents. Tout utilisateur doit pouvoir alors en être bénéficiaire, qu'il soit débutant ou expérimenté, calme ou débordé par ses propres activités, attentif ou non, opérant dans un besoin précis ou simplement intuitif, organisé ou désordonné, etc. A l'image de [Sorin & Colaïtis, 1999] , nous devons offrir des interactions "utilisateurs-services" efficaces pour, par exemple, accéder rapidement à une information recherchée et communiquer avec d'autres personnes (ou leurs avatars) avec le meilleur sentiment de confort et de "télé-présence". Nous devons organiser et faciliter le travail en proposant à l'homme d'avoir accès de manière "intelligente" aux ressources bureautiques disponibles. Dans ce domaine, les attentes des utilisateurs se définissent, de façon très exigeante, par une demande de fluidité certaine des accès, des contraintes opérationnelles minimales, un confort d'utilisation et d'assistance, une personnalisation aussi, une sécurisation et enfin une confidentialité.

      Afin d'oeuvrer à la réalisation de ces nombreux et ambitieux intérêts, nous retiendrons que, si toute communication avec les machines, toute commande avec celles-ci s'effectue par l'intermédiaire d'un ensemble d'instructions, tout ce qui fait la souplesse du langage ordinaire réside dans l'implicite et l'imprécis. Or, avec les machines, rien de cela n'est malheureusement autorisé : « seule la lettre du texte est considérée, jamais l'esprit... » [Ganascia, 1993] . La conquête des machines passe donc par la conception d'un langage commun à l'homme et à la machine, un langage qui soit suffisamment léger pour convenir à la machine ; un langage bref, incisif, au moyen duquel nos ordres seraient transmis rapidement, sans ambages, sans ambiguïtés, sans que l'on s'embarrasse de formules compliquées... On le voit, les questions qui se posent aux spécialistes des machines ne sont plus uniquement des questions de physique ou d'électronique. Indépendamment de leur réalité matérielle, les machines modernes ont aussi une réalité abstraite, d'ordre logique, mathématique et linguistique, une réalité qu'on peut qualifier 'd'immatérielle'.

      Le rôle joué par une interface est donc central, voir primordial et à jamais indispensable [Bruillard, 1997] . Définissant le cadre réel du travail de l'apprenant, une interface correspond à un milieu filtrant les possibilités d'expression de l'apprenant et pouvant être réactif. Elle doit ainsi répondre à deux contraintes contradictoires : la transparence (s'intégrer dans le monde humain), mais aussi la résistance (ne pas perdre son rôle structurant pour l'usager). C'est pourquoi, toute action que permet ou contraint l'interface constitue une aide précieuse pour l'usager.

      Nous nous attacherons à aider l'ordinateur à fournir des représentations pertinentes pour l'apprenant qui a à les interpréter et à les manipuler, sans avoir omis auparavant de permettre une prise en compte de l'utilisateur, non comme un être abstrait idéal, mais comme un des éléments centraux de nos modèles d'interfaces intelligentes.


Chapitre 2 : Spécifications de Nouveaux Concepts d' Assistanats Intelligents

Le travail de l'ergonome va,
pour la conception d'un logiciel,
de l'analyse de la tâche
à la définition de spécifications fonctionnelles
en passant par la définition des interfaces.
[ Chene, Tijus & Poitrenaud, 1998 ]

      Parmi les différents sujets que nous avons étudiés et suite aux nombreux enseignements issus de nos états de l'art, nous nous devons d'introduire, dès à présent, la notion d'apprentissage par agents intelligents dans une interface-utilisateur dédiée aux terminaux de communication. Cela se conforme à un intéressant travail d'ergonome qui traduit relativement fidèlement une partie de celui qui est le nôtre au cours de nos présentes recherches. Nous abordons ainsi l'identification, l'élaboration, la spécification complète de nouveaux agents intelligents destinés à améliorer et à enrichir les tâches et autres moyens d'épanouissement de nos utilisateurs. Ces derniers demeurant respectivement alloués à une ou plusieurs fonctions précises et spécialisées, nous obtenons en définitive un complet système multi-agents chargé de définir un innovant modèle d'interface intelligente pour terminaux de communication.

      Ce procédé, notamment chargé de rendre les opérations courantes moins fastidieuses par leur répétition automatique dès que l'utilisateur le souhaite, s'avère être d'un grand intérêt dans l'interface "homme-machine", c'est-à-dire dans la communication bilatérale entre l'homme et l'appareil. En effet, si le terminal est amené à mettre en confiance, à discuter de la manière la plus conviviale et explicite possible avec l'utilisateur, ce sont ces agents intelligents, et plus précisément les "agents d'interface", qui se doivent de rendre la machine plus humaine et plus sympathique. Nous verrons qu'ils se chargent aussi d'améliorer les modes d'expression entre les deux parties, ce en analysant constamment les opérations et les besoins de l'interlocuteur.

      Cette phase donne alors lieu, entre autres avancées, à la conception d'intéressantes structures destinées à assister, aider, faciliter et rendre le travail quotidien de chaque utilisateur plus efficace et donc moins "coûteux", en temps comme en difficultés. Regroupés au sein de nos prototypes que nous avons choisi de nommer « Assistant Individuel de Télécommunication » (AIT), ces modèles auto-adaptables sont dédiés à la mise en oeuvre annoncée d'une nouvelle interface intelligente logicielle.

      Par extension, nous prenons à ce niveau l'utilisateur réellement en compte, et l'introduisons plus précisément dans le traitement de l'extraction d'informations remarquables. Nous découvrons et définissons alors également la notion inhérente d'auto-adaptation, celle-ci correspondant à chacune des données, pourtant issues de catégories différentes de domaines, ainsi qu'aux intérêts multiples de l'utilisateur concerné. Associé à des systèmes de recherche d'informations balisant des références pertinentes dans un ensemble relativement statique de documents, nous choisissons de plus d'intégrer ce principe d'auto-adaptation à divers systèmes de filtrage d'informations. Ces derniers se voient ainsi caractérisés par l'examination d'un flux dynamique de documents et la conservation à terme de ceux se rapportant uniquement aux mots-clés propres à l'utilisateur [Benaki, Karkaletsis & Spyropoulos, 1997] .

      Nous remarquons ensuite que l'adaptabilité d'une interface peut porter sur de nombreux aspects qui concernent néanmoins, tous, la gestion du dialogue avec l'utilisateur (mode d'accès aux fonctionnalités, organisation des affichages, guidage des utilisateurs, etc). Cependant, nous comprenons aussi dans ce chapitre que, dans le cadre d'un projet destiné à concevoir un produit manipulable par le 'grand public', l'aide fournie aux utilisateurs est un point essentiel dans sa conception [Bernard, 1998] . Mieux encore, la capacité de notre nouveau système auto-adaptable à aider les utilisateurs aux moments adéquats devient source d'une grande valeur dans la fourniture d'un produit, convenant aussi bien aux clients néophytes que plus expérimentés.

      Nous nous attelons enfin à préparer l'implémentation proprement dite des modules de notre 'Assistant Individuel de Télécommunication', ce en réalisant une spécification complète de nos modèles auto-adaptables, à l'aide de LOTOS, langage formel pleinement dédié aux principes de la communication en général et de l'informatique 'temps réel' en particulier. A ce propos, nous ne manquons pas de justifier le choix d'un tel outil, non sans avoir auparavant rédigé un état de l'art de tous les langages formels aujourd'hui disponibles et, surtout, attrayants au sein du vaste domaine qu'est celui des télécommunications.

      Les premières étapes de la ligne directrice de notre raisonnement passent en conséquence successivement par les notions d'apprentissage automatique grâce aux agents intelligents, ainsi que par l'extraction et la recherche d'informations remarquables. S'en suivent l'aide, la réaction et l'auto-adaptation à toutes les facettes des comportements ainsi recueillis et envisageables pour l'utilisateur. Divers et variés, nous verrons par ailleurs que ces agissements nous ont plongés au sein de multiples domaines, aussi disparates qu'enrichissants : l'ergonomie, l'architecture des systèmes informatiques, le génie logiciel et surtout les spécifications formelles. Ces dernières s'avèrent indispensables à la préparation active d'une future implémentation, rigoureuse et soignée, précise et saine, en un mot... efficace.

      Entièrement décrit par le présent chapitre, l'ensemble de ces investigations, au combien complémentaires, nous entraînera ensuite à entreprendre l'apprentissage et l'acquisition de connaissances au travers de l'élaboration d'un nouveau modèle d'utilisateur. Statique et surtout incrémental, celui-ci nous conduira à établir un profil évolutif du comportement d'un utilisateur face à un terminal de communication accédant à Internet. Nous pourrons alors développer un autre domaine de l'Intelligence Artificielle, à savoir l'étude des structures et des algorithmes d'apprentissage automatique, qui nous permettra à terme de reconnaître, de traiter et de répondre aux multiples actions de l'utilisateur, et ce de manière de plus en plus complète et personnalisée.


2.1. Le concept « d' Assistant Conversationnel »


2.1.1. Enoncé et définitions


2.1.1.1. Intitulé du procédé

      Par ce premier concept intelligent, nous cherchons à améliorer, de manière significative, la convivialité et l'efficacité d'un travail quotidien sur les divers terminaux de communication d'ALCATEL. En nous basant sur chacune des quatre fonctions disponibles sur le WebTouch, à savoir la téléphonie avancée, la gestion du courrier électronique, l'accès aux services Internet et l'annuaire intégré, nous nous concentrons plus précisément sur l'explication et la spécification de l'application de cet 'Assistant Conversationnel' au courrier électronique.

      Le concept se base alors sur le principe suivant : un utilisateur quelconque souhaitant joindre un interlocuteur doit pouvoir toujours voir sa requête se réaliser, quelque soit le moyen choisi par le terminal et sans que l'utilisateur ait à choisir lui-même le moyen adéquat.


2.1.1.2. Premières règles de base

      Cela s'est traduit par l'entrevue de plusieurs règles de fonctionnement indispensables et adaptées à ce nouveau concept. L'énumération à venir nous en fournit les principales données :

  • - Lorsque l'utilisateur courant indique au terminal qu'il souhaite joindre une tierce personne à l'aide d'un utilitaire donné ("l'e-mail" par exemple), sa demande doit impérativement aboutir, à savoir que cette tierce personne doit en définitive obligatoirement disposer de l'information que voulait lui faire parvenir l'utilisateur.
    [Règle n°1]
  • - Si, à ce moment-là, "l'e-mail" courant n'est pas connu ou reconnu par le terminal, n'est pas accessible, ne répond pas ou encore renvoie un message d'erreur, le terminal doit pouvoir utiliser, en agissant seul, d'autres moyens à sa disposition (autres adresses "e-mails" connues concernant la personne souhaitée, numéros de téléphones fixes, numéros de téléphones mobiles, fax, etc).
    [Règle n°2]
  • - Dans le cas où le terminal entre en contact avec un appareil de messagerie vocale ou un répondeur, il interrompt de lui-même la communication et choisit un nouveau moyen de joindre l'interlocuteur souhaité.
    [Règle n°3]
  • - Mais, si cet appareil de messagerie vocale ou ce répondeur reste en définitive le dernier moyen existant pour joindre la tierce personne, le terminal se doit alors de proposer à l'utilisateur de laisser un message contenant l'information qu'il souhaite faire parvenir à son interlocuteur.
    [Règle n°4]

2.1.1.3. Adjonction de premières notions d'intelligence

      A ce stade, nous attendons de nos modèles un dialogue performant, non plus basé sur un simple contrôle de l'objet de communication, mais construit à partir d'une personnalisation et d'une humanisation "sympathique" du terminal. En effet, si ce dernier est autonome en pratique, il est aussi amené à mettre en confiance et servir l'utilisateur de manière explicite et efficace.

      C'est ainsi qu'intervient déjà ce qui restera deux de nos centres d'intérêts principaux, à savoir la reconnaissance et l'apprentissage automatique de toutes les connaissances issues des utilisateurs, depuis les actions et manipulations réalisées par chacun d'entre eux sur les interfaces jusqu'aux ensembles respectifs de leurs données comportementales et personnalisées. En ce sens, et en concordance par trois fois avec les règles élaborées précédemment, les rôles de soutien logistique et de traitement intelligent de l'Assistant Conversationnel peuvent être approfondis :

  • Le terminal courant doit pouvoir connaître à tout moment, et donc apprendre en temps réel ou avoir déjà appris au préalable, les différents moyens qui existent (ou qui lui sont disponibles) pour pouvoir joindre l'interlocuteur souhaité.
    [Extension de la Règle n°2]
  • - Dans le cas où le terminal rencontre un échec dans sa tentative d'appel de l'interlocuteur, entre en contact avec un appareil de messagerie vocale ou encore un répondeur, il doit pouvoir choisir un nouveau moyen capable de joindre l'interlocuteur souhaité, mais surtout savoir opter pour l'utilitaire qui semble le plus pertinent et le plus adéquat parmi les restants.
    [Extension de la Règle n°3]
  • - En proposant à l'utilisateur de laisser un message d'informations sur la messagerie vocale ou le répondeur de l'interlocuteur, le terminal gagne à connaître déjà les "petites habitudes" de son utilisateur, et ce en matière de mise en page, d'entête et de signature, de références, de style, d'expressions et de mots-clés, etc. L'utilisateur peut de cette manière, grâce aux abréviations et autres raccourcis, transmettre son message à son interlocuteur sans prendre trop de temps.
    [Extension de la Règle n°4]
  • - Nous pouvons également envisager d'implémenter dans cet outil la notion de filtrage, mais il s'agit alors de filtrage de moyens d'information. En effet, le terminal peut proposer à l'utilisateur d'éviter, temporairement ou non, de fonctionner avec certains des moyens pourtant bel et bien existants et utilisables. Mieux : une personne susceptible d'être jointe, mais ne désirant pas l'être à travers certains moyens (par le téléphone si elle est en réunion par exemple), peut demander à filtrer ses différentes façons d'être appelée.
  • Cependant, dans ce cas, il est à noter que l'Assistant Conversationnel ne reste plus entièrement autonome : l'interface devient effectivement semi-automatique puisqu'une information émane de l'utilisateur, et nous perdons par conséquent le côté "sans décision" ("decisionless") concernant ce dernier.
    [Règle n°5]

      Il reste à énoncer l'indispensable interface "homme-information" qui, si elle autorise la navigation du terminal intelligent et donc de l'utilisateur (sur le réseau Internet notamment), elle permet aussi à cet utilisateur d'obtenir la représentation et le tri des données recueillies, de même que le travail et la confirmation de l'information au cours du temps (mémorisation, rappel des dernières opérations, ...). Cela s'avère primordial en matière de convivialité et mise en confiance de l'utilisateur de la part du terminal ainsi "humanisé", si ce n'est que pour l'assurer que son interlocuteur a bien été joint (dans le cas où il ne lui a pas parlé directement) ou a bien reçu son message, complet et en temps réel.

      Le choix de baptiser notre concept par la combinaison des deux termes "Assistant" et "Conversation" résulte, au sein notamment des équipes du Département Recherche d'ALCATEL, d'importantes discussions de terminologie, qu'elles aient été technologiques, industrielles, conceptuelles ou même encore commerciales. Dans notre quête "d'humaniser" au possible nos différentes machines, la "Conversation" apparaît la plus directe et représentative d'une entente ou relation privilégiée, voire presque inter-personnelle, entre l'homme et la machine. Par contre, concernant le nominatif d'une idée d'assistance, nous avons tout d'abord envisagé les termes de "Secrétaire" et "Standard", que ceux-ci soient considérés comme "Electroniques", "Intelligents", "Automatiques", "Autonomes" ou "Personnalisés"... Cependant, si nous avons alors perçu un côté très mécanique et relativement impersonnel pour le second de ces deux mots principaux, le titre de "Secrétaire" nous est tout-de-même apparu comme traduisant un caractère presque "trop humain", et donc a fortiori, dans l'esprit des utilisateurs, sujet justement à nombre d'erreurs... "humaines" ! La qualité de dévouement insatiable émanant naturellement du terme "d'Assistant" nous a alors définitivement fait pencher en faveur de l'expression entérinée dans ces pages.

      Cette étape correspondant à l'exploration et à la mise en forme de notions d'intelligence destinées à notre concept d'assistanat personnalisé, nos éléments de réflexion se partagent en deux groupes complémentaires. Nous distinguons, d'un côté, le domaine de l'extraction et de la reconnaissance des connaissances (moyens de communication accédés, choix d'un nouveau moyen adéquat, situations de filtrage, ...) et, de l'autre, l'apprentissage automatique des données découvertes (moyens de communication disponibles, 'petites habitudes' des utilisateurs, ...).


2.1.2. Premières propositions adaptées d' agents intelligents


2.1.2.1. Corrélations avec les règles de fonctionnement établies

      En poursuivant nos travaux de spécification des procédés d'apprentissage automatique imputables à notre concept d'assistanat intelligent, nous pouvons nous atteler à l'élaboration et à la mise en avant de plusieurs fonctionnalités, ou agents d'interface, chargées d'effectuer les tâches de notre 'Assistant Conversationnel'. En nous appuyant sur les règles détaillées jusqu'ici, voici donc quelques exemples de ces nouveaux agents intelligents :

  • - Agent de reconnaissance de l'utilisateur par l'Assistant Conversationnel (mot de passe, données biométriques, ...) et ouverture de son bureau personnalisé associé.
  • - Agent de détermination de tous les moyens existants (et disponibles si l'on tient compte de la [Règle n°5] ) permettant de joindre la personne souhaitée, en temps réel ou à fréquence(s) paramétrable(s).
  • - Agent de choix du moyen le plus pertinent parmi les moyens non encore utilisés.
  • - Agent d'extinction d'un ou plusieurs des moyens d'information alloués à l'utilisateur, ce à la demande de celui-ci.
  • - Agent d'interruption automatique de la communication dans le cas d'une messagerie vocale ou d'un répondeur.
  • - Agent d'élaboration de la (ou des) proposition(s) de message(s) à déposer dans la messagerie électronique, sur le fax, dans la messagerie vocale ou encore sur le répondeur de l'interlocuteur...
  • - Agent d'information de l'utilisateur sur le déroulement des opérations, que ce soit en temps réel ou une fois l'interlocuteur joint (moyens existants, différents moyens appelés, connexions en cours, résultats de tous les appels, interruptions éventuelles, nouvelles connexions détectées, tri des données recueillies, rappel des dernières opérations, etc).

      Nous recensons, à l'issue de la présentation de nos premiers agents logiciels pourvus d'intelligence, trois catégories bien distinctes quant aux différents mécanismes à percevoir et à appliquer au niveau de nos modèles auto-adaptables. Le Tableau 2.1.2.1 à suivre nous en fournit la liste détaillée. Ainsi, il insiste sur les manières selon lesquelles nous envisageons d'exploiter et de traiter les multiples informations particulières relevant des préférences de tous les utilisateurs, premières habitudes de manipulation d'un terminal intelligent de communication entérinées par le fondement de notre Assistant Conversationnel.

      Par ailleurs, nous pouvons aussi constater que l'ensemble de ces concepts intelligents continue de faire appel, à l'image de nos règles de fonctionnement précédemment développées, non seulement à la reconnaissance d'informations remarquables, mais également au tri et à la classification de telles données.

      
Tableau102.1.2.1 : Récapitulatif des premiers mécanismes intelligents issus des règles de fonctionnement du concept de l'Assistant Conversationnel

Catégories d'application
sur le terminal
Mécanismes définissant nos premiers agents intelligents
Personnalisation
du bureau
interactif

Reconnaissance des personnes appelées le plus fréquemment

Reconnaissance du type des moyens utilisés le plus fréquemment

Reconnaissance du contenu de messages envoyés le plus fréquemment

Reconnaissance des situations les plus fréquemment configurées par l'utilisateur
en cas de filtrage de moyens d'information (réunion, entretien, absence, travail)
Disponibilité
des moyens de
communication

Reconnaissance de tous les moyens utilisables pour joindre une personne
par traitement antérieur ou en temps réel

Reconnaissance du (ou des) moyen(s) le(s) plus adéquat(s) à une situation
Tri des opérations
Classification du déroulement des investigations effectuées par le terminal


2.1.2.2. Vers un nouveau concept d' assistanat auto-adaptable

      Nous pouvons maintenant étendre nos idées à un assistant entièrement dévoué à chacun de nos utilisateurs, concept plus général et plus complet aussi. Incluant les différents principes de notre Assistant Conversationnel, ce nouveau modèle se doit en effet d'élargir nos notions d'aide, de personnalisation des outils appelés, de substitution et d'allègement des actions courantes. Nous pouvons alors imaginer que ce concept va notamment gérer le processus de navigation de l'utilisateur sur le réseau Internet en lui proposant de le personnaliser et de privilégier ses centres d'intérêts préférés. En outre, les machines cibles au sein d'ALCATEL regroupent non seulement tous les WebTouch et terminaux de communication actuellement à l'étude ou en développement, mais aussi les applications de messagerie électronique telles que l'ALCATEL Unified Messaging.

      L'apprentissage, à travers des obligations plus ou moins répétitives et les divers centres d'intérêts de l'utilisateur, tient une place indispensable dans ce concept, de même que le travail par systèmes multi-agents et le développement de systèmes associés dits "intelligents".


2.2. « L' Assistant Individuel de Télécommunication »


2.2.1. Introduction et caractéristiques générales

      En détaillant les scénarios et ensembles de fonctionnalités envisagés pour la création, la spécification et l'implémentation d'un modèle d'Interface Intelligente destinée en premier lieu aux terminaux de communication d'ALCATEL, nous apportons dans cette partie une définition complète de notre nouveau concept d'assistanat dédiée à l'utilisateur et intitulé plus précisément « Assistant Individuel de Télécommunication » (ou AIT). En introduisant ainsi dans une interface-utilisateur les notions d'intelligence, d'ergonomie et d'apprentissages automatiques à l'aide d'agents logiciels et de séquencements d'actions, nous abordons deux domaines majeurs : l'assistance personnalisée de l'utilisateur pour communiquer avec tout interlocuteur, et la classification automatique de toutes les informations manipulées.

      Il apparaît alors comme acquis qu'une interface se doit d'être attirante et intéressante, à la fois pour les novices (apprentissage et patience, aides et soutiens multiples, ...) que pour les habitués (rapidité d'exécution, raccourcis et compléments de travail, ...). Nous nous devons donc d'apporter, au sein d'ALCATEL, des innovations supplémentaires dans les importants domaines du "grand public" et de l'ouverture des terminaux de communication vers le monde entier, à travers la téléphonie avancée ou encore l'avènement du réseau Internet.

      Des agents intelligents d'interface ou d'apprentissage, incorporés dans un ou davantage de systèmes multi-agents, ainsi que l'élaboration de plusieurs modèles d'utilisateur prenant en compte un maximum des caractéristiques individuelles et "intelligentes" de chaque utilisateur, vont nous permettre de rendre notre outil informatique aussi automatique et avancé que possible. A tout ceci, nous appliquerons ensuite nos souhaits d'aide et d'assistance continue à l'utilisateur, de personnalisation et d'humanisation des différentes fonctionnalités disponibles, de substitution et d'allègement enfin des actions effectuées. Notre but principal se résume donc à la tentative de simplification de la vie de l'utilisateur devant la machine téléphonique et informatique.

      En spécifiant alors la notion "d'Auto-Adaptation" telle que nous souhaitons l'insérer dans notre Interface Intelligente, nous travaillerons selon les trois caractéristiques essentielles de l'Intelligence Artificielle que sont la compréhension, l'apprentissage et la résolution de problèmes. Graphes d'actions à l'appui, nous aborderons ainsi en détail les différents scénarios et fonctionnalités envisagés pour le développement de nos modèles auto-adaptables.


2.2.2. La notion ' d' Auto-Adaptation '


2.2.2.1. Définition précise du concept

      L'amélioration d'une "Interface Homme-Machine" (IHM) passe aujourd'hui par l'intégration d'une intelligence la plus adaptative, voire auto-adaptative, possible [Benyon, 1993]. Il apparaît donc obligatoire d'établir notre propre définition d'une "Interface Auto-Adaptable", caractérisation qui se doit d'être complète et détaillée, mais aussi concise, pratique et orientée autant que possible vers les utilisateurs "grand public" des terminaux de communication actuels.

      Le terme "Auto-Adaptation" se compose du substantif "Adaptation", c'est-à-dire de la capacité du système à faire face aux changements en relation avec son utilisateur [Mataric, 1994], et du préfixe "Auto" que nous pouvons traduire selon plusieurs sens distincts à venir. En effet, si nous pensons à "l'automatique", rappelons que ce terme qualifie tout dispositif exécutant de lui-même certaines opérations définies à l'avance. [Whitehead, 1998] présente "l'automatisation" qui correspond à l'exécution de fonctions sélectionnées indépendamment du contrôle immédiat de l'utilisateur, bien que sous l'entière conduite des requêtes précédentes issues de ce dernier. Cela évoqué, [Lieberman, 1997] note encore que "l'autonomie" correspond de son côté à un agissement simultané et sans intervention de l'utilisateur, que ce dernier soit occupé ou non.

      Mais attention cependant à ne pas interpréter finalement ce même préfixe "auto" par la notion "d'autoritarisme" qui serait alors synonyme de restrictions et d'insistances [Akoulchina & Ganascia, 1997] de la part de la machine, empêchant tout contrôle et libre choix pour l'utilisateur dans la définition manuelle des paramètres du système [Schlimmer & Hermens, 1993].

      A ce niveau, nous pouvons alors définir notre nouvelle "Interface Auto-Adaptable" en faisant appel aux différentes caractéristiques énoncées jusqu'à présent, ce en spécifiant la notion 'd'Auto-Adaptation' telle que nous l'entendrons au cours de nos travaux de recherche à suivre.

      Entité, faculté, qualité ou encore important concept, 'l'Auto-Adaptation' se dévoile à nous comme étant pleinement basée sur l'apprentissage automatique, ainsi que fournissant la capacité d'agir en fonction des comportements variables et particuliers de chacun des utilisateurs appréhendés. Fortement autonome et surtout implicite aussi souvent que possible, notre Interface Intelligente se voit chargée de prendre en considération l'ensemble des divers intérêts, habitudes et préférences des utilisateurs, tous étudiés en temps réel à partir de leurs manipulations. Conduisant de plus à une construction permanente et évolutive d'un profil de l'utilisateur, aussi nommé modèle individuel, ce principe d'interface auto-adaptable est destiné à une prédiction ou même à une anticipation active de ce que l'utilisateur va commander et vouloir réaliser. Il va se traduire par l'établissement et la présentation à l'utilisateur d'une ou plusieurs suggestions de séquences d'actions. Aboutissant à des initiatives de manipulations artificielles mais tout-à-fait appropriées et toujours souhaitées par l'utilisateur courant, ces interventions de notre Interface Intelligente se doivent ainsi d'être spécifiques, personnalisées et aptes à moduler leurs actions auto-adaptables en fonction des attitudes, comportements et besoins successifs de l'utilisateur.

      En conséquence, nous parvenons à saisir l'intérêt que représente une telle implantation auto-adaptable dans les terminaux de communication "grand public" d'ALCATEL, puisqu'il s'agit de "concerner" l'utilisateur de manière pertinente en cherchant à faire venir la machine vers l'être humain [Blandet & Bohrer, 1998]. Il est toujours intéressant, voire de nos jours indispensable, que l'utilisateur sente la présence d'une aide implicite, d'un apprentissage automatique (et constant) provenant de la machine avec laquelle il tente de travailler couramment.

      Cependant, nous devons aussi éviter l'autre extrême, à savoir l'embrigadement total de notre utilisateur. Nous nous obligeons à analyser et à spécifier une interface intelligente définie "auto-adaptable", et non "auto-adaptative" ou "auto-adaptée". Il nous semble en effet primordial que notre interfaçage intelligent "propose" son soutien automatique et logistique à l'utilisateur, lui "permette" d'être assisté en toute discrétion et toute humilité, et non oblige au contraire celui-ci à constamment subir l'outil informatique et travailler sans détour possible. En d'autres termes, il nous apparaît tout-à-fait concevable d'adapter les différentes fonctionnalités de notre interface intelligente à l'utilisateur, de manière automatique certes, mais sans pour autant interdire à ce dernier de s'intéresser au terminal de communication en dehors de notre assistance intelligente, de manière "manuelle" ou "normale" donc, et ce dès qu'il en ressent le besoin ou l'assurance.

      Ainsi, par notre interface "auto-adaptable", nous remplissons les critères des concepts de non-restriction et de non-insistance vis-à-vis de nos utilisateurs [Akoulchina & Ganascia, 1997], à savoir que ceux-ci peuvent toujours ignorer la suggestion qui leur est proposée par le système intelligent de communication, et préférer exécuter une action différente, voire contradictoire.


2.2.2.2. Proposition d' un schéma architectural auto - adaptable

      Dans le but essentiel de rester entièrement compatibles avec un maximum de terminaux de communication d'ALCATEL, nous nous sommes attachés à tendre vers un complet système en couches architecturales successives, portables et indépendantes les unes des autres. En respectant ainsi les interfaces, applications et modules logiciels déjà existants, très peu de modifications au niveau des multiples codes de programmation ont été à envisager au sein des différents cas de prototypes. Cela est issu de notre choix de travailler avec une architecture logicielle en couches. Insérée entre l'interface déjà implémentée et les applications de haut niveau correspondant aux diverses fonctionnalités présentes dans les terminaux, notre couche d'Intelligence Artificielle, baptisée "AI Layer" selon la traduction en langue anglaise de l'intitulé, apporte à son échelle toutes ses informations et ses compétences à chacun de nos terminaux, sans jamais en altérer les données initiales respectives ( Figure 2.2.2.2 à venir sur la page suivante).

      Ceci avancé, chaque problème de cette Interface Intelligente est ensuite résolu de façon automatique et autonome, que ce soit au niveau du Modèle d'Utilisateur que nous découvrirons dans le prochain chapitre, ou en ce qui concerne la Base de Connaissances Factuelles (ensemble des informations recueillies, analysées et traitées) que nous développerons au Chapitre 4 . De plus, les problèmes principaux que doit résoudre notre "Couche IA" naissante apparaissent au nombre de trois. La compréhension initiale d'une situation, d'un fait ou d'une commande quelconque se voit en effet suivie par un apprentissage automatique des actions, des décisions et des réactions courantes, répétées ou pertinentes émanant de l'utilisateur. Finalement, le dialogue interactif est souhaité à terme aussi implicite que possible, de même que la résolution concernant les différents "problèmes" constatés lors de la manipulation de l'interface d'un tel terminal de communication.

      C'est pourquoi, nous allons décrire, selon ces trois points de vue, chacune de nos idées, à savoir chacun des scénarios correspondant aux différentes fonctionnalités envisagées, ce dans le but d'insuffler une certaine "intelligence" au comportement de l'interface des terminaux actuels.

      

Figure122.2.2.2 : Schéma architectural de l'Interface Auto-Adaptable


2.3. Définitions structurées des divers scénarios envisagés


2.3.1. « L' Assistant Conversationnel Auto - Adaptable »

      Ce nouveau concept 'd'Assistant Conversationnel Auto-Adaptable', dont nous avons spécifié le principe de base en 2.1.1.1 , peut permettre d'améliorer l'efficacité et la convivialité de chacune des quatre fonctions disponibles sur une majorité des terminaux de communication d'ALCATEL. Il s'agit là plus précisément de la téléphonie avancée, de la gestion du courrier électronique, de l'accès aux services Internet et, enfin, de l'annuaire intégré.

      Voici donc à présent les descriptions et études complètes des différents scénarios que nous envisageons de concrétiser, en insistant systématiquement sur les avantages procurés à l'utilisateur par chacune des fonctionnalités proposées. Nous débutons tout-de-suite la page suivante par le descriptif d'une première fonctionnalité traitant d'une arrivée à destination obligatoire pour chaque information issue des terminaux de communication ( Scénario 2.3.1.1 ).

Scénario12.3.1.1 : Fonctionnalité générale traitant de l'aboutissement obligatoire d'une information

Description :

Lorsque l'utilisateur indique au terminal qu'il souhaite joindre une personne, sa demande doit impérativement aboutir, à savoir que cette tierce personne doit en définitive obligatoirement disposer de l'information que voulait lui faire parvenir l'utilisateur, et ce dans un délai aussi court que possible (recherche d'une efficacité maximale à proposer à l'utilisateur du terminal).

Compréhension : souhait d'envoyer de l'information à une personne.

Résolution : faire obligatoirement parvenir l'information à l'interlocuteur.

      Mais nous notons alors d'emblée plusieurs cas particuliers dans ce premier scénario, à savoir les trois différents exposés à présent ( Scénarios 2.3.1.2 à 2.3.1.4 ).

Scénario22.3.1.2 : Première fonctionnalité particulière traitant de l'aboutissement obligatoire d'une information par une utilisation auto-adaptable des moyens de communication

Description :

Si l'outil de messagerie de l'interlocuteur (que le terminal a choisi de joindre) n'est pas reconnu, n'est pas accessible, ne répond pas ou encore renvoie un message d'erreur, le terminal doit pouvoir utiliser, en agissant seul, d'autres moyens mis à sa disposition (numéros connus de téléphones fixes ou mobiles attribués à la personne demandée, e-mail, fax, visio-conférence, etc). Le terminal doit par conséquent pouvoir connaître à tout moment, et donc apprendre en temps réel ou avoir déjà appris au préalable, les différents moyens qui existent (ou qui sont disponibles) pour pouvoir joindre l'interlocuteur : il n'y a en effet rien de pire pour l'utilisateur que de devoir répéter à l'interface de la machine ce qu'il souhaite réaliser.

Compréhension : l'outil appelé n'est pas disponible.

Apprentissage : connaître à l'avance (ou découvrir en temps réel) et permettre
l'évolution du contenu de l'ensemble des moyens existants capables
de joindre l'interlocuteur.

Résolution : utilisation automatique des moyens appris.

Scénario32.3.1.3 : Seconde fonctionnalité particulière traitant de l'aboutissement obligatoire d'une information par une interruption automatique face à un appareil inadéquat

Description :

Dans le cas où le terminal entre en contact avec un appareil de messagerie vocale (ou un répondeur), il interrompt de lui-même la communication et choisit un nouveau moyen de joindre l'interlocuteur souhaité. Le terminal doit par conséquent savoir opter pour l'outil qui semble le plus pertinent et le plus adéquat parmi ceux restants à sa disposition, et ce déjà en matière de corrélation entre l'information et son support (une image ou une animation par exemple ne peut être fournie vocalement par téléphone ou répondeur, mais par contre plus ou moins bien par fax, voire nettement mieux par e-mail ou vidéo-conférence...).

Compréhension : entrée en contact avec un appareil de messagerie vocale.

Apprentissage : connaître en permanence l'ensemble des différentes adéquations
informations-supports.

Résolution : interruption automatique de la communication,
choix automatique du(des) moyen(s) le(s) plus adéquat(s).

Scénario42.3.1.4 : Troisième fonctionnalité particulière traitant de l'aboutissement obligatoire d'une information par un choix auto-adaptable de l'outil courant le plus adéquat

Description :

S'il ne reste en définitive plus que des moyens d'enregistrements vocaux pour fournir l'information courante à la tierce personne, le terminal se doit de proposer à l'utilisateur de laisser un message contenant l'information qu'il souhaite faire parvenir à son interlocuteur, soit sur la messagerie vocale, soit sur le répondeur, mais dans tous les cas sur l'outil le plus adéquat parmi l'ensemble des outils d'enregistrements vocaux existants.

Compréhension : seule subsiste la possibilité de fournir l'information souhaitée par les
moyens d'enregistrements vocaux.

Apprentissage : connaître l'ensemble des outils d'enregistrements vocaux disponibles.

Résolution : proposer à l'utilisateur de déposer un message sur l'outil vocal le plus
pertinent parmi ceux existants.

      Tout ceci étant déjà clairement établi, abordons à présent une seconde mais toute aussi importante fonctionnalité à propos des différentes caractéristiques détaillant notre nouvel "Assistant Conversationnel Auto-Adaptable" ( Scénario 2.3.1.5 ).

Scénario52.3.1.5 : Fonctionnalité générale traitant de la mise en forme des habitudes de l'utilisateur

Description :

Lorsque l'utilisateur souhaite non seulement écrire un e-mail ou un fax, mais aussi laisser un message sur la messagerie vocale ou le répondeur d'un interlocuteur, le terminal gagne à connaître déjà les "petites habitudes" de son utilisateur, et ce en matière de mise en forme(s), d'entête et de signature, de références, de style, d'expressions et de mots-clés, etc. La machine se doit aussi de tenir compte bien évidemment des différents interlocuteurs à joindre (l'utilisateur ne s'adressera par exemple pas de la même manière à son(sa) conjoint(e) qu'à ses enfants, ses parents, ses amis, ses collègues de travail ou encore des vendeurs).

L'utilisateur peut alors en effet, grâce à toutes ces informations déjà établies, aux différentes abréviations et autres raccourcis, voire même à une déduction automatique en temps réel de mots d'après leurs premières lettres tapées, transmettre le message (en partie déjà élaboré, construit et vérifié automatiquement) à son interlocuteur sans prendre trop de son temps et sans omettre d'y inclure des informations importantes (date et lieu d'une réunion, signature complète, etc).

Compréhension : souhait d'écrire un e-mail, d'envoyer un fax, de laisser un message dans la boîte vocale ou sur le répondeur d'un interlocuteur.

Apprentissage : connaître et faire évoluer l'ensemble de toutes les habitudes de l'utilisateur en matière de présentation de ses messages.

Résolution : utilisation rapide et efficace des informations apprises, des abréviationset autres raccourcis,déduction automatique et en temps réel de mots-clés d'après leurs premières lettres tapées, adjonction d'informations importantes manquantes.

      Cependant, nous pouvons, à ce niveau également, pousser encore nos investigations plus loin en caractérisant les trois nouveaux procédés supplémentaires définis sur les pages à suivre maintenant ( Scénarios 2.3.1.6 à 2.3.1.8 ).

Scénario62.3.1.6 : Première fonctionnalité particulière traitant de la mise en forme des habitudes d'utilisateur au niveau de la lecture des messages arrivés

Description :

A l'ouverture des fenêtres de réception des différents messages (boîte aux lettres des e-mails, récapitulatif des fax, liste des messages sur le répondeur, etc), notre système d'assistanat automatique à la communication se doit de proposer une prise de connaissance des nouveaux messages arrivés selon une certaine hiérarchie représentant les préférences et habitudes de lecture de l'utilisateur. En effet, dans une liste de documents à consulter, l'utilisateur se dirige toujours d'abord vers ceux présentant pour lui le plus d'intérêts : une hiérarchie des messages peut donc être établie par un apprentissage évolutif, non seulement à partir d'une observation continue des manipulations antérieures de l'utilisateur, mais également grâce à de constantes confrontations et réévaluations comparatives entre les nombreuses informations détectées.

Nous pouvons alors par exemple concevoir que chaque nouveau message se voit automatiquement attribué, dès son arrivée dans une boîte de messagerie, une valeur de priorité résultant de la fréquence habituelle de lecture par l'utilisateur d'un tel message (analysé et reconnu grâce, notamment, aux mots-clés, connus ou non, le composant). A noter aussi que, de cette manière, nous résolvons aisément les nombreuses interactions constamment évolutives qui existent entre les différents interlocuteurs, sujets abordés ou encore dates d'émission (respect de la chronologie des messages) caractérisant l'ensemble des documents perçus par l'utilisateur.

Compréhension : souhait de prise de connaissance des nouveaux messages, de manière globale (émanant de tous les moyens de communication disponibles) ou ciblée (obtenus d'un ou plusieurs moyens précis).

Apprentissage : connaître en permanence la hiérarchie complète et évolutive de consultation des messages, c'est-à-dire des nombreuses informations détectées dans les différents messages consultés par l'utilisateur.

Résolution : lecture des données fournies par le système chargé de la hiérarchisation des informations remarquables, analyse du contenu du nouveau message, calcul et attribution d'une valeur de priorité au message arrivant, établissement d'une liste de nouveaux documents arrivés en fonction de la hiérarchie courante des informations-clés.

Scénario72.3.1.7 : Seconde fonctionnalité particulière traitant de la mise en forme des habitudes au niveau de l'élaboration d'une réponse auto-adaptable

Description :

Mise en place d'un système d'aide à la décision concernant l'élaboration éventuelle d'une réponse auto-adaptable : développement d'un procédé d'apprentissage chargé de déterminer, au fur et à mesure de la manipulation de l'outil, quels sont les différents messages parmi ceux reçus pour lesquels il devient astucieux de préparer automatiquement une réponse individualisée, c'est-à-dire si tel ou tel message demande ou "mérite" une réponse de la part de l'utilisateur.

Il nous vient alors inévitablement à l'esprit, afin de déterminer précisément et efficacement ce "mérite", certains des points essentiels déjà énoncés plus haut, comme le moyen de communication utilisé, l'identité de l'interlocuteur, l'importance attribuée au message reçu. En outre, il ne faut pas non plus omettre la possibilité de faire appel à un "historique" automatique des actions de l'utilisateur, scénario que nous définissons un peu plus tard dans ce mémoire et qui permet entre-autres d'analyser avantageusement le déroulement chronologique des travaux réalisés par l'utilisateur, et par conséquent ses réactions en fonction des messages entrants.

Compréhension : réception et lecture d'un nouveau message.

Apprentissage : connaître de manière évolutive l'ensemble des caractéristiques des différents messages auxquels l'utilisateur à tendance à répondre.

Résolution : déterminer, en récupérant les informations du système d'apprentissage, si un message entraîne une réponse automatique (immédiate ou non).

Scénario82.3.1.8 : Troisième fonctionnalité particulière traitant de la mise en forme des habitudes au niveau de la détermination d'un moyen préférentiel

Description :

Le système peut alors encore ajouter un nouvel aspect décisionnel à son apprentissage des habitudes de l'utilisateur en déterminant également par quel(s) moyen(s) cette précédente réponse auto-adaptable est préférable d'être envoyée, en s'appuyant sur une hiérarchie pré-établie et constamment évolutive des outils de communication les plus souvent manipulés par l'utilisateur (mais aussi certainement sur l'adéquation entre informations et supports correspondants, relation définie dans le second cas particulier du scénario général précédent).

Compréhension : décision d'une réponse auto-adaptable à envoyer.

Apprentissage : connaître l'ensemble des habitudes et des préférences de l'individu en matière d'utilisation des outils télématiques mis à sa disposition.

Résolution : choix automatique du moyen préféré, parmi les plus adéquats en ce qui concerne la correspondance entre information et supports.

      Nous poursuivons ainsi par toutes les explications relatives aux diverses fonctionnalités que nous envisageons pour l'implémentation de nos systèmes intelligents dédiés à l'utilisateur
( Scénarios 2.3.1.9 à 2.3.1.11 ).

Scénario92.3.1.9 : Fonctionnalité traitant du filtrage des moyens d'information

Description :

Le terminal peut proposer à l'utilisateur le filtrage de ses propres moyens d'information, c'est-à-dire d'éviter de fonctionner avec certains de ses moyens, pourtant bel et bien existants et utilisables. Par extension, une personne susceptible d'être jointe, mais ne désirant pas l'être au travers de certains moyens (par le téléphone de bureau si elle est en réunion, par l'e-mail si sa réponse doit être directe ou "immédiate", par le fax si elle est absente, par les téléphones encore s'il y a du bruit environnant, etc) peut ainsi demander au terminal de se charger de filtrer ses façons d'être appelée. Nous nous devons en effet de ne jamais négliger la situation, le contexte, les multiples circonstances qui catalisent, parfois même simultanément, une communication.

Nous pouvons par exemple imaginer un tableau de commandes facile à gérer puisque présentant une liste d'expressions telles que "réunion", "conversation directe", "absence", "bruits ambiants", etc. La liste informe alors l'utilisateur sur le filtrage en cours et sur ceux disponibles à ce moment-là, leurs durées étant également automatiquement adaptables aux besoins courants de l'utilisateur en matière de catégories distinctes d'outils de communication. Sans oublier non plus la possibilité de basculer de situation en situation, rapidement par quelques "cochages" et "décochages" (manière explicite), mais aussi par observation continuelle des différentes actions effectuées par l'utilisateur afin de pouvoir régler ensuite un filtrage automatique (et donc implicite) des différents moyens disponibles en fonction des besoins réels de l'utilisateur.

Compréhension : intention explicite de changer le contexte de filtrage des divers moyens d'informations par "cochage" ou "décochage" de la part de l'utilisateur dans le tableau de commandes.

Apprentissage : établir et maintenir en permanence un tableau évolutif des commandes, c'est-à-dire l'ensemble des configurations de filtrage explicitement souhaitées par l'utilisateur, mais aussi implicitement observées à partir du travail effectué par celui-ci.

Résolution : basculement explicite d'une situation de filtrage à une autre, basculement implicite du contexte de filtrage après observation des différentes actions réalisées par l'utilisateur et déduction automatique de la nécessité ou de l'avantage d'un tel changement.

Scénario102.3.1.10 : Fonctionnalité traitant de l'information auto-adaptable de l'utilisateur

Description :

Le terminal doit pouvoir ensuite fournir automatiquement une information adaptable et exhaustive à l'utilisateur sur le déroulement des différentes opérations de communication, que ce soit en temps réel (information continue, explication de ce que le système fait) ou une fois l'interlocuteur joint (information de récapitulation de la communication, ce que le système a fait), et ce sur les outils existants et disponibles, le contexte courant de filtrage des informations, les différents moyens appelés, les tentatives de connexion en cours, les résultats de tous les appels, les interruptions éventuelles, les nouvelles connexions et appels détectés, le récapitulatif et tri des données recueillies, le rappel des dernières opérations souhaitées et effectuées, etc.

En outre, afin d'améliorer encore l'automatisation d'un tel apport d'informations, que nous nommons par ailleurs "historique" ou chronologie des différentes actions de l'utilisateur, nous pensons définir également (et éventuellement proposer à l'utilisateur de préciser de manière interactive sa valeur souhaitée) un seuil d'information destiné à permettre une information totalement implicite de l'utilisateur, après un certain temps sans demande explicite de sa part ou après un nombre relativement important d'actions réalisées ou d'interlocuteurs appelés.

Compréhension : souhait ou besoin (établi par le seuil d'information) de connaissances exhaustives (continues ou récapitulatives) pour l'utilisateur.

Apprentissage : détecter, appréhender et conserver en permanence l'ensemble des actions, explicites et/ou implicites, effectuées par l'utilisateur et/ou globalement par l'interface intelligente.

Résolution : définition du seuil d'information et/ou proposition de détermination interactive de sa valeur.

affichage de l'ensemble des différentes informations demandées à la demande ou à la suite d'un dépassement du seuil d'information défini.

Scénario112.3.1.11 : Fonctionnalité traitant des statistiques issues du travail de l'utilisateur

Description :

Nous proposons enfin la gestion d'un service, également automatisé et par ailleurs très intéressant pour spécifier le modèle d'utilisateur que nous envisageons, présentant un recueil d'informations apprises en continu au cours de la manipulation des différents utilitaires de nos systèmes. Nous définissons alors ces informations courantes comme des statistiques de travail, à savoir par exemple les personnes appelées ou en communication le plus fréquemment, les types de moyens utilisés le plus fréquemment, les contenus de messages envoyés le plus fréquemment, les situations les plus fréquemment configurées par l'utilisateur au niveau du filtrage de ses moyens d'information, etc.

Il reste à noter que, par extension, nous associons également à ce service l'ensemble des statistiques retenues au fur et à mesure de l'utilisation des outils de navigation sur le réseau Internet proposés par le terminal (nombre total d'accès au réseau, dates et périodes horaires correspondantes, durées moyenne et totale de navigation sur le réseau, durée moyenne de visite d'une page, nombre de pages respectives visitées par centre d'intérêts, etc).

Compréhension : souhait, accord de la part de l'utilisateur d'établir des statistiques complètes sur l'ensemble de son travail courant.

arrivée d'une nouvelle information à assimiler par l'interface.

Apprentissage : appréhender et traiter en permanence l'ensemble des statistiques recueillies et représentant la globalité du travail de l'utilisateur.

Résolution : affichage de l'ensemble des différentes statistiques demandées et établies, en temps réel ou encore à la demande de l'utilisateur.

      


2.3.2. La « Classification Auto - Adaptable » des informations

      La vision que nous mettons en avant au sujet de notre concept de l'Assistant Individuel de Télécommunication ne se limite pas seulement à un nouvel Assistant Conversationnel orienté vers l'Auto-Adaptation.

      En effet, en plus de l'apprentissage continu et automatique, de la caractérisation individuelle de l'utilisateur courant ainsi que de l'assistance logistique et évolutive de ce dernier, nous pensons qu'il est de nos jours inévitable d'essayer encore de fortement lier, à toute volonté de communiquer, l'information correspondante que l'on souhaite fournir à son interlocuteur. Nous remarquons alors tout de suite que nos différents scénarios définis précédemment nous ont même déjà emmenés plus loin que cela. Ils nous proposent effectivement, grâce notamment au concept des adéquations entre les informations et leurs éventuels supports respectifs, de gérer l'action de communication directement en fonction de son contenu, c'est-à-dire de l'ensemble des informations à communiquer à une tierce personne.

      C'est pourquoi, nous allons nous attacher à décrire à présent le deuxième volet de notre outil informatique, partie qui correspond à la gestion "intelligente" de toutes les informations recueillies et manipulées par l'utilisateur au travers de l'interface auto-adaptable des terminaux de communication d'ALCATEL.

      En insistant cependant encore lourdement sur le fait que nous ne personnalisons ni ne travaillons en aucune manière directement sur le Web, mais plutôt au niveau de sa "couche de niveau supérieur" qui traite de la navigation et de la recherche des informations, nous proposons d'adjoindre aux déjà nombreuses fonctionnalités les deux récents et importants scénarios à venir ( Scénarios 2.3.2.1 à 2.3.2.2 ).

Scénario122.3.2.1 : Fonctionnalité globale traitant d'une mise à jour auto-adaptable des informations recueillies

Description :

Une mise à jour, bien évidemment auto-adaptable et opérant en temps réel, apparaît déjà à ce niveau tout-à-fait primordiale pour la légitimité et la pertinence à tout instant de l'ensemble des informations régulièrement recueillies par les composants de notre nouvelle Interface Intelligente. En spécifiant puis en implémentant une complète concordance de travail et de temporisation entre les différents outils gérés par le terminal, cela se doit par exemple d'entraîner la réactualisation automatique de l'agenda de l'utilisateur en fonction des messages qu'il a reçus mais aussi envoyés, la prise en compte des "cahiers" de réservations des différentes salles de réunion dans le cas de l'élaboration d'un message destiné à organiser une conférence, un séminaire ou encore un entretien...

Compréhension : arrivée d'une nouvelle information à assimiler par l'interface.

Apprentissage : connaître en permanence l'ensemble des applications proposées par le terminal de communication utilisé, ainsi que toutes leurs caractéristiques respectives de gestion des informations.

Résolution : mise à jour évolutive des différentes fonctionnalités disponibles.

Scénario132.3.2.2 : Ultime fonctionnalité globale traitant de tris auto-adaptables des diverses informations recueillies

Description :

Tri en temps réel, classification automatique des toutes les informations découvertes et recueillies par l'utilisateur, non seulement à travers la multitude de messages et données obtenus de ses diverses communications gérées par l'Assistant Conversationnel Auto-Adaptable, mais également lors de ses investigations effectuées grâce à l'accès au réseau Internet du terminal. En second lieu, toutes ces données doivent ensuite évidemment pouvoir être retrouvées, rapidement, exhaustivement, que ce soit par catégories, par mots-clés, par moyens ou outils de communication, par titres, par interlocuteurs ou encore auteurs de messages ou de pages Web...

Nous nous devons cependant de remarquer, et par suite de ne pas oublier, qu'il nous faudra alors certainement définir un concept bien précis de barrières, d'isolants ou encore de limitations de domaines d'intérêts concernant cette classification automatique, et ce pour éviter un mélange dénué de sens des différents sujets principaux à gérer.

A ne pas négliger non plus la nécessité d'une éventuelle fonctionnalité de réorganisation, implicite ou demandée (voire même amorcée) par l'utilisateur. Ceci concerne toutes les informations classifiées, afin d'établir une nouvelle classification courante, rafraîchie, plus "simple" et plus aisée de compréhension, et donc d'utilisation.

Nous pensons ainsi définir (et éventuellement autoriser l'utilisateur à préciser de manière interactive sa valeur appropriée) un seuil de réorganisation souhaité, cet utilitaire étant destiné à permettre une clarification, une amélioration totalement implicite de la classification globale des informations proposée à l'utilisateur. Ces avantages suivront par exemple le dépassement d'un nombre trop important de niveaux imbriqués et hiérarchiques composant cette classification auto-adaptable ou encore la détection d'une trop grande fréquence d'apparitions disparates d'un mot-clé, c'est-à-dire à de nombreux endroits différents au sein de l'arborescence de la classification.

Compréhension : recueil d'une nouvelle information intéressant l'utilisateur et devant donc être stockée par l'Interface Intelligente Auto-Adaptable,

souhait de rechercher une information précise classifiée,

souhait ou besoin (établi par le seuil de réorganisation) d'élaborer une nouvelle arborescence de classification auto-adaptable à l'utilisateur.

Apprentissage : classification, auto-adaptable et en temps réel, des nombreuses et parfois très différentes données recueillies par l'utilisateur, au travers de l'Assistant Conversationnel ou grâce au réseau Internet,

réorganisation, amélioration, raffinement de toute l'architecture du procédé de classification automatique des données,

connaissance permanente des différentes fréquences d'apparition de chaque mot-clé spécifiant les noeuds de l'arborescence de la classification établie.

Résolution : détermination de la disponibilité du moyen de stockage courant,

définition d'un concept de limitations de domaines d'intérêts,

recherche rapide et exhaustive d'une information précise, stockée et classifiée selon certaines caractéristiques, et ce en vue d'une réutilisation immédiate ou non, de même que temporaire ou non,

définition du seuil de réorganisation souhaité et/ou proposition de détermination interactive de sa valeur,

amorçage interactif d'une réorganisation de la classification courante par l'utilisateur,

détection du nombre de niveaux hiérarchiques composant la classification automatique courante.


2.3.3. Enseignements et perspectives de travail

      Deux concepts essentiels se dégagent des différentes caractérisations de fonctionnalités établies : le soutien logistique et l'apprentissage, tous deux automatiques, évolutifs et tendant à devenir aussi adaptables que possible envers l'utilisateur. L'interface "homme-machine", c'est-à-dire la communication bilatérale entre l'homme et l'appareil, s'en voit améliorée, notamment en ce qui concerne l'assistance automatisée, donc implicite ou "cachée" à l'utilisateur. Le second aspect de nos recherches, à savoir celui de l'interface "homme-information", s'avère tout aussi indispensable à l'établissement de notre Interface Intelligente Auto-Adaptable, si ce n'est que de par sa gestion automatique et individualisée. Sa capacité de classification évolutive des multiples informations recueillies par l'utilisateur, données inséparables du travail quotidien de ce dernier, est également à relever à ce niveau.

      Les agents intelligents, que nous avons scrupuleusement définis en 1.2.4.5 , ainsi que les systèmes multi-agents associés, jouent un rôle primordial quant à l'implémentation de telles fonctionnalités nouvelles. Ils sont les garants d'une mise en oeuvre efficace de l'interface pluri-disciplinaire souhaitée et de la répétition automatique de l'ensemble des opérations courantes et souvent fastidieuses dès que l'utilisateur en montre le besoin. Les séquencements et encore les graphes d'actions semblent par ailleurs être aussi adaptables à la gestion du flux des quantités d'informations exhaustives, apprises et fournies ensuite à l'utilisateur.

      Subsiste l'élaboration d'un indispensable modèle d'utilisateur destiné à établir un profil évolutif du comportement d'un utilisateur quelconque, ce dans le but de prendre en compte ses caractéristiques individuelles et "intelligentes" face aux fonctionnalités mises à disposition par le terminal et face, également, à leurs propres évolutions respectives.

      Nous entrevoyons alors deux problèmes majeurs concernant la personnalisation de toute interface : la distinction de diverses classes d'utilisateurs et l'observation des actions de chacun en vue d'une tentative d'automatisation. L'apprentissage et l'approfondissement de la notion de modèle d'utilisateur passe, non seulement par l'établissement du savoir, des connaissances, de ce que sait ou connaît la personne qui utilise notre interface, mais également par la gestion de l'évolution de ce savoir [Gavrilova & Voinov, 1997]. Nous pouvons même ajouter que, dans cette optique, l'acquisition mais aussi la déperdition de l'information sont à considérer, puisque moins une action est effectuée régulièrement, plus il faut aider, assister, la rappeler et éventuellement l'expliquer à l'utilisateur lorsque celui-ci souhaite à nouveau la réaliser.

      A tout cela s'ajoute encore la conception d'un tout aussi primordial modèle du domaine chargé de mettre à disposition de notre système intelligent auto-adaptable le profil, également en constante évolution, de la situation, du contexte, des circonstances d'actions de l'utilisateur : réunion, entretien, indisposition temporaire, déjà en communication, absence, bruit environnant, et ainsi de suite...


2.3.4. Schématisation récapitulative des différents concepts définis

      Dans le cadre général de description et de récapitulation plus schématisées que nous allons apporter maintenant, les principaux modèles pratiques demeurent les agents intelligents, comme nous l'avons développé auparavant. A l'aide de leurs nombreuses qualités, ils vont nous permettre de spécifier de manière claire et très rigoureuse l'ensemble des idées et scénarios que nous avons mis en évidence jusqu'ici.

      En effet, si nous estimons déjà très intéressant pour nos présents travaux de recherche de pouvoir faire appel à leurs nombreux avantages conceptuels (mobilité, autonomie, interaction, coopération et adaptation [Carolan, Collins & al., 1997] ) , nous possédons également l'assurance de grandes pré-dispositions quant à une riche mise en oeuvre. Crédibilité, réactivité, sociabilité, modélisation et communication [Carrez, 1998] doteront ainsi nos modules logiciels de qualités très appréciables, dans le but aussi d'habituer progressivement l'utilisateur à l'automatisation de son interface de communication de même qu'à la technologie somme toute relativement particulière des agents d'interface [Lashkari, Metral & Maes, 1994] .

      En conséquence, nous proposons ici une ébauche générique et hiérarchique à l'aide des cinq graphes orientés à suivre (Figure 2.3.4.2). Nous mettons avant tout en évidence les diverses actions exécutables par notre nouvel outil informatique, intelligent et auto-adaptable. Cependant, pour cela, il apparaît encore indispensable de prendre au préalable connaissance des différents formalismes et autres symboles manipulés au travers de ces graphes (Figure 2.3.4.1 ci-dessous).

      

Figure132.3.4.1 : Synthèses graphiques de la description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables

      Ceci spécifié, nous abordons donc à présent, sur les cinq prochaines pages, l'ensemble conséquent des différents graphes orientés introduits ci-dessus. Rappelons également par ailleurs que ces schémas successifs sont mis en oeuvre afin de décrire, de manière fonctionnelle mais aussi relationnelle et récapitulative, tous nos nouveaux concepts auto-adaptables. Nous sommes alors à même de pouvoir définir plus globalement, selon la manière informelle suivante, les diverses fonctionnalités de notre nouvelle application logicielle décrite :

  • - Page 78 : Lancement de l'application et initialisation de ses fonctionnalités.
  • - Page 79 : Fourniture d'une information à un interlocuteur.
  • - Page 80 : Consultation des nouveaux messages arrivés.
  • - Page 81 : Traitement en temps réel de toute action effectuée.
  • - Page 82 : Traitement en temps réel des nouvelles informations obtenues.

      Si de tels schémas fonctionnels nous apportent effectivement la description complète et relationnelle de tous nos concepts auto-adaptables mis en avant, nous nous devons également d'en tirer d'utiles enseignements dans le but de nos implémentations. C'est ainsi que nous nous attarderons sur la spécification formelle et rigoureuse des divers systèmes intelligents obtenus.

      

Figure142.3.4.2 : Description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables

      

Figure152.3.4.2 : Description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables

      

Figure162.3.4.2 : Description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables

      

Figure172.3.4.2 : Description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables

      

Figure182.3.4.2 : Description fonctionnelle de nos concepts auto-adaptables


2.3.5. Vers une indispensable spécification formelle de nos modèles

      En nous référant aux Définitions 1.2.2.2 et 1.2.2.3 qui nous apportent une définition qualitative du domaine des interfaces intelligentes, nous pouvons tout d'abord répertorier ici, au sein-même de nos concepts auto-adaptables, les différentes propriétés relevant de l'intelligence telle que nous l'avons précisément déterminée au cours de nos travaux. Cette qualité de l'intelligence pouvant être associée de manière graduelle à chacun des systèmes d'interfaçage avancés, l'ensemble des nombreux critères de caractérisation que nous avons mis en place demeurent plus que jamais catalyseurs d'une conception et d'un développement efficaces de tous nos précédents scénarios. Par suite, nous constatons que seuls trois de nos vingt critères listés n'apparaissent pas encore à ce niveau de nos recherches. Plus particulièrement, il s'agit :

  • - de l'intégrité et de l'accessibilité universelle de l'information,
  • - de la surveillance et de la sécurité des données ensuite, notamment en ce qui concerne la protection des conséquences d'erreurs,
  • - de la tolérance caractérisant les diverses variations et imperfections de commandes émanant de l'utilisateur.

      Ces ultimes critères appellent en conséquence certains travaux complémentaires. Dans ce but, notre Assistant Individuel de Télécommunication, bien que déjà composé de l'Assistant Conversationnel Auto-Adaptable et du dernier procédé de Classification Auto-Adaptable, attend beaucoup de l'étude et de l'adjonction de nos prochains modèles, que ce soit le Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur ou ceux de nos mécanismes d'apprentissage automatique. Néanmoins, ces systèmes se trouveront fortement guidés par nos catégories d'intelligence élaborées jusqu'ici.

      Dans un second temps, chaque scénario, chaque module, chaque utilitaire nouvellement décrit peut également être assimilé et entièrement défini suivant un concept de "prothèse". Ce dispositif de remplacement ou de consolidation, ce module additionnel ou encore cette "greffe d'intelligence", devient alors capable de suppléer, de se substituer à une capacité complète de l'utilisateur, ou même seulement à une partie d'une, et de réduire ainsi la charge cognitive de ce dernier. Si nous tentons au maximum de rendre auto-adaptables nos modules de "substitution intelligente" traitant des actions de l'utilisateur, il en résulte un travail plus clair et plus pertinent. Les manipulations deviennent en effet inévitablement plus poussées, grâce notamment à un approfondissement maximal dû à un suivi automatisé des diverses possibilités existant au niveau du système appréhendé. Cela conduit donc l'utilisateur, en définitive, à un travail nettement plus efficace que celui qu'il aurait effectué seul, c'est-à-dire sans assistance auto-adaptable.

      En conclusion, et avant d'explorer les techniques de conception et d'implémentation applicables à nos différents modèles auto-adaptables, nous ne pouvons poursuivre nos recherches sans nous attacher maintenant à spécifier et à entièrement formaliser les nombreuses actions gérées par notre Assistant Individuel de Télécommunication. Par ailleurs, nous nous devons aussi, vu notamment le contexte bien spécifique de la Thèse, d'établir ces formalisations selon des principes et des modèles de spécifications issus du propre domaine des télécommunications. Ainsi, une importante partie de nos investigations va traduire à présent l'application des capacités du domaine de la spécification formelle, et plus particulièrement de 'LOTOS' après comparaison des caractéristiques qualitatives de plusieurs méthodes envisagées, à la validation de nos multiples actions auto-adaptables : sont-elles bien toutes théoriquement "correctes" ainsi que réellement "implémentables" en pratique ?...

      Nous vérifierons alors l'absence de conflits, d'effets concurrentiels entre les différents agents intelligents envisagés, ce qui reviendra à garantir une bonne collaboration entre tous nos présents agents, et donc une suffisance satisfaisante de leur ensemble pour gérer correctement les nombreux scénarios mis en place dans notre interface de communication "grand public".


2.4. Spécifications formelles des modèles


2.4.1. Introduction


2.4.1.1. Définitions de base

      Pour bien débuter cette partie dédiée à la spécification de nos concepts auto-adaptables, nous nous devons tout d'abord d'introduire les différentes catégories qui caractérisent la notion d'action. Les actions s'articulent en effet autour de trois axes distincts, à savoir le vertical concernant la décomposition entre une action générique et ses actions élémentaires, l'horizontal ou "séquencement d'actions" faisant état des liens chronologiques entre actions (cf. par ailleurs 4.1.2 pour bien davantage d'explications à ce propos), et l'axe paradigmatique enfin pour les actions amenées à se substituer [Lippold & Pomian, 1995] .

      Le comportement d'un utilisateur face à un système étant toujours motivé par un but, le concepteur d'une interface homme-machine avancée se doit de commencer par analyser les tâches que les utilisateurs réalisent ou souhaitent exécuter, afin d'identifier ensuite la structure de base des buts avoués et les procédures nécessaires à la réalisation de ceux-ci [Whitehead, 1998] . Cependant, les procédures doivent être aussi naturelles, simples, abordables, compréhensibles et efficaces que possible, sans oublier d'analyser au préalable la vue que possède l'utilisateur sur les actions basiques et autres objets interactifs.


2.4.1.2. Justification de l' approche préalable orientée scénarios

      Les scénarios correspondent très bien à l'ensemble des nécessités démandées par un tel développeur. En effet, ils se définissent par des étapes intermédiaires entre une analyse et un prototype, des interactions hiérarchiques typiques entre l'utilisateur et le système, ainsi que des descriptions concrètes et compréhensibles de la performance des tâches [Whitehead, 1998] .

      En outre, l'obtention d'une spécification à partir d'exigences informelles peut s'avérer une tâche fastidieuse et parsemée d'embûches si une approche méthodique ou rigoureuse n'est pas employée [Amyot, Logrippo & Buhr, 1997]. Les approches basées sur les scénarios permettent alors aussi de se concentrer sur les principaux aspects fonctionnels du système à spécifier. Mais, une bonne intégration dans un processus de développement itératif et incrémental, de même que la facilitation d'ajouts ou de modifications de fonctionnalités et de documentation en sont également des caractéristiques toujours appréciables et appréciées.

      Enfin, n'oublions pas non plus que cette approche s'utilise largement dans l'industrie puisqu'elle permet notamment l'expression de séquences d'activités à partir d'événements déclencheurs [Amyot, Bordeleau & al., 1995] . Nous userons d'ailleurs souvent de ce dernier atout au cours des prochains chapitres de ce mémoire.


2.4.1.3. Justification du besoin inhérent de formalisation

      Si une méthodologie efficace de conception logicielle se doit en premier lieu de présenter un langage expressif et flexible, elle se caractérise également toujours par une grande puissance de ses méthodes d'analyse et de validation [Amyot, Bordeleau & al., 1995]. Ces méthodes d'analyse formelle, basées sur des fondations théoriques solides, se chargent alors de vérifier que le système possède bien les propriétés désirées. Les méthodes formelles en ingénierie logicielle vont même aujourd'hui jusqu'à proposer de fournir un fondement purement mathématique aux différents traitements de conception, transformation et validation logicielles, bien qu'un certain degré de non-formalisme soit essentiel dans les étapes préalables du processus de développement [Amyot, 94] .

      Dans l'industrie en particulier, les concepteurs utilisent régulièrement une importante variété de notations pour saisir les besoins et les solutions candidates. Ces notations, bien que partiellement informelles, sont très utiles en tant qu'outils pensants. Cependant, on ne peut pas passer de l'informel au formel par des moyens formels ; on ne peut aller automatiquement de ces diagrammes et esquisses informels à une spécification formelle complète. Il est en outre presque impossible de saisir correctement des besoins en utilisant, directement, des méthodes formelles. Des décisions de conception doivent être prises, et plusieurs étapes intermédiaires sont souvent demandées.

      Les méthodes formelles doivent ainsi éviter de proposer un remplacement de la totalité du processus de conception, mais leur intégration dans le processus de développement peut conduire à des solutions avec moins d'erreurs, et dans une plus courte période temporelle. En ce qui concerne notre propre domaine, à savoir les interfaces homme-machine, les spécifications formelles fournissent des modèles complets, non-ambigüs et cohérents [Palanque & Bastide, 1995] : preuves de propriétés sur la conception, elles valident le fonctionnement de l'application créée avant sa mise en oeuvre.

      En conséquence, la nécessité de telles spécifications formelles étant démontrées, nous aborderons la question suivante, avant d'établir en un second temps la spécification proprement dite de tous nos concepts auto-adaptables. De quelles manières, en effet, et selon quels procédés les plus adaptés à nos besoins pouvons-nous définir et spécifier formellement, de manière précise et efficace, chacun de nos divers scénarios auto-adaptables, voire plus spécifiquement chacune des nombreuses caractéristiques, actions et réactions envisageables pour l'utilisateur ?...

      Nous allons ainsi étudier en détail, et surtout aussi comparer, des outils de spécification formelle nommés respectivement Estelle, LOTOS, PRS, SDL et UML . Quant aux très nombreuses autres possibilités de formalismes existant à l'heure actuelle, l'étude bibliographique que nous avons associée à ces travaux a démontré, comme précisé en introduction, que les cinq outils présentés ci-dessus apparaissent de loin comme étant les plus impliqués dans le domaine des télécommunications qui nous intéresse.


2.4.2. Description des diverses caractéristiques qualitatives


2.4.2.1. Estelle

      Standard international de description formelle pour spécification de systèmes distribués, ce premier langage correspond plus précisément à une technique à base de machines étendues à états finis, communicantes et concurrentes.

      La spécification d'après Estelle peut être utilisée comme entrée pour les techniques de génération de tests de conformité, ces derniers atteignant alors une haute couverture de défauts [Amer, Sethi & al., 1994] . Langage expressif, bien défini et bien structuré, capable de spécifier de manière complète, consistente, concise et non-ambigüe, Estelle possède une sémantique formelle, mathématique et indépendante de l'implémentation. De plus, cet outil demeure une des deux Formal Description Techniques (FDT) de l'International Standard Organisation (ISO) pour la spécification de protocoles de communication informatique. Les besoins principaux pour des implémentations de protocoles, à savoir l'exactitude mais aussi l'efficacité, sont très bien comblés puisque les Formal Description Techniques sont conseillées pour assurer la conformité avec les besoins en exactitude. Avec leur syntaxe et sémantique formelles, elles proposent une description précise de systèmes et supportent la vérification d'aspects fonctionnels et non-fonctionnels [Thees & Gotzhein, 1998] . Enfin, il est encore intéressant de noter qu'Estelle opère la description du comportement par des clauses de transition (from, to, provided, when, priority, delay, any, etc). Il s'agit ainsi d'une méthode de spécification abordable, visuelle et rapide.


2.4.2.2. LOTOS

      Abréviation signifiant en anglais Language Of Temporal Ordering Specification, LOTOS est un standard international, mais défini comme un langage algébrique de spécification basé sur l'analyse formelle, le classement temporel et la validation du comportement observé.

      Plus précisément, la Technique de Description Formelle LOTOS se caractérise par la définition des relations temporelles relevées tout au long des interactions constituant le comportement extérieurement observable d'un système [Amyot, 1994] . Langage spécialement développé pour la description formelle des interfaces, des services et des protocoles, LOTOS vérifie constamment la bonne saisie des informations pertinentes vis-à-vis des besoins. Demeurant applicable aux systèmes distribués et concurrents en général, ce langage se charge aussi de la découverte et de la compréhension d'éventuels problèmes de concurrence, de non-déterminisme, de collision et d'ordonnancement des événements. Puissance de modélisation utilisée pour les systèmes temps-réel et la conception d'interfaces dédiées aux aspects comportementaux [Palanque & Bastide, 1995] , cette technique est, en outre, supportée par de nombreux outils en constante amélioration et particulièrement utiles pour la puissance d'analyse et de validation. Nous pouvons citer, pour exemples, ELUDO et LOLA (exécution pas-à-pas, tests d'analyse et de conception), LMC (vérification des propriétés), GOAL (contrôle de l'accessibilité des actions), mais aussi et encore SMILE, CAESAR, TOPO, CADP, etc.

      Finalement, depuis que LOTOS est un standard ISO, son domaine d'action ne cesse de s'étendre : partie matérielle (hardware) et téléphonie, mais également systèmes d'exploitation, embarqués comme temps-réel.


2.4.2.3. PRS

      Traduit de son côté par l'expression Procedural Reasoning System, PRS est un langage de contrôle et de supervision adapté aux robots autonomes afin de représenter et d'exécuter des procédures et des scénarios dans des environnements dynamiques [Ingrand, Chatila & al., 96] . Ainsi davantage dédié à la cybernétique proprement dite qu'aux divers domaines de l'interfaçage homme-machine, sa capacité à manipuler en temps réel des demandes rigoureuses et des tâches multiples amène toutefois PRS à construire et agir sur des scénarios conséquents, de même qu'à poursuivre des buts en étant constamment sensible au changement des modèles d'événements.


2.4.2.4. SDL

      SDL, qui se voit développé en Specification and Description Language, devient, lui aussi, un standard international largement utilisé dans l'industrie des télécommunications et est défini plus spécifiquement comme un langage de description des systèmes de communication. SDL s'attache à décrire un système en termes de processus interactifs, appartenant chacun à des machines étendues à états et échangeant des messages [Mellor, Tockey & al., 1998] . Plusieurs bénéfices significatifs en sont alors extraits, et notamment celui de la vérification précoce. Celle-ci correspond à l'utilisation de spécifications d'actions précises afin de toujours fournir une simulation basée sur une spécification et des preuves formelles d'exactitude, tôt dans le cycle de vie du logiciel. Les problèmes détectés tôt peuvent en effet être résolus avec beaucoup moins de travail supplémentaire que les autres, voire dirigés vers une réduction significative des coûts.


2.4.2.5. UML

      Langage de modélisation 'objet' né de la fusion des trois méthodes 'objet' les plus diffusées dans le monde (OMT, Booch et OOSE), UML (Unified Modeling Language) correspond à une notation en passe de devenir un standard mondial en matière de notation et de communication autour de l'objet [Divoux, 2001] .

      Langage standard de l'industrie, à la fois riche et puissant, UML permet entre-autres la conceptualisation et la visualisation d'un problème, la spécification d'un système logiciel complet et la construction aussi d'une implémentation ou d'une documentation. En simplifiant le traitement complexe d'une conception logicielle par établissement d'un plan détaillé de construction [Rational, 1997] , ce langage couvre en effet un large panel de résultats, depuis des cas d'utilisation et des scénarios jusqu'au comportement d'états et à la déclaration d'opérations [Mellor, Tockey & al., 1998] .

      D'ores-et-déjà supportée par de nombreux ateliers de génie logiciel, cette notation UML est composée de quatre diagrammes de structure et cinq diagrammes de comportement, vues partielles d'un modèle trop complexe pour être représenté en totalité. Nous retiendrons alors le diagramme de classe (premier diagramme de structure) qui propose avant tout le modèle central utilisé pour la génération du code. De son côté, le diagramme des cas d'utilisation, quant à lui premier diagramme de comportement, s'occupe de recenser les fonctionnalités du système étudié du point de vue de l'utilisateur, c'est-à-dire de regrouper toutes les actions que doit réaliser ce système pour aboutir à un résultat observable par l'utilisateur. Notons que le groupe d'actions ainsi défini rejoint directement notre notion primordiale de "scénario" explicitée auparavant.


2.4.3. Dégagement de la méthode de formalisation adéquate

      Afin de déterminer à présent quel langage de formalisation nous allons choisir pour l'établissement des spécifications d'actions inhérentes à nos fonctionnalités auto-adaptables, nous nous devons de lister ci-dessous les avantages que nous souhaitons voir apparaître au sein des méthodes que nous privilégierons. Ainsi, la méthode de formalisation attendue au niveau de nos systèmes intelligents se doit d'être, à la fois :

  • - théoriquement complète, correcte et robuste,
  • - relativement récente, normalisée et promise à un avenir évolutif,
  • - dédiée aux télécommunications et autres protocoles de communication,
  • - orientée vers l'interfaçage homme-machine et les agents intelligents communicants,
  • - tournée vers les aspects comportementaux des systèmes traités,
  • - capable de gérer le concept du "temps réel",
  • - efficace dans la traduction exhaustive de scénarios en formalismes,
  • - associée à des outils ou environnements de développement efficaces.

      Au vu des informations que nous avons rassemblées, nous optons pour le langage de spécification LOTOS (Language Of Temporal Ordering Specification). Face à ses concurrentes, cette méthode possède en effet la gestion la plus exhaustive et la plus précise de l'ensemble des "qualités" que se doit d'être capable de traiter la spécification formelle destinée à travailler sur nos scénarios d'assistance auto-adaptable de l'utilisateur. Nous en résumons d'ailleurs tout-de-suite les multiples avantages et caractéristiques avancées :

  • - standard international de description et d'analyse formelles,
  • - langage algébrique de spécification,
  • - interfaçage orienté services et protocoles,
  • - classement temporel et ordonnancement des événements,
  • - applicable aux systèmes distribués, concurrents et temps-réel,
  • - observation du comportement,
  • - vérification de la pertinence des informations et validation,
  • - nombreux outils pratiques et évolutifs.

      Bien évidemment, nous nous devons aussi d'expliciter les raisons qui nous amenées à privilégier le langage LOTOS par rapport aux quatre autres techniques de spécification formelle. Voici en conséquence, à venir, les différents points faibles qui nous sont apparus décisifs au sujet des méthodes non choisies :

  • - Estelle est ancienne, plus vraiment évolutive, non orientée vers l'interfaçage et ne présente plus d'outils disponibles depuis des années.
  • - PRS et UML ne sont pas dédiées aux télécommunications, ni davantage orientées vers l'interfaçage par ailleurs.
  • - SDL , enfin, ignore les aspects comportementaux indispensables à nos travaux.

2.4.4. Spécification formelle effective de nos actions auto - adaptables

      Par définition, une spécification formelle se charge de produire le modèle d'un système à un niveau d'abstraction donné. Cette modélisation peut ensuite être testée, validée, et même utilisée, pour une analyse de performance notamment [Saloña, Vives & Gómez, 1993] . De son côté, une spécification LOTOS se caractérise plus précisément par la description dynamique d'un système par ordonnancement "d'événements" ou "instances de communication". Autrement dit, une telle formalisation cherche à définir tous les ordonnancements d'événements possibles qu'un observateur extérieur peut percevoir.

      [Amyot, 1994] nous fournit alors un détail relativement complet des principaux concepts de spécification selon le langage LOTOS . En effet, si la description des systèmes s'effectue toujours sous LOTOS en terme de "processus", ce dernier y est vu comme une boîte noire, en interaction avec son "environnement" via une "entrée" visible appelée "porte" (les actions internes de tout processus LOTOS sont donc invisibles de l'environnement). L'élément de base de toute spécification est "l'action" qui représente une synchronisation entre des processus, entre un processus et son environnement, ou encore les deux (les actions en LOTOS sont également atomiques : arrivée instantanée, sans consommer de temps). Aussi, nous devons constamment garder à l'esprit que chaque "expression comportementale" est construite en combinant les actions avec des opérateurs, mais aussi éventuellement des instantiations d'autres processus.

      Nous aboutissons ainsi à la formalisation complète, en LOTOS donc, de l'ensemble de nos scénarios auto-adaptables. En nous référant à la Figure 2.3.4.2 , l'Annexe 2 nous fournit alors tous les détails de cette spécification. Nous constatons que cette dernière s'avère très justement, comme nous l'avons démontré auparavant, indispensable à tout travail de qualité en matière d'implémentation. Par conséquent, les multiples développements de cette spécification formelle nous a permis de mettre en place une appréciable rigueur concernant la conception de nos modèles auto-adaptables. Ceci établi, ils nous ont aussi et surtout fourni les capacités d'entériner nos différentes fonctionnalités de manière théorique, rationnelle et exhaustive.


2.5. Conclusion  : enseignements et perspectives

      Le langage formel LOTOS nous est apparu comme étant le plus évolutif et le plus adapté à la description, à la simulation et surtout à la validation de fonctionnalités auto-adaptables issues de la télécommunication et de l'interfaçage homme-machine. Les très nombreuses idées et, a fortiori, les multiples actions des divers scénarios auto-adaptables caractérisant notre Assistant Individuel de Télécommunication s'avèrent "bien pensées", bien agencées les unes par rapport aux autres et très complètes. Elles deviennent donc performantes, efficaces et implémentables.

      En ce sens, une importante réflexion et une progression forte de notre part ont permis d'échaffauder des bases solides et indispensables aux implémentations à venir au sujet de notre nouvel outil intelligent. Les enseignements pour la suite de nos recherches ont effectivement été riches et puissants, que ce soit au niveau des types et structures de données à mettre en oeuvre, en ce qui concernent les besoins en processus et autres procédures à concevoir, l'intégration des périphériques caractérisant les terminaux actuels, ou encore les paramètres d'interaction entre les différentes actions et phases auto-adaptables.

      D'autres points déterminants subsistent néanmoins dans la découverte et une traduction concrète de nos nombreuses idées en termes d'agents intelligents et de scénarios descriptifs ciblés, une nouvelle définition de l'auto-adaptation telle que nous souhaitons l'implémenter dans nos terminaux, le schéma architectural et relationnel de nos fonctionnalités auto-adaptables.

      Afin d'insister aussi sur l'indissociable contexte d'application qui domine ces constats, nous devons relever à ce niveau que l'avènement de nos recherches s'est de plus révélé jusqu'ici par l'approfondissement de la conception et la réalisation d'interfaces physiques, "matérielles" ou encore multi-médias. Ces travaux correspondent en effet à une définition technologique dite "des sens" [Sorin & Colaïtis, 1999] . Par suite, c'est une technologie plus orientée vers "le sens" en particulier que nous avons réussi à illustrer, ce grâce à l'élaboration et à la définition, au cours du second et présent chapitre, de processus "intelligents" d'interaction, d'innovation et de créativité. Cela s'est opéré au travers d'études de perception, du traitement précis de contenus, d'ingénierie avancée de la connaissance aussi et de procédé de raisonnement enfin.

      Par conséquent, si nous avons, en permanence, associé toute cette technologie aux utilisateurs "grand public", l'efficacité et l'intelligence de nos systèmes doivent également être améliorées par des capacités de réactions adéquates à des situations réelles et parfois même impossibles à décrire complètement lors de la conception de ces systèmes. Cela passe alors par la théorie et la mise en pratique de notre nouveau panel de procédés d'apprentissage automatique et de séquencement d'actions que nous aborderons en détails lors des deux derniers chapitres.

      C'est pourquoi, il s'agit pour nous de chercher à promouvoir, à valider et donc surtout à concrétiser au mieux les scénarios auto-adaptables et actions successives mis en avant jusqu'ici. Cependant, nous nous rendons bien compte que l'auto-adaptation que nous souhaitons, et principalement sa propriété automatique, discrète et non-insistante vis-à-vis de l'utilisateur, ne peuvent être implémentées que grâce à un modèle d'utilisateur implicite, robuste et efficace.

      Dans ce but, nous allons maintenant poursuivre nos travaux par la prise en considération du principal intéressé, du facteur primordial de nos recherches : l'homme, l'utilisateur lui-même. En effet, nous nous devons de définir et surtout exploiter un nouveau modèle dédié aux propres actions auto-adaptables de l'utilisateur dans le traitement des fonctionnalités caractérisant nos concepts d'assistanats intelligents. Nous découvrirons ainsi, entre-autres, les très intéressantes informations et données que pourront nous apporter une analyse et des observations résultant des manipulations successives de l'utilisateur, de même qu'une judicieuse prédiction couplée à une anticipation auto-adaptable d'actions en fonction de la classe comportementale de celui-ci.


Chapitre 3 : Modèle Auto - Adaptable de l' Utilisateur

L'interface doit être adaptable et évoluer,
pour tenir compte de la multiplicité des utilisateurs
et du fait que l'apprentissage est un processus dynamique.
Eric Bruillard [ Bruillard, 1997 ]

      En prolongeant cette remarquable pensée aux nombreuses ramifications, Eric Bruillard insiste sur cette nécessité d'évolution permanente de la part des interfaces en y associant une qualification au sujet de "l'auto-adaptation". Cette dernière approche pour lui de la capacité d'un système à découvrir automatiquement, par observation à partir et au travers d'une interface de communication, tous les choix particuliers d'un utilisateur quelconque [Bruillard, 1997] .

      Bien qu'à ceux-ci nous adjoindrons nos propres concepts de prédiction et d'anticipation, la transition avec les deux premiers chapitres se profile naturellement puisqu'à la problématique essentiellement technologique, nous devons également associer maintenant celle du domaine des 'Sciences Humaines'. Il s'agit de prendre en considération les informations, données et autres caractéristiques issues des diverses actions réalisées successivement par l'utilisateur, ce toujours en complète concordance avec ses états courants de comportement.

      Dans ce but, il faut intégrer une adaptation dynamique de l'interface aux comportements de nos utilisateurs, ainsi qu'à leurs environnements respectifs. En effet, indissociable des apports d'usage, d'acceptibilité et de convivialité des services d'assistanats rendus à l'utilisateur, les "Sciences Humaines" sont aujourd'hui perçues en priorité par la construction de représentations du comportement des utilisateurs pris en compte et l'appropriation des modalités de présentation et/ou de tâche que nous appelons encore, de nos jours, "ergonomie" [Sorin & Colaïtis, 1999] .

      C'est pourquoi, en plus des méthodes de représentation des connaissances internes à l'interface et ses mécanismes de raisonnement, et afin aussi d'identifier au mieux les besoins de l'utilisateur en matière de télécommunication, nous allons apprendre les opérations routinières de celui-ci, sans oublier la prédiction ou l'anticipation active de ce que l'utilisateur va commander et vouloir réaliser. Dans ce cadre, nous serons amenés à établir et à étudier son profil évolutif du comportement et, par extension, différents algorithmes d'extraction des connaissances à partir des données obtenues alors précisément sur le comportement de l'utilisateur.

      Tout ceci exposé, nous nous sommes en outre plus particulièrement intéressés à trois aspects principaux, bien complémentaires. Ceux-ci sont, successivement, la représentation de connaissances factuelles au niveau de l'utilisation globale d'un terminal de communication, la construction proprement dite d'un modèle d'utilisateur, ainsi que la modélisation de mécanismes de raisonnement à partir des diverses données recueillies du comportement de chaque utilisateur.

      Par ailleurs, si nos agents intelligents sont à terme incorporés dans un ou davantage de systèmes multi-agents, nos procédés d'apprentissage automatique, quant à eux, doivent aussi pouvoir s'avérer adéquats, tels que les séquencements d'actions. L'élaboration, au cours de ce troisième chapitre, de modèles d'utilisateur prenant en compte un maximum des caractéristiques individuelles et "intelligentes" de chaque utilisateur va alors nous permettre de rendre notre outil informatique aussi auto-adaptable et complet que possible. Nous aboutissons ainsi à la mise en oeuvre de nos notions initiales d'aide et d'assistance continue à l'utilisateur. De plus, ajoutés à de nouvelles personnalisations et individualisations des différentes fonctionnalités de l'interfaçage de chaque terminal appréhendé, nous obtenons enfin des substitutions et allègements permanents des multiples actions effectuées de manière courante.

      D'un autre point de vue, si la terminologie d'interface intelligente présente a priori un concept de travail provenant avant tout du domaine de l'Intelligence Artificielle, nous souhaitons également nous atteler aux mécanismes plus psychologiques et comportementaux, à travers des modèles d'utilisateur essentiels à un fonctionnement crédible de notre interface auto-adaptable.

      En conséquence, si nos recherches se résument à la tentative constante de simplification automatique de la vie de l'utilisateur et de la réduction aussi de l'effort cognitif fourni par celui-ci devant un terminal de communication, nous devons impérativement nous poser la question à suivre. De quelles manières et selon quels procédés pouvons-nous exhaustivement définir chacun de nos utilisateurs, chacune de leurs caractéristiques, actions et réactions ? Ceci sans perdre également de vue qu'elles devront s'avérer "auto-analysables" et apprises automatiquement, afin d'être par la suite activement prévisibles et anticipées.

      C'est donc dans cette optique que nous souhaitons maintenant définir un entier concept de modélisation auto-adaptable de l'utilisateur, destiné à compléter notre intégration de la notion d'intelligence dans une interface évolutive pour les terminaux de communication "grand public". Après avoir alors exploré différentes techniques de conception et d'implémentation des modèles d'utilisateurs déjà existants, nous aborderons plusieurs domaines, et agents significatifs, de la représentation mentale et contextuelle de l'utilisateur d'aujourd'hui. Puis, nous prolongerons nos travaux de recherche par une définition qualitative d'un modèle auto-adaptable de l'utilisateur, suivie de l'étude d'une méthode appropriée d'analyse des comportements et de la conception d'un prototype 'd'Interview Comportementale'.


3.1. Théorie des procédés actuels dédiés à l' utilisateur


3.1.1. Introduction

      Contrairement à la détection ou la reconnaissance des personnes par des méthodes dites biométriques (visages, empreintes digitales, signature vocale, géométrie de main, iris, dynamique de la signature, etc) et donc grâce aux caractéristiques physiques de chaque utilisateur, le modèle auto-adaptable d'utilisateur s'attache plutôt à étudier le côté "mental" et "comportemental" de ce dernier. De plus, ce système s'avère plus complexe à concevoir puisque notamment plus changeant et modulant au cours du temps que les qualités purement physiques de nos utilisateurs.

      Nos travaux nécessitent par conséquent un prototypage, une évaluation et une précision considérables avant de capturer tous les aspects de l'utilisateur avec suffisamment d'efficacité [Benyon & Murray, 93-1]. En outre, certains critères d'acceptation par les utilisateurs sont à prendre en considération, comme le fonctionnement "sans heurts" du matériel ou l'absence de sources d'inconfort dues par exemple à d'éventuelles difficultés d'utilisation. C'est pourquoi, il nous apparaît indispensable, en premier lieu, d'aborder et d'étudier plus avant différentes méthodes d'élaboration et d'implémentation d'un tel modèle, de même que plusieurs procédés possibles de représentation du raisonnement et des réactions d'un utilisateur face à la machine.


3.1.2. Définition d' un modèle de connaissances de l' utilisateur

      Le modèle des connaissances d'un utilisateur peut être défini par une structure de données caractérisant, pour l'ensemble du système considéré et mis en place, l'état de toutes les connaissances de cet utilisateur. Cette mise en oeuvre est aujourd'hui indispensable pour réaliser des agents et autres tuteurs artificiels ou "intelligents" suffisamment adaptatifs [Bruillard, 1997] .

      Il s'agit d'une définition à différencier du cas de l'Enseignement Assisté par Ordinateur correspondant plus particulièrement à l'ensemble des tactiques de parcours prédéterminées, puis associées aux réponses correctes ou erronées de l'élève. En effet, ce principe permet de mesurer l'écart qui se situe entre les connaissances (supposées) de l'apprenant et les "connaissances-cibles" (enjeu de l'apprentissage) telles qu'elles sont représentées dans le système utilisé. Nous notons en outre que nos modèles de connaissances doivent se construire de manière dynamique et incrémentale, en s'appuyant fortement sur le comportement observable de l'utilisateur.

      De ce nouvel objectif apparaissent alors trois problèmes, bien reliés entre eux puisque nous constatons en effet ci-dessous que la solution adoptée pour l'un conditionne de manière très importante la façon de traiter les deux autres. Ces nouvelles difficultés sont :

  • - le choix d'une représentation efficace pour enregistrer les données sur l'utilisateur (constitution de son modèle de connaissances attitré),
  • - la mise en place ensuite de mécanismes pour initialiser et mettre à jour ce modèle tout au long de l'interaction avec le système,
  • - l'implantation finalement d'un processus d'interprétation de ce modèle afin d'orienter les procédures de décision liées à nos futures stratégies d'auto-adaptation.

      Pour réussir à apporter un maximum de solutions adéquates à ces trois obstacles, nous allons nous focaliser sur le sujet de la description du comportement de chacun de nos utilisateurs potentiels dans la réalisation de ses propres tâches. Puis, nous chercherons à établir, à partir de ces comportements analysés, des états cognitifs correspondants, complets, fidèles et exploitables pour l'ensemble de nos modèles auto-adaptables.


3.1.3. Techniques de conception des modèles d' utilisateurs

      Liés aux états de l'art développés dans le contexte des interfaces dites "intelligentes", les modèles de l'utilisateur demeurent, sans exception, des systèmes ayant été mis en oeuvre très récemment. En effet, si la caractéristique essentielle d'un produit destiné au "grand public" est de convenir à une grande diversité de personnes (clients plus ou moins âgés, habitués ou pas du domaine, utilisateurs ou non des systèmes automatiques actuels de vente, etc), elle se retrouve aussi dans des contextes d'utilisation très variés (heure de pointe versus période calme, voyage fréquent ou exceptionnel, acheter un titre de transport ou seulement s'informer, etc). Les outils de modélisation du comportement des usagers sont longtemps restés, pour d'évidentes raisons de capacités matérielles insuffisantes, techniquement impossibles à concevoir [Bernard, 1998] . C'est pourquoi, dans le cas notamment de systèmes d'aide adaptatifs et d'assistance automatique, de nombreuses approches dédiées à l'utilisateur reviennent en force et sont envisagées par le biais d'études détaillées du comportement de chaque type de client dans chaque contexte d'utilisation.

      Fonder un modèle de l'utilisateur sous-jacent à un système auto-adaptable relève alors d'un placement de tous les utilisateurs potentiels sur un axe allant d'une absence complète de connaissance à une pratique experte de celle-ci. Si une telle approche tient compte de l'utilisateur et de toutes ses interactions avec le système considéré, le niveau de connaissance mis en jeu dépend aussi essentiellement de la fréquence de ces utilisations. Il est donc possible de repérer expérimentalement l'évolution, dans le temps comme dans la durée, de ce facteur. Cette manière de procéder n'est en outre pas exclusive et peut toujours être complétée par d'autres dimensions issues d'études empiriques supplémentaires ou futures.

      L'assistanat auto-adaptable, tel que nous le percevons à présent, s'appuie ainsi sur un modèle de l'utilisateur composé, par définition, des trois assertions à suivre [Bernard, 1998] :

  • - les utilisateurs sont censés avoir d'autant plus besoin d'aide qu'ils sont peu expérimentés,
  • - les utilisateurs sont censés prendre d'autant plus aisément l'initiative dans le dialogue interactif qu'ils sont plus expérimentés,
  • - les utilisateurs sont censés agir d'autant plus rapidement qu'ils sont plus expérimentés.

      Par ailleurs, l'efficacité de l'architecture du système de modélisation d'un utilisateur est également une contrainte primordiale à respecter [Ardissono & Torasso, 2000] . Nous ne pouvons raisonnablement allouer, pour la révision dynamique d'un tel modèle de l'utilisateur, qu'un temps minime. Dans le cas contraire, la perception explicite d'un tel système serait extrêmement gênante au niveau de l'utilisateur.

      D'un autre point de vue, nous devons penser à subdiviser le processus en deux étapes distinctes, la surveillance de l'utilisateur et la traduction de ses comportements, ne serait-ce que dans le but d'alléger et d'accélérer les temps de calcul en machine. Cela dit, nous reviendrons encore largement sur ce point essentiel du fractionnement des tâches à réaliser par l'ordinateur en matière de traitement des séquences d'actions effectuées par nos utilisateurs. De nouvelles distributions du travail intrinsèque de nos logiciels seront ainsi, entre-autres, destinées à améliorer l'efficacité et les capacités de nos terminaux et applications intelligentes de communication.

      Enfin, il ne nous reste plus qu'à constater l'importante progression, théorique comme technique, qui s'est opérée depuis quelques années dans le cadre des modèles de l'utilisateur. Dans le secteur des "systèmes-experts" par exemple, considérés comme les précurseurs ou les premières structures indépendantes ayant fait preuve d'une certaine "intelligence artificielle", seulement quatre types d'utilisateurs, discrets, stricts, séquentiels et surtout non évolutifs, pouvaient effectivement être pris en considération [Harrington, Banks & Santos, 1996] : l'utilisateur de l'application, l'expert attaché à l'application, l'ingénieur chargé de la connaissance et, en définitive, l'indispensable informaticien (cf. 1.2.4.2 pour davantage de précisions).

      Maintenant, nous ne pouvons plus imaginer autres modèles-utilisateurs que ceux traitant les actions de ces derniers de manière dynamique, incrémentale, ... auto-adaptable en somme.


3.1.4. Capacités des agents de représentation contextuelle de l' utilisateur

      En nous appuyant sur les états de l'art introduits, nous pouvons à présent traiter de la véritable nature, du rôle exact et significatif de tout "générateur de profils d'utilisateurs" qui s'emploie à correspondre plus précisément à un système d'observation et de représentation de l'interaction courante et passée de l'utilisateur avec une application donnée. La prise en compte de toutes les actions et réactions directes de l'utilisateur, dans le but de mettre à jour son état et de mieux répondre ensuite à ses intérêts, nous permettent d'assister à ce niveau à l'avènement d'une intéressante prédilection pour diverses et récentes méthodes d'Intelligence Artificielle. Les apprentissages distribués et les mécanismes de représentation sous la forme de systèmes multi-agents évolutifs génèrent et maintiennent des caractérisations d'utilisateurs, ou des agents de découverte et de filtrage de l'information [Moukas, 1997] .

      Le comportement de chaque utilisateur est alors surveillé discrètement, implicitement, grâce à la mise en oeuvre d'une structure efficace destinée au traitement dynamique des modèles d'utilisateurs, à l'image des architectures que nous avons étudiées précédemment. Les actions exécutées par l'utilisateur et ainsi mémorisées se doivent ensuite d'être récapitulées (notamment dans des bases de données avancées), analysées et utilisées pour mettre à jour le modèle de chaque utilisateur, modèles qui vont eux-mêmes induire des prises de décisions auto-adaptables. Nous nous concentrons par conséquent sur le secteur des caractéristiques de l'utilisateur qui décrit tous ses besoins et définit ses multiples intérêts, comme son style d'interaction ou encore son niveau d'expertise.

      De telles caractéristiques de l'utilisateur incluent obligatoirement la 'réceptivité' de celui-ci en décrivant sa disposition face à l'acquisition et à la maîtrise des grandes quantités de données qui lui sont constamment proposées [Ardissono & Torasso, 2000] . Il est d'ailleurs à relever que certains utilisateurs deviennent confus s'ils sont exposés à beaucoup d'informations, et il faut donc être préparé à ce que l'interaction de la machine avec ces personnes demande à être améliorée en contraignant notamment le contenu de l'interface mise en place. De l'autre côté, des utilisateurs très réceptifs peuvent au contraire apprécier des écrans contenant toutes sortes d'informations en grand nombre. Cependant, la réceptivité de l'utilisateur peut aussi faiblir au cours de son travail, principalement en raison de facteurs de fatigue... Par conséquent, même un utilisateur très ouvert, après une longue interaction, peut apprécier et vouloir bénéficier d'interfaces synthétiques.

      En second lieu, les intérêts extraits des manipulations successives de l'utilisateur vont être amenés à décrire ses différentes attitudes face à toute information technique, esthétique ou fonctionnelle issue des caractéristiques principales de notre interface. Ce type d'informations peut servir de base pour classifier les préférences de l'utilisateur. En effet, des données comme la taille et la couleur d'icônes sont susceptibles d'être classifiées en caractéristiques esthétiques, alors que les 'équipements' offerts par l'interface (par exemple, des barres d'outils proposant diverses commandes pratiques) peuvent être reliés aux aspects fonctionnels.

      Finalement, un ensemble de caractéristiques d'expertise peut aussi servir à représenter la connaissance de l'utilisateur à disposer des principales bases, classes et fonctionnalités mises en avant par notre interface. Plusieurs caractéristiques d'expertise différentes peuvent même être maintenues pour chaque notion ou catégorie principale d'une entité automatique spécifique. Une première conclusion à cette partie nous ayant permis et amené à nous immiscer dans ce monde nouveau de la modélisation des utilisateurs, [Savidis, Akoumianakis & Stephanidis, 1997] nous rappelle que les capacités propres aux interfaces intelligentes se destinant à un utilisateur "grand public" entraînent, non seulement, une auto-adaptation aux besoins individuels de cet utilisateur, mais aussi et surtout une individualisation et une personnalisation automatiques à l'exécution. Ces dernières propriétés se laissent alors conduire par des paramètres orientés "utilisateur", tels que des compétences, des besoins ou encore des préférences. Mais ne perdons pas de vue ici que nous avons aussi déjà découvert auparavant que les interfaces intelligentes sont particulièrement appropriées à la construction d'interactions pouvant être façonnées, de manière autonome et automatique, à l'intention des utilisateurs individuels.

      C'est ainsi, sur les bases d'un modèle architectural compréhensif envers chacun de nos utilisateurs, de même que pleinement dédié à une interaction auto-adaptable avec ceux-ci, que nous allons poursuivre nos recherches par l'identification des principaux besoins fonctionnels et communicatifs de chaque personne.


3.1.5. Récapitulatif des principaux enseignements établis

      La modélisation de l'utilisateur, c'est-à-dire une réelle spécification de l'utilisateur ou la considération de l'utilisateur comme une entité instable que le système essaie de maîtriser, paraît vraiment essentielle pour parvenir à un dialogue auto-adaptable [Stémart, 1997] . Il faudra parfois aller jusqu'à tenir compte d'une évolution éventuelle de l'interface toute entière en fonction du niveau de compétence de l'utilisateur courant. En outre, on s'accorde aujourd'hui à accepter que le développement de systèmes adaptatifs nécessite, dans le but d'obtenir des données pour le modèle de l'utilisateur, à la fois une interrogation explicite des usagers et la gestion d'inférences implicites émanant de l'interaction [Benyon & Murray, 1993-2] .

      Il faut cependant, en accord avec notre concept d'auto-adaptation, tirer un avantage maximum de l'information que l'utilisateur fournit librement, c'est-à-dire sans avoir recours à une interaction séparée, de même que du temps de réflexion de cet utilisateur, en notant par ailleurs que l'attention de l'utilisateur peut être irrégulière dans le temps [Lieberman, 1997]. Les méthodes "traditionnelles" de génération des profils d'utilisateurs, à l'image des interviews d'utilisateurs ou des stéréotypes (modèles de groupes d'utilisateurs), restent caractérisées par un coût très important en temps. Le refus parfois des utilisateurs à identifier convenablement les catégories de leurs intérêts entraîne un coût très élevé de la maintenance des différents systèmes [Moukas, 1997]. Par conséquent, nous devons opérer l'acquisition de notre modèle auto-adaptable d'utilisateur à partir d'interviews seulement occasionnelles de l'utilisateur, en leur préférant un système plus élaboré de règles (description, souvent simple et sans détours, des entrées dans le modèle de l'utilisateur pouvant notamment être la conséquence d'actions observées à propos de l'utilisateur) et des procédures d'inférence à base d'hypothèses implicites [Pohl, 1996].

      Sans perdre également de vue que nous pouvons même pousser notre étude jusqu'à une mesure de la productivité (ou efficacité) de l'utilisateur à l'intérieur d'une interface concrète, mesure pouvant être notamment basée sur l'émulation d'une situation de stress graduellement renforcée par une réaction d'apprentissage négative [Gavrilova & Voinov, 1997] !...

      De tels modèles ou représentations de l'utilisateur s'avèrent ainsi intéressants pour une interface intelligente de qualité. Nous allons alors maintenant chercher à déterminer comment nous pouvons nous appuyer sur les divers procédés présentés jusqu'ici, et dans quelles directions ceux-ci peuvent nous emporter vers de nouvelles améliorations auto-adaptables.


3.2. Définition ' intelligente ' d' un nouveau ' modèle d' utilisateur '


3.2.1. Description des caractéristiques qualitatives

      Aussi intelligente que devienne l'interface, il y aura toujours des situations où l'utilisateur comprendra mieux les problèmes que l'interface elle-même, et sera par conséquent la meilleure personne pour effectuer des adaptations à l'interface [Lennard & Parkes, 1997]. De plus, le développement de systèmes adaptatifs nécessitent la prise en compte de l'importante variété des utilisateurs [Benyon & Murray, 1993-2] susceptibles de faire appel à notre interface intelligente auto-adaptable.

      En rejoignant la problématique globale de notre sujet de travail, ces citations résument toute la difficulté pour nous de définir précisément un modèle auto-adaptable d'utilisateur. Nous devons palier au maximum à ce "fossé" entre l'utilisateur et sa machine, afin d'apporter des innovations supplémentaires au niveau des modélisations d'utilisateur existantes. Pour cela, nous nous plaçons au coeur des importants domaines du "grand public" et de l'ouverture des terminaux de communication vers le monde, notamment à travers la téléphonie avancée ou l'avènement du réseau Internet. [Lennard & Parkes, 1997] insiste encore en nous proposant de nous demander quels utilisateurs sont préparés à posséder un ordinateur analysant tous leurs mouvements, jusqu'à leur efficacité à utiliser les différentes applications disponibles. La réflexion sur cette remarque nous apporte une nouvelle confirmation de l'intéressante direction dans laquelle nous nous engageons. L'auto-adaptation que nous souhaitons implémenter dans notre interface intelligente se doit ainsi d'être principalement discrète et non-insistante vis-à-vis de l'utilisateur.

      Toutefois, il apparaît comme acquis que notre système informatique doit en permanence pouvoir être employé par tous les utilisateurs et à différents niveaux d'expertise [Rhee, Kim & al., 1997] puisque la diversité (de conception notamment) reste une des caractéristiques essentielles en interaction homme-machine [Benyon, 1998] . Il n'est donc pas moins nécessaire d'amorcer notre étude en précisant qu'un "modèle d'utilisateur" peut se définir comme un prérequis à toute interaction intelligente et personnalisée entre les ordinateurs et leurs utilisateurs [Pohl, 1996].

      Nous pouvons alors décrire l'ensemble des caractéristiques ou énumérer les nombreuses "qualités" qui sont susceptibles de nous aider à distinguer, et par là-même à spécifier, chacun de nos utilisateurs lors de tout travail avec notre interface auto-adaptable :

  • - connaissances, niveau social et culturel, états d'esprit [Benyon, 1998]
  • - travail (vitesse, efficacité, précision, spécificité) [Benyon, 1998]
  • - environnement (hautement encadré, isolé, confortable, hostile) [Benyon, 1998]
  • - expériences et fréquence d'utilisation des ordinateurs [Benyon & Murray, 1993-2]
  • - domaine d'action et niveau de détail souhaités [Benyon & Murray, 1993-2]
  • - expérience du Web, connaissances, formation [Brusilovsky & Schwarz, 1997]
  • - touristes, citadins, employés, personnes agées, aveugles ou handicapées
    (variété d'utilisateurs aux besoins différents) [Fink, Kobsa & Schreck, 1997]
  • - préférences, buts, humeurs et attitudes [Garrido, Brena & Sycara, 1996]
  • - facteurs démographiques (âge, sexe, première langue, lieu de naissance,
    particularités sociales et culturelles) [Gavrilova & Voinov, 1997]
  • - facteurs professionnels (position, expérience professionnelle,
    compétences en informatique, éducation) [Gavrilova & Voinov, 1997]
  • - facteurs physiologiques (réaction, maniabilité, attention) [Gavrilova & Voinov, 1997]  :
    • * perception (globale, périphérique et spatiale),
    • * mémoire (opérative, iconique, à long terme),
    • * moteurs dynamiques (temps et orientation de réponse, performance senso-moteur),
    • * neurophysiologie (assymétrie fonctionnelle cérébrale),
    • * fonctions cognitives (estimation de vitesse et de distance, tolérance réactive
    • au stress à long-terme, intelligence numérique, poursuite),
    • * attention (environnement monotone, focalisation, vigilance).
  • - facteurs psychologiques [Gavrilova & Voinov, 1997]  :
    • * couche communicative (perception, compréhension, clarté, disponibilité, habileté),
    • * couche cognitive (style personnel cognitif, mentalité logique et déductive).
  • - intérêts et habitudes de l'utilisateur [Moukas, 1997]
  • - forces, faiblesses, préférences et niveau de compétences [Murphy & McTear, 1997]
  • - buts, plans, croyances, préférences de l'utilisateur [Pohl, 1996]
  • - croyances, intentions, objectifs et connaissances [Quaresma & Lopes, 1997]
  • - capacités individuelles, exigences et préférences [Stephanidis, 1997]
  • - motivation, émotions et humeurs de l'utilisateur [Vassileva, 1997]

3.2.2. Dégagement de la définition initiale de notre modèle

      En conséquence à nos recueils d'informations construits jusqu'ici, nous conservons et travaillerons plus avant avec des données que nous avons surtout cherché à rendre synthétiques, orientées vers la pratique et les implémentations futures. Notons également qu'en matière de télécommunication, la partie appelée doit immédiatement pouvoir obtenir des informations sur l'identité et les intentions de l'appelant, et ne pas négliger les caractéristiques des précédentes communications associées à cet appelant [Nangle, Cunningham & Evans, 1998] . Nous aboutissons à la Définition 3.2.2 ci-dessous faisant suite à de maintes réflexions dans le but principal de créer un "Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur" à la fois ergonomique, efficace et exhaustif.

Définition33.2.2 : Définition initiale de notre "Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur" chargée d'établir les caractéristiques remarquables d'un utilisateur en communication avec une machine

  • - Identité ( nom, prénom, surnom, sexe, âge, handicaps, origines, langue principale, éducation, croyances )
  • - Caractère ( forces, faiblesses, attitudes, humeurs, réactivité au stress, habitudes, préférences )
  • - Profession ( fonction, position, habilitations, cadre de travail, formation, connaissances, expérience, compétence en informatique, fréquence d'utilisation des ordinateurs et d'Internet )
  • - Motivation ( objectifs, intentions, besoins, exigences, intérêts, domaine d'action, contexte, niveau de détail, précision )
  • - Interaction ( perception, compréhension, disponibilité, clarté du dialogue )
  • - Cognition ( style mental de réflexion, compétence logique, capacité déductive, attention, vitesse de travail, habileté, efficacité )

3.2.3. Mise en oeuvre envisagée


3.2.3.1. Schéma global de fonctionnement

      A ce niveau, toutes nos précédentes investigations nous permettent d'aboutir à une première proposition de personnalisation et d'humanisation des terminaux de communication "grand public" d'ALCATEL. La Figure 3.2.3.1 présente alors le schéma global de fonctionnement du modèle d'utilisateur tel que nous le percevons.

      

Figure193.2.3.1 : Schéma global de fonctionnement de notre modèle d'utilisateur

      Concept comportemental, notre Modèle de l'Utilisateur est ainsi destiné à établir un profil évolutif des agissements d'un utilisateur donné. Il demeure conforme aussi à l'ensemble de nos souhaits "d'Auto-Adaptation", grâce notamment à la prise en compte des caractéristiques individuelles et "intelligentes" de chaque utilisateur ainsi qu'aux propres évolutions respectives de chacun d'eux. A nous de spécifier maintenant la puissance de raisonnement, la faisabilité, la rapidité et la facilité de mise en oeuvre d'un tel système. Nous relèverons en conséquence que ce dernier possède d'indéniables avantages quant à l'ensemble de ces quatre qualités.


3.2.3.2. Analyse du système mis en avant et nouvelle définition qualitative

      Grâce à un tel modèle auto-adaptable de l'utilisateur, nous parvenons à mieux cerner les différentes façons d'agir de l'utilisateur, non seulement en matière de télécommunication, mais aussi en matière de communication en général. De plus, nous appréhendons aussi plus justement les réactions prévisibles ou non d'un utilisateur "grand public" face à une machine informatisée.

      Nous entrevoyons alors deux problèmes majeurs concernant la personnalisation de toute interface : la distinction de différentes classes d'utilisateurs et de l'observation des actions de chacun en vue d'une tentative d'automatisation. L'apprentissage et l'approfondissement de la notion de modèle d'utilisateur passe en effet aujourd'hui, non seulement par l'établissement du savoir, des connaissances, de ce que sait ou connaît la personne qui utilise notre interface, mais également par la gestion de l'évolution de ce savoir [Gavrilova & Voinov, 1997]. Le schéma de fonctionnement de notre modèle auto-adaptable insiste justement sur la distinction qu'il existe entre les "qualités" définies par interrogation de l'utilisateur et celles spécifiées par observation de ses différentes actions et réactions. Nous obtenons alors une seconde définition ou plutôt une mise-à-jour plus évoluée et fonctionnelle de l'énumération exhaustive précédemment détaillée, indispensable au répertoriage de chacun de nos utilisateurs respectifs ( Définition 3.2.3.2 à venir).

      D'un autre côté, nous remarquons encore qu'au modèle de l'utilisateur s'ajoute parfois la conception d'un procédé tout aussi primordial nommé "modèle du domaine" [Benyon, 1996]. Ce dernier est chargé de mettre à disposition de notre système auto-adaptable le profil, également en constante évolution, de la situation, du contexte et des circonstances d'actions de l'utilisateur. De plus, ce modèle du domaine est entièrement pris en compte par notre modèle auto-adaptable, ce à travers l'application partielle de deux des caractéristiques de notre précédente définition, à savoir la profession (cadre de travail) et la motivation (domaine d'action, contexte).

      L'interview préalable et l'obtention "en direct" d'informations concernant l'utilisateur courant se doivent alors d'être aussi succinctes et implicites ou automatiques que possible (c'est du reste pour cela que nous l'avons spécifiée auparavant comme étant "minimale"). Il nous faut effectivement éviter de demander trop de perspicacité et d'efforts à l'utilisateur par des requêtes trop fréquentes, longues et fastidieuses. En conséquence, notre outil auto-adaptable se doit de rester toujours très discret, en évitant de submerger son utilisateur : c'est l'image que nous nous faisons par ailleurs d'un tel système intelligent, à savoir celle d'un assistant personnalisé regardant en permanence par-dessus l'épaule de son utilisateur [Akoulchina & Ganascia, 1997].

      Nous rejoignons alors ici le coeur-même de notre interface auto-adaptable par la prise en compte et la gestion complète du dialogue entre l'utilisateur et son interface homme-machine individualisée.

Définition43.2.3.2 : Nouvelle définition plus fonctionnelle des différentes qualités remarquables d'un utilisateur en interaction avec une machine

  • Interview directe de l'utilisateur :
    • - Identité ( nom, prénom, surnom, sexe, âge, handicaps, origines, langue principale, éducation, croyances )
    • - Profession ( fonction, position, habilitations, cadre de travail, formation, connaissances, expérience, compétence en informatique, fréquence d'utilisation des ordinateurs et d'Internet )
    • - Motivation ( objectifs, intentions, besoins, exigences, intérêts, domaine d'action, contexte, niveau de détail, précision )
  • Observation évolutive du comportement :
    • - Caractère ( forces, faiblesses, attitudes, humeurs, réactivité au stress, habitudes, préférences )
    • - Interaction ( perception, compréhension, disponibilité, clarté du dialogue)
    • - Cognition ( style mental de réflexion, attention, compétence logique, capacité déductive, vitesse de travail, habileté, efficacité )

3.3. Méthode d' analyse des comportements au sein d' ALCATEL


3.3.1. Définition du concept

      A la recherche d'une modélisation capable d'entraîner une implémentation judicieuse des caractéristiques d'utilisateurs susceptibles de manipuler les terminaux de communication "grand public" d'ALCATEL , nous avons découvert que la société faisait déjà appel, depuis quelques années, à une méthode d'analyse des comportements [Julhiet, 1993]. De plus, il apparaît à présent que, concernant les 4 concepts à dominante comportementale qui composent les 6 "qualités" fonctionnelles nous permettant de spécifier et d'étudier nos utilisateurs (à savoir précisément le "Caractère", "l'Interaction", mais aussi la "Motivation" et la "Cognition"), cette méthode d'ALCATEL s'avère très intéressante et complète.

      En effet, cette caractérisation du profil de chacune des personnes de l'entreprise permet de "classer" ces dernières en fonction de leur propre comportement dans les différentes et quotidiennes relations inter-personnelles. Cette méthode d'analyse du comportement individuel, répertoriée sous le terme de Persona du nom du séminaire pendant lequel elle est enseignée, s'attache à distinguer 2 critères pour "classifier" l'ensemble du personnel d'une entreprise :

  • - la personne étudiée est-elle introvertie ou extravertie, réservée ou expansive ?
  • - la personne étudiée est-elle dominante ou dominée, ascendante ou consentante ?

      Pour chacun de ces critères, une échelle a été établie pour éviter que nous ne travaillions qu'avec 2 valeurs distinctes. La combinaison des 2 critères définis ci-dessus fournit 4 "profils comportementaux" (intitulés plus précisément Dominant ou Ascendant, Dominé ou Consentant, Extraverti ou Expansif, et Introverti ou Réservé). Ces comportements sont également attribuables à des catégories ou "styles sociaux" d'utilisateurs bien distincts (eux-mêmes respectivement nommés Promouvant, Facilitant, Contrôlant et Analysant) et dont les différentes interactions sont décrites en détail par le schéma à venir ( Figure 3.3.1 ). Il convient de noter alors tout de suite que les tendances Dominant et Ascendant correspondent au fait "de dire" ou "d'affirmer", comme les adjectifs Dominé et Consentant se traduisent par les actions "de demander" et "de suggérer". Quant aux différents termes associés à l'axe vertical du schéma, ils se chargent de définir concrètement une certaine "émotivité" de l'utilisateur étudié.

      En conclusion, la méthode affirme, visiblement avec raison, qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais profil, mais qu'il est utile pour optimiser les relations inter-personnelles de connaître son profil comportemental ainsi que celui de ses différents interlocuteurs.

      

Figure203.3.1 : Schéma général des interactions entre comportements individuels et catégories d'utilisateurs proposées par la méthode 'Persona'


3.3.2. Adaptation à l' interfaçage intelligent " grand public "

      Nous constatons, en découvrant Persona de manière plus approfondie, que les principes et autres concepts d'étude avancés par cette méthode d'analyse des comportements individuels s'avèrent, certes, complètes et instructives, mais beaucoup trop touffues, voire de compréhension difficile et trop délicate, pour les utilisateurs "grand public" que nous visons.

      Par conséquent, à nous de tenter maintenant, devant l'intérêt indéniable de ce procédé de spécification des motivations et du caractère, ainsi que des capacités de communication et de raisonnement de nos utilisateurs, d'adapter Persona à nos besoins concernant l'interface auto-adaptable envisagée pour nos terminaux. Nous nous proposons de conserver et, par suite, de faire appel aux différentes distinctions et caractéristiques à venir. Notons à ce sujet que, si celles-ci correspondent à d'importantes synthèses émanant de la méthode d'analyse initialement établie, elles sont toujours entièrement capables de cerner, ou de très précisément spécifier, l'ensemble des "qualités" humaines régissant notre présent Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur.

      En ce sens, nous retenons dans un premier temps les caractéristiques pouvant qualifier nos utilisateurs dans un contexte déjà particulier et complexe, à savoir celui de leurs interactions avec l'interface homme-machine d'un terminal de communication d'ALCATEL ( Figure 3.3.2.1 ).

      

Figure213.3.2.1 : Caractéristiques générales de la méthode 'Persona' adaptée dans un premier temps à l'interfaçage homme-machine

      En second lieu, si nous conservons comme but l'adaptation de notre nouvelle méthode au fait que les utilisateurs visés seront qualifiés de "grand public", la présente analyse de leurs comportements respectifs doit être généralisée, ce au niveau notamment des caractéristiques des différents "styles sociaux". De plus, il nous apparaît aussi quelque peu subjectif, dénué de considérations pratiques, voire même dangereux au point de pouvoir entraîner une catégorisation des utilisateurs loin d'être réellement efficace, le fait que l'axe vertical du schéma général de cette méthode Persona traite de "l'émotivité". C'est en effet une notion encore trop difficilement perceptible de nos jours quant aux réactions de l'utilisateur devant la machine : durée de travail ou rapidité de réponse à une interrogation posée par la machine ne saurait correctement caractériser nos différents utilisateurs. Beaucoup trop de facteurs peuvent en être la cause, tous plus compréhensibles et légitimes les uns que les autres.

      C'est pourquoi, nous nous sommes attachés à modifier la prise en compte de cette émotivité, trop subjective dans une interface homme-machine, par celle plus concrète de l'expérience mise en avant par chaque utilisateur lors de ses manipulations respectives. Parmi les attributs qui peuvent être inclus dans un modèle d'utilisateur, le niveau de la connaissance, ou l'expertise dans un domaine précis, est effectivement d'importance fondamentale : il permet notamment l'utilisation d'un niveau adéquat de détail et d'un choix approprié du vocabulaire dans le dialogue avec l'utilisateur [Desmarais, Maluf & Liu, 1995] . Si l'aide fournie à l'utilisateur doit s'adapter à sa connaissance, elle correspond par exemple au texte standard de l'aide en ligne, ou à quelque chose de plus avancé tels que leçons et cours particuliers ou caractères indicateurs.

      Cette "expérience", réellement palpable et matérialisable pour une machine, entre alors d'autant mieux dans nos processus d'interfaçage intelligent qu'elle se traduit et ressort très bien de l'étude des répétitions et autres habitudes de l'utilisateur au niveau de ses actions et séquences d'actions. Et ce sont justement ces dernières qui nous intéresseront avant tout lors des prochains chapitres. Ainsi, voici à venir ( Figure 3.3.2.2 ) un ultime schéma de notre méthode d'analyse des comportements des utilisateurs de terminaux de communication dits "grand public", ce suite à l'insertion d'un "axe de la connaissance", plus utile et fiable pour notre modèle de l'utilisateur.

      

Figure223.3.2.2 : Caractéristiques principales de la méthode 'Persona' avec
la mise en oeuvre de notre nouvel 'axe de la connaissance'

      De toutes nos investigations se dégagent finalement des informations et caractéristiques tout-à-fait implémentables dans notre interface auto-adaptable puisqu'entièrement orientées, non seulement vers l'interaction et l'interfaçage homme-machine, mais aussi surtout vers tout travail à l'aide d'une machine automatisée, quelles que soient ses fonctionnalités et autres contraintes. Et, si les différents critères de comportement, au nombre de 48 et composant les schémas établis, s'avèrent être les qualificatifs les plus adaptés à la spécification du profil comportemental d'un utilisateur actuel de machine informatisée, ils n'en demeurent pas moins des termes relativement positifs, pour la plupart gratifiants et surtout tous dénués de critiques éventuelles vis-à-vis de l'utilisateur. Nous les avons en effet tous délibérément avancés dans le but de toujours conférer à notre interface auto-adaptable une image ou un "caractère" optimiste, agréable et convivial.


3.3.3. Conception d' un prototype « d' Interview Comportementale »


3.3.3.1. Introduction

      Nous devons par suite nous interroger sur la nécessité et les moyens à mettre en oeuvre afin que nos utilisateurs arrivent à débuter le mieux possible sur notre Interface Intelligente. Autrement présenté, quels peuvent être les fonctionnalités à avancer pour que l'utilisateur puisse être bien accueilli par la machine et ainsi sereinement s'atteler au travail qui est le sien ?...

      Nombre de systèmes spécialisés proposent un procédé relatif à une sorte d'interview individuelle destiné à chacun des utilisateurs débutant un travail sur une application donnée. Ce questionnaire en ligne, puisque c'est bien de cela dont il s'agit en majorité, est chargé de fournir à la machine, le plus rapidement possible, des informations initiales au sujet des caractéristiques personnelles de l'utilisateur. Cela permet au modèle de cataloguer ses utilisateurs, afin d'éviter de proposer des aides déplacées ou inintéressantes à un utilisateur, ce dernier pouvant dans ces cas critiques se forger très rapidement une mauvaise opinion des méthodes ou des capacités d'adaptation de la machine à son égard. Dans cette optique, nous pouvons alors spécifier un tel module pouvant faire partie intégrante de notre interface intelligente des terminaux d'ALCATEL . Présentation initiale ou description individuelle préalable concernant chacun de nos utilisateurs, cela correspond en définitive à une intéressante prise de contact entre l'homme et la machine, entrée en matière donc indispensable à beaucoup de modèles d'utilisateur actuels.

      Cependant, ces spécifications dédiées et propres à notre nouvelle Interface Intelligente resteront essentiellement dans le domaine du théorique. En effet, rappelons ici que nous désirons mettre en place un modèle d'interface aussi peu intrusif ou invasif pour l'utilisateur que ce soit possible. Or, nous allons constater que ce système d'interview, obligatoire pour la majorité des systèmes de modélisation d'utilisateur actuels, correspond aussi à une requête contraignante, voire difficile, pour l'utilisateur. De plus, cette dernière ne peut apparaître que dès le début du lancement de l'application en question, avant même un travail effectif de la part des utilisateurs.

      Par conséquent, en tentant de remédier à ce problème, nous nous attacherons avant tout à conserver l'efficacité de notre nouveau Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur. Nous verrons alors, dès le début du prochain chapitre, que nous nous sommes efforcés à initier les actions de l'utilisateur avec convivialité, mais tout en évitant de le mettre d'emblée sur la défensive face à la machine avec une telle interview... Nos modèles restent ainsi tous fidèles à nos objectifs initiaux, caractérisés par une discrétion maximale de l'interfaçage vis-à-vis de nos utilisateurs.


3.3.3.2. Première approche exhaustive

      Voici donc selon quels schémas nous avons envisagé d'interviewer l'utilisateur sur ses caractéristiques comportementales lors de sa première approche du terminal de communication, en précisant que celle-ci reste unique pour chacun des utilisateurs, de même que toujours très succincte, agréable et conviviale. Demande est faite à l'utilisateur de simplement se situer parmi les divers critères comportementaux affichés ( Figure 3.3.3.2 à suivre). Ces données vont permettre à notre interface auto-adaptable d'établir la distinction entre les quatre classes de notre modèle d'utilisateur et de répertorier rapidement l'utilisateur dans l'une d'entre-elles. Les conséquences au niveau du fonctionnement des nombreux scénarios et multiples fonctionnalités déjà proposés par nos procédés d'auto-adaptation en sont ensuite entièrement déduits.

      

Figure233.3.3.2 : Liste des qualités issues de la méthode 'Persona' et composant l'approche initiale de notre prototype 'd'Interview Comportementale'

      A l'utilisateur alors d'uniquement cocher à l'écran les cases qui correspondent le mieux à son comportement, et à notre interface de compter ensuite et d'établir enfin le profil ou style social dominant de cet individu. Notons que nous avons choisi de présenter les différents critères par ordre alphabétique, ce pour n'influencer en rien le choix de l'utilisateur en matière de comportements apparentés, voisins ou encore liés. Celui-ci pourrait, en effet, être tenté de rester trop complet et orienté quant à la définition préliminaire de son caractère comportemental.

      Il subsiste toutefois une difficulté : le nombre des critères comportementaux attribués à chacun des styles sociaux n'est pas égal. En effet, nous décrivons le comportement promouvant par 15 adjectifs, celui d'analysant par 13 termes, le style contrôlant par 12 alors que le facilitant ne demande que 8 critères pour être entièrement spécifié. Nous nous proposons donc d'obtenir la dominante comportementale attribuable initialement à l'utilisateur, non pas par simple et inégale comparaison du nombre des différents critères choisis et cochés dans chaque style social, mais plutôt par confrontation de ces nombres respectifs divisés chacun par le nombre total de critères comportementaux chargés de décrire leurs styles sociaux correspondants. De cette manière, si nous définissons successivement par P, F, C et A le nombre de critères cochés par l'utilisateur dans les domaines des styles Promouvant, Facilitant, Contrôlant et Analysant, notre interface auto-adaptable se charge de comparer les valeurs suivantes : P/15, F/8, C/12 et A/13. Les valeurs ainsi obtenues apparaissent en outre tout-à-fait traduisibles en pourcentages, voire même en un rapide graphique, ces procédés étant toujours très représentatifs pour l'utilisateur.

      Notons enfin qu'en cas "d'égalité" entre plusieurs de ces 4 nouvelles valeurs obtenues, nous pouvons envisager de placer l'utilisateur à la "frontière" des styles coïncidants. Mais, nous pouvons aussi demander à l'utilisateur de revoir ou de préciser son analyse, ou le laisser débuter ses manipulations en lui attribuant aléatoirement un style donné parmi ceux en concurrence. Cela s'avérerait sans grande conséquence : notre modèle d'utilisateur demeure évolutif et réorienterait de manière auto-adaptable cet utilisateur vers un des 3 autres styles comportementaux en cas d'inadéquation de son style initial, et ce au vu des actions et réactions futures de l'utilisateur.


3.3.3.3. Vers la recherche d' une approche moins intrusive

      Une seconde version de notre "Interview Comportementale" nous paraît présenter aussi un intérêt pour l'utilisateur "grand public", ce concept étant plus court, donc plus abordable, voire de compréhension et de manipulation plus rapides et moins astreignantes ( Figure 3.3.3.3 ). Nous constatons alors qu'un important avantage de cette nouvelle méthode réside dans le fait que les 4 styles sociaux sont décrits et analysés selon uniquement 5 catégories chacun. En effet, puisqu'elle s'effectue alors sur une échelle finie de 20 critères répartis équitablement entre les 4 tendances de comportements étudiées, la comparaison des cases cochées par l'utilisateur est ainsi rendue instantanée pour l'interface, mais également justifiée et validée par la méthode Persona .

      

Figure243.3.3.3 : Liste contractée des qualités entraînant une seconde approche moins intrusive de notre 'Interview Comportementale'

      Le calcul de fractions mis en place tout-à-l'heure devient par conséquent quelque peu trivial, puisqu'il suffit maintenant de comptabiliser et de comparer le nombre de lignes cochées pour chaque style de comportement, avec la même démarche qu'auparavant en cas d'égalité.

      En conclusion, si les trois premières caractéristiques purement interrogatives de notre modèle qualitatif et fonctionnel de l'utilisateur ne présentaient a priori que peu de difficultés (interview directe globalement suffisante pour "l'Identité", la "Profession" ainsi que la partie purement technique de la "Motivation", sous forme de formulaire par exemple), les quatre styles sociaux spécifiés peuvent très bien s'apparenter de manière évolutive à nos classes d'utilisateurs recherchés, que ce soit à propos de la "Motivation" de chaque utilisateur, de son "Caractère", de "l'Interaction" avec la machine ou même de ses propres caractéristiques de "Cognition"...

      Tout ceci entériné, il demeure néanmoins intéressant de noter encore ici que la méthode Persona nous apprend, d'un nouveau point de vue, qu'il existe quatre autres éléments à considérer si l'on souhaite construire et instaurer un véritable climat de confiance au sein d'une interaction : l'ouverture, l'acceptation, l'authenticité et la fiabilité. Ainsi, afin de mettre à terme chacun de nos utilisateurs en confiance face à un terminal de communication "grand public", nous devrons toujours nous assurer que notre interface intelligente reçoit des informations, puis fournit, apporte, voire explique celles-ci à l'utilisateur (notion d'ouverture), met l'utilisateur à l'aise et respecte ses motivations (acceptation), communique librement avec l'utilisateur sans rien lui cacher (authenticité), pour tenir finalement ses engagements en fonctionnant sans heurts (fiabilité).


3.4. Conclusion

      Si ces analyses achèvent l'élaboration de notre Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur, nous avons constaté que le rôle de l'homme ne cesse d'évoluer. En effet, nous ne le considérons plus comme un simple utilisateur manipulant une application, mais comme une personne possédant des connaissances qui lui sont propres et qu'elle utilise pour interagir [Stémart, 1997] . Le système se doit donc d'intégrer des mécanismes pour tenter de capturer et de comprendre ces connaissances, ce pour, en définitive, mieux maîtriser l'utilisateur. Ce dernier est alors impliqué dans le système dès la spécification initiale de nos modèles.

      Par extension, l'Intelligence Artificielle ne saurait en rester à des considérations techniques relatives aux seuls ordinateurs : c'est l'homme qui est au centre de nos investigations actuelles et non la machine, et ce n'est pas l'homme comme modèle qui importe, mais l'homme comme destinataire. En fait, l'homme n'a créé les machines que pour éviter de commettre des erreurs, et pour aller plus vite aussi [Ganascia, 1993] . Quel que soit le critère retenu, l'homme est présent ; c'est lui qui anime les machines, c'est lui qui donne sens à leurs activités, c'est lui qui délègue ses pouvoirs. Ainsi, une machine ne peut prétendre à 'l'intelligence' que si elle dispose d'un savoir analogue au savoir humain, donc de connaissances nombreuses et surtout variées.

      Au travers de nos pages, est apparu le développement de plusieurs formes d'interaction dynamique comme le dialogue et la résolution de problèmes. Outil permettant de contrôler et d'augmenter les capacités de l'homme, l'ordinateur devient également un guide, un partenaire de moins en moins impersonnel. Il observe minutieusement les différents cheminements de son utilisateur, structure ses compétences et ses performances dans le but de le conseiller de manière aussi efficace que possible. Si le vecteur fort de la recherche sur les machines reste aujourd'hui d'adapter les interfaces aux besoins et aux capacités des hommes plutôt que de façonner le comportement humain en fonction des exigences de la technologie informatique, nous découvrons ici une très intéressante et nouvelle ubiquité de nos ordinateurs. En effet, ceux-ci deviennent réellement capables, non seulement de la gestion de l'environnement de travail et de la fourniture de documents, mais aussi de l'enseignement, d'une aide à la réalisation d'une tâche ainsi que de l'apport de points de vue dédiés à l'utilisateur.

      La progression de telles capacités intelligentes est également loin d'être achevée, de même qu'elle ne cesse de nous surprendre, puisque nous venons notamment de découvrir qu'il est a priori envisageable de faire appel à une souris informatique d'un tout nouveau type et donnant à l'ordinateur la faculté de déterminer l'état émotionnel de son utilisateur [Sors, 2000] . Pour rester bref, cette souris, d'apparence ordinaire si ce n'est son revêtement en cuivre, est en effet capable d'évaluer la température du corps, les pulsations cardiaques et l'activité somatique de l'utilisateur. La machine peut ainsi détecter le stress ou la somnolence de ce dernier, et réagir en conséquence, par une stimulation visuelle et auditive entre-autres.

      Mais nous devons tout-de-même grandement veiller à ne pas empiéter sur la vie privée de nos utilisateurs, notamment celle d'un client potentiel ou encore d'un salarié... Nous avons ainsi constamment cherché à faire face à une trop forte ingérence dans le travail quotidien de l'utilisateur, intrusion pouvant malheureusement être associée à trop de mauvaises intentions. A terme, celles-ci pourraient entraîner de bien fâcheuses conséquences, ne serait-ce que pour le bel attrait que traduisent aujourd'hui les machines pour chacun de nous.

      S'il nous a ainsi été donné d'introduire beaucoup d'idées afin de préparer au mieux les implémentations et l'importante mise en oeuvre de nos différentes méthodes d'auto-adaptation, nous nous devons maintenant de mettre en pratique les procédés selon lesquels celles-ci peuvent régir, voire diriger et commander, les nombreuses actions des scénarios intelligents caractérisant notre Assistant Individuel de Télécommunication.

      En particulier, nous pouvons imaginer qu'au sein de l'Assistant Conversationnel Auto-Adaptable, le choix prioritaire des moyens de communication puisse s'effectuer en fonction de la classe attribuée à l'utilisateur (plutôt le téléphone pour un comportement contrôlant, et davantage l'e-mail pour un analysant ; ...). Dans le même ordre de raisonnement, la Classification Auto-Adaptable et sa réorganisation associée pourraient déterminer automatiquement leurs mots-clés en fonction des différentes catégories (plutôt les objectifs pour le style contrôlant, les concepts pour le promouvant, les méthodes pour l'analysant, ...).

      Pour ce qui est enfin de la classification évolutive des utilisateurs et du passage éventuel d'un utilisateur d'une classe vers une autre, notre Interface Auto-Adaptable se charge alors aussi d'analyser les différentes actions de l'utilisateur pour en déduire des enseignements adéquats. Si un "Analysant" utilise par exemple de plus en plus l'outil téléphonique, son comportement se rapprochera de la frontière de son homologue "contrôlant" et l'utilisateur basculera peut-être dans ce nouveau style, après le dépassement d'un seuil pré-établi que nous programmerons de telle sorte qu'il soit paramétrable et modifiable selon les catégories des comportements humains face à nos machines.

      Par conséquent, nous pouvons relever que notre Modèle Auto-Adaptable de l'Utilisateur pourra intervenir à pas moins de trois niveaux successifs dans le fonctionnement de l'interfaçage intelligent que nous implémenterons.

      En effet, si nous omettrons sans souci la détermination interactive de la classe initiale de l'utilisateur, et ce pour des raisons essentielles d'efficacité et d'indépendance indispensable au travail de celui-ci, notre modèle dédié entièrement à chacun de nos utilisateurs s'attachera tout d'abord à fournir une analyse complète ainsi que des enseignements riches résultant des diverses actions de l'utilisateur. Il deviendra par suite rapidement un maillon primordial du module de prédiction et d'anticipation des actions à traiter de l'utilisateur courant, en fonction de la classe comportementale de ce dernier avant tout...


Chapitre 4 : Mécanismes d' Apprentissage Automatique

Pouvoir extraire et rentabiliser
des formes significatives et la connaissance stratégique
de grands stocks d'information tenus électroniquement
est de plus en plus un défi
face aux mondes des affaires et de la science.
[ Michalski, Bratko & Kubat, 1998 ]

      En réponse à ce constat bien réaliste, [Michalski, Bratko & Kubat, 1998] enchaîne aussitôt en soulignant qu'à notre époque, il est indispensable de chercher à développer des méthodes avangardistes capables de découvrir toutes sortes de formes remarquables et de construire un maximum de règles générales à partir de l'information contenue dans les diverses bases de données que l'homme exploite quotidiennement.

      Ainsi, nous allons concrétiser chacune de nos modélisations auto-adaptables spécifiées.

      Avec l'objectif audacieux d'établir des méthodes informatiques implémentant diverses formes d'apprentissage, en particulier des mécanismes capables d'induire des connaissances à partir d'exemples ou de vastes groupes de données, le champ de l'apprentissage automatique est aujourd'hui avant tout consacré à la mise en oeuvre de processus d'apprentissage fondamentaux. Une partie significative de la recherche en apprentissage automatique est dédiée à des méthodes de développement pour déterminer des descriptions générales de concepts à partir d'exemples.

      Dans cette optique, et parce que le développement de logiciels est aussi devenu un des principaux goulots d'étranglement de la technologie de l'informatique, l'idée d'introduire de la connaissance dans des ordinateurs semble de nos jours particulièrement attrayante. Une telle forme d'induction des connaissances est en effet souhaitable dans des problèmes qui manquent de solutions algorithmiques, peuvent également être mal définis, ou seulement décrits de manière informelle tel que cela apparaît justement être le cas pour nos propres modèles intelligents.

      En outre, si nous avons démontré auparavant qu'il est à l'heure actuelle quasi impossible d'ignorer les diverses caractéristiques propres à chacun des utilisateur lors de l'intégration d'une interface homme-machine innovante, nous découvrons à ce niveau qu'il se dresse naturellement un second obstacle de taille pour l'élaboration et la conception d'une interface dite 'intelligente'. Si l'utilisation d'un environnement interactif s'accompagne incontestablement de la répétition de nombreuses actions [Ruvini, 2000] , il s'agit alors de mettre en oeuvre des procédés pour rendre l'interface, et a fortiori plus généralement la machine, auto-adaptable et donc intelligente.

      Ceci exposé, nous verrons que les enjeux d'une telle problématique technologique deviennent très importants. Les systèmes abordés doivent effectivement disposer d'une certaine compréhension de tout le domaine considéré, c'est-à-dire d'un formalisme pour représenter les connaissances de ce domaine et de mécanismes pour les manipuler. De plus, les machines se doivent d'être capables, afin d'être toujours adaptables à part entière, de savoir résoudre tous les problèmes qui peuvent se poser [Bruillard, 1997] . Enfin, il ne faut pas non plus perdre de vue que la modélisation des mécanismes de compréhension, de raisonnement ou encore de génération de réponses sont tout aussi vitaux pour nos modèles d'interfaces intelligentes que le développement de méthodes et d'outils chargés ensuite du traitement des connaissances par acquisition, gestion, validation également, et même exploitation [Sorin & Colaïtis, 1999] .

      C'est pourquoi, nous nous proposons maintenant de présenter en premier lieu différents mécanismes capables de jouer ce rôle primordial au sein de nos modèles auto-adaptables. Pour cela, nous commencerons par analyser plusieurs applications susceptibles d'être rendues auto-adaptables, extraites bien sûr de différents logiciels actuels d'ALCATEL . Puis, nous expliciterons l'intégration de nos apprentissages automatiques en fonction du profil de chaque utilisateur par de nouvelles représentations, plusieurs formalismes adaptés et la gestion de toutes les données disponibles, mais également par le détail des raisonnements et mécanismes d'inférence adéquats. En définitive, nous avons réussi à aller encore plus avant en cherchant à prédire le comportement de l'utilisateur afin de pouvoir anticiper, au travers d'une modélisation rigoureuse des fonctions "Tell Me" et "Do It" [Lieberman, 1997], une majorité de ses actions et de ses séquences d'actions.


4.1. Dégagement des concepts opératoires


4.1.1. Mode expérimental

      Nous proposons de commencer cette étude par le détail descriptif des différentes étapes telles que nous les envisageons pour la prise en compte, l'analyse et l'insertion de notre procédé d'auto-adaptation au sein de nos interfaces "homme-machine" et "intelligentes" ( Figure 4.1.1 ).

      

Figure254.1.1 : Mode opératoire de mise en oeuvre de notre concept d'auto-adaptation

      Si nous avons pris connaissance de nos modèles d'application au cours du Chapitre 1 , nous les avons ensuite tous caractérisés de manière très précise. Nous détaillons cette nouvelle phase de nos travaux au sein de la partie répertoriée A1.3 dans l'Annexe 1 dédiée à l'étude des terminaux de communication. En outre, chaque modèle d'application de nos fonctionnalités de messagerie électronique, ainsi que tous les concepts auto-adaptables que nous souhaitons leur associer, sont exploités et mis en valeur grâce à une succession de trois phases expérimentales.

      Dans un premier temps, l'analyse de l'ensemble des actions exécutables, et ce en temps réel, nous entraîne vers la découverte et le recensement de toutes les informations relatives à l'exécution du modèle d'application. Suivie de l'extraction et du stockage des diverses données redondantes, cette étape initie l'apprentissage des séquences d'actions remarquables. Cela nous permet d'aboutir à la configuration automatique d'un outil interactif et surtout progressif, chargé de l'exécution auto-adaptable des manipulations courantes de l'utilisateur. Nous entendons plus précisément, à ce niveau, la prédiction et l'anticipation, toutes deux auto-adaptables, opérant à terme sur toutes les séquences d'actions fréquemment réitérées par chacun de nos utilisateurs.

      Ainsi, en fonction du profil de chaque utilisateur, nous proposons d'aborder en détail la conception de nos représentations et formalismes adaptés à ces modèles d'application. Puis, nous verrons qu'une gestion rigoureuse et efficace de toutes les données rendues disponibles par nos modèles d'application nous permettra de programmer un ensemble conséquent de raisonnements et de mécanismes d'inférence chargés de rendre notre interface intelligente.


4.1.2. Introduction de la théorie des séquencements d' actions

      Principalement relayée ces dernières années par les travaux de Craig Nevill-Manning, la notion des séquencements, que nous dédierons aux diverses actions successives réalisées par un utilisateur donné, permet essentiellement de développer toutes sortes de techniques révélatrices d'une structure intéressante, à base de séquences, dans un ensemble réel.

      Robustes ainsi par production d'un résultat dans tout domaine envisageable, mais aussi efficaces puisque capables d'analyser une quantité de données très importante (secteur de prédilection de l'interaction homme-machine qui plus est), ces méthodes se caractérisent en outre par leur généricité et leur utilité aujourd'hui indéniables. En effet, applicables à une large variété de séquences et libres de trouver des structures surprenantes, voire non-anticipées par le concepteur, ces techniques brillent également par la mise en valeur de productions d'explications compréhensibles et visuelles, de même que par la constante possibilité d'identifier maintes unités morphologiques et autres expressions significatives.

      Tout ceci avancé, c'est aussi au travers de leurs capacités à générer des mécanismes d'inférence performants, par reconnaissance de répétitions ou de similarités notamment, que ces procédés ont gagné leur notoriété. Nous proposons d'ailleurs, grâce à la Figure 4.1.2 à suivre, de découvrir quelques exemples de grammaires récursives faisant état de ces avantages, en précisant encore que c'est avant tout dans cette direction des répétitions d'actions identiques que nous nous orienterons dans le cadre de nos propres travaux de recherche. Nous développerons aussi alors différentes définitions au sujet des actions et des séquences d'actions que nous serons amenées à manipuler et à traiter.

      Par suite, nos présentes lignes ne peuvent également occulter que le premier chapitre de ce mémoire, et tout particulièrement les études successives menées au travers de nos états de l'art de la partie 1.2.4 , nous ont amenés à prendre connaissance, dans le cadre de la réalisation des interfaces intelligentes, d'encore bien d'autres qualités propres aux séquencements d'actions.

      

Figure264.1.2 : Exemples de séquences et de grammaires les reproduisant
Nevill-Manning & Witten, 1997] :
(a) séquence avec une seule répétition ;
(b) séquence avec une répétition imbriquée ;
(c) / (d) deux grammaires différentes respectivement proposées pour une même séquence

      En effet, nous pouvons alors déjà nous remémorer les diverses qualités, et notamment ergonomiques, caractérisant les interfaces chargées d'assister l'opérateur humain au niveau de la supervision, de la détection et de la localisation de défauts éventuels émanant des complexes procédés automatisés de l'industrie [Lambert, Riera & al., 1998] . Présentant de très nombreuses données en termes plus synthétiques et symboliques qu'une simple liste numérique de valeurs ou de dépassements de seuils, un tel système d'aide à la décision en temps réel propose à l'homme un diagnostic lui permettant de déterminer la meilleure séquence d'actions à appliquer.

      D'un autre côté, nous avons également pû grandement apprécier les différents avantages des "Cartes Adaptatives de Kohonen" entraînant une exploration toujours ajustable d'un réseau de formes, de documents ou donc d'actions remarquables [Kohonen, Kaski & Lappalainen, 1997] . De plus, ce système met encore en évidence une préparation à l'extraction de toutes ces dernières caractéristiques en permettant le décodage de chaque classification correspondante. En découle ainsi un apprentissage adaptatif des diverses classes relevant pleinement des séquences d'actions.

      Dans un second temps, et dans le but de compléter plus avant notre présente étude sur les diverses qualités distinguant les séquencements d'actions, [Ardissono & Torasso, 2000] insiste sur les attraits d'une formation aisée, et toujours en temps réel, d'historiques locaux répertoriant toutes les séquences continues d'actions propres à un utilisateur, sans introduire de quelconques changements dans l'attention de celui-ci. [Bruillard, 1997] nous rappelle alors également que ce dernier procédé ne peut, ensuite, se passer d'une autre méthode de séquencement, associée elle, au sein de l'historique, à la reconnaissance de la structure de toute séquence observée, et ce afin de discerner bien entendu le but courant poursuivi par nos utilisateurs. Il se peut d'ailleurs qu'il y ait, à ce niveau, plusieurs buts, voire même aucun.

      Nous aboutissons en conséquence aux activités typiques rencontrées dans la conception et l'implémentation de toute interface intelligente, ainsi que dans le cadre d'une modélisation d'utilisateurs [Ye, 1997] . Il s'agit en effet ainsi plus précisément de reconnaissance de formes pour l'identification de séquences d'actions répétées par l'utilisateur, de classification et d'association de formes par catégories d'actions suivant les caractéristiques de l'utilisateur, ce pour révéler entre-autres les relations (de groupage par exemple) décrivant les actions ou séquences d'actions réalisées par l'utilisateur. En outre, nous constatons que le stockage et la recherche de formes tiennent aussi ici une place indispensable pour nos mécanismes de séquencements d'actions puisqu'ils permettent la mémorisation courante et le rappel de formes de l'utilisateur manipulant des répliques partielles ou bruitées. De même, la prédiction de formes [Ruvini, 2000] , que nous étudierons très en détail en 4.5.3 , nous ouvre les portes de l'automatisation des manipulations et de chaque séquence d'actions émanant de l'utilisateur.

      A ce propos, nous cautionnons simultanément une autre qualité essentielle des concepts de séquencements d'actions, aptitude que nous ne manquerons pas de grandement développer dans nos différentes implémentations à venir. En effet, les prédictions de tâches après exécutions répétées de séquences d'actions font apparaître des conditions suffisamment riches pour garantir une méthode correcte et automatique de construction de modules appropriés et de règles individuelles de contrôle pour chacune des manipulations d'utilisateurs [Baral & Son, 1998] . Nous verrons que cette approche peut être ensuite très bien étendue aux théories et modules spécialisés dans les actions intuitives, les anticipations auto-adaptables d'actions ainsi que dans le cas d'un grand nombre de simplifications de séquences d'actions.

      Afin de spécifier à présent globalement la théorie abordée, et dans un souci de concision, nous pouvons retenir que le séquencement d'actions se définit en premier lieu par la découverte de régularités significatives dans une séquence de symboles ou d'événements discrets.

      « Découvrir automatiquement et rendre explicites des structures issues de séquences » [Nevill-Manning, 1996] , puis intégrer et traiter les informations apprises des nouvelles séquences ainsi extraites au sein de tous nos modèles, pour entraîner enfin tous les résultats obtenus vers une prédiction en temps réel et une anticipation auto-adaptable des actions effectuées de manière préférentielle par chacun des utilisateurs pris en charge, résume alors bien la ligne directrice principale des étapes que nous nous sommes fixés tout au long de cette Thèse. Plutôt que d'examiner la signification de symboles individuels dans une séquence, il apparaît plus efficace, et "intelligent", de détecter une structure suivant le fait que certaines combinaisons de symboles se reproduisent. Dans le même ordre d'idée, et pour des répétitions exactes, les séquences mettent aussi souvent en évidence une structure de branchement ou de boucle, parfois à grande échelle, qui peut être inférée, mais aussi prédite et anticipée.

      A noter aussi ici la faisabilité de la détection de ces structures basées sur des séquences. De tels systèmes peuvent en effet être détectés, efficacement et incrémentalement, sans référence à la signification des divers symboles individuels. Une fois détectés, ils peuvent être utilisés pour expliquer et compresser les séquences respectives et initiales. Cet apprentissage d'une structure à partir d'une seule séquence, ainsi que l'évaluation de cette structure en termes de plausibilité et de densité, peuvent alors aboutir, à l'image de nos travaux dévoilés plus loin, aux intéressantes constructions d'automates et modélisations inhérentes de séquences particulières ou répétitives.

      En poursuivant nos recherches, nous remarquons qu'il s'avère enfin également possible de construire incrémentalement une complète représentation hiérarchique de chaque séquence originale obtenue. En effet, nous pouvons relever à ce niveau que beaucoup de séquences de symboles discrets présentent aujourd'hui une structure hiérarchique naturelle [Nevill-Manning & Witten, 1997] . Dans le cas précis des enregistrements du comportement d'une interface homme-machine et des tâches exécutées par un utilisateur, [Nevill-Manning & Witten, 1998] nous apprend cependant que cela demeure encore très difficile d'extraire une véritable structure remarquable, et hiérarchique ou non, du travail courant de chaque utilisateur.

      En conclusion, si les idées mises en avant à ce niveau apparaissent déjà bien efficaces pour identifier des répétitions précises, et selon un temps linéaire avec la longueur de la séquence courante, il demeure nécessaire d'également relever ici chacune des possibilités de réalisations robustes, génériques et ergonomiques, ainsi que toutes les capacités d'inférences automatiques et auto-adaptables, applicables à ces structures significatives extraites des séquencements d'actions.

      En outre, plusieurs aspects s'avérant indispensables dans le cadre d'une modélisation d'interface intelligente n'ont, à ce jour, pas encore été traités :

  • - les fréquences numériques supérieures à la "réplique" de base définissant une répétition,
  • - la similitude métrique entre les symboles individuels qui composent une même séquence,
  • toutes les structures imbriquées ou récursives pouvant caractériser chaque séquence dédiée à l'interfaçage homme-machine.

      Ainsi, l'ensemble des très nombreuses capacités que nous avons pû mettre en avant au sujet des séquencements d'actions, à commencer par la production d'explications ergonomiques, l'extraction et la prédiction aussi de séquences d'actions significatives, nous convainc que ces mécanismes pourront grandement nous soutenir au cours des travaux à venir relevant notamment de l'apprentissage automatique. A l'image finalement du propre séquencement du temps réel en 'étapes successives et homogènes' [Yunfei, Renshou & al., 1997] , nous allons donc nous attacher, par suite, à valoriser et à appliquer cette synthèse de méthodes à nos procédés auto-adaptables.


4.2. Extraction des actions de l' utilisateur

      


4.2.1. Représentation des connaissances correspondant aux séquences

      Concernant cette seconde phase de notre mode opératoire, nous précisons d'emblée que cette étape d'observation se doit d'être 'brute' et exhaustive. En effet, nous devons récupérer le maximum d'informations ou types d'informations disponibles (données émanant de l'utilisateur, de la machine, du réseau considéré, ...) pour pouvoir construire ensuite, en toute connaissance de cause et de façon efficace, un ou plusieurs procédés d'apprentissage, adaptables non seulement à l'utilisateur, mais aussi éventuellement à l'interface ou à la machine elle-même. Il nous semble également utile de bien prendre en compte le phénomène de la distinction de perception qu'il peut exister entre les différentes séquences d'actions effectuées par l'utilisateur et les opérations propres à la machine qui en sont obligatoirement déduites.

      Du point de vue matériel, nous avons examiné la toute dernière version de test de ce logiciel du WebTouch, non sans avoir auparavant été tenus d'installer entièrement, sur Solaris 1.2 , le SUN Java Development Kit (version 1.1.7A) associé à cette émulation. Nous n'omettons pas non plus l'installation et notre étude de l'utilisation du logiciel SNiFF+ (version 3.1), outil de gestion du code-source de tout produit informatique travaillé en partage au sein de chaque équipe de recherche d'ALCATEL.

      Ces manipulations initiales nous ont permis de rapatrier toutes les données de ce logiciel nécessaires à nos travaux. Et cela comprend l'ensemble du code-source exécutant l'application "e-mail" existante afin de permettre le lancement de nos extractions et observations souhaitées (à l'aide notamment si besoin de "drapeaux" de passage d'étapes ou autres "rapporteurs" d'actions effectuées), au sujet des nombreuses séquences manipulées, et par suite répétées, de l'utilisateur.

      Mais commençons par nous pencher sur l'observation et la représentation des séquences d'actions engendrées par l'utilisateur. Si nous nous basons une nouvelle fois sur les opérateurs de LOTOS étudiés antérieurement, nous commenterons nos travaux en détail après la présentation de la Figure 4.2.1.1 (ci-contre) et de la Figure 4.2.1.2 (sur la page suivante). Ces schémas techniques apportent alors une base complète à nos recherches au travers d'un graphe de représentation des diverses actions exécutables sur une application de courrier électronique émanant d'ALCATEL.

      

Figure274.2.1.1 : Synthèses graphiques de la représentation des actions exécutables


4.2.2. Commentaires et analyse des informations extraites

      Au sujet de l'arbre hiérarchique que nous avons construit à la Figure 4.2.1.2 , plusieurs avantages, mais aussi quelques contraintes non négligeables, méritent à ce niveau d'être précisés. Tout d'abord, il apparaît que l'automate correspond a priori à nos attentes et besoins en matière de vision des possibilités d'interaction homme-machine correspondant à l'application "e-mail" étudiée. Il s'avère en effet complet quant à la description des différentes actions disponibles et réalisables par chaque utilisateur : il prend en considération toutes les activations possibles au niveau des multiples boutons de l'interface et intègre également les autres apports d'informations interactives ou de données textuelles émanant de l'utilisateur (désignation spatiale d'un "mail" par la souris, renseignement des adresses des correspondants d'un "mail", écriture exhaustive du sujet et du corps d'un message, adjonction éventuelle de fichiers attachés, ...).

      Nous avons donc cerné, sur un automate hiérarchique, l'ensemble complet des diverses interactions homme-machine que peut rencontrer l'utilisateur en appelant l'application "e-mail" d'ALCATEL . Pas moins de 23 actions distinctes sont alors répertoriées et agencées par cet outil suivant les relations qui caractérisent chacune d'entre-elles vis-à-vis de toutes les autres actions. Cependant, à ces 23 actions, se rajoutent en fait encore 2 autres, d'autres boutons pour être précis que l'on peut qualifier d'actions implicites puisqu'il s'agit du bouton "retour" et du bouton "page d'accueil". La fonctionnalité "retour" permet un renvoi à l'action parente de l'action courante, voire bien entendu plusieurs renvois successifs dans le cas de plusieurs activations de ce bouton. Quant à l'accès à tout moment à la "page d'accueil" principale du logiciel, il faut noter que cela signifie inévitablement l'arrêt immédiat de la session courante de l'application "e-mail".

      L'application "e-mail", encore intitulée "courrier", ainsi que, par extension, l'automate hiérarchique, proposent en définitive 25 actions différentes à l'utilisateur. Il est alors également essentiel de relever que ces 25 actions se composent plus précisément de 3 catégories distinctes : les 23 activations de boutons, dont les 2 boutons des actions constamment utilisables que sont le "retour" et l'accès à la "page d'accueil" principale de l'application, la désignation spatiale de tout "mail" à l'aide d'un simple "clic" de la souris, et enfin l'écriture ou l'entrée au clavier de chaque donnée textuelle, cette dernière étant par exemple amenée à être intégrée à un "mail" à envoyer.

      

      

Figure284.2.1.2 : Automate hiérarchique de toutes les manipulations réalisables par chaque utilisateur sur l'application "e-mail"

      


4.2.3. Représentations canoniques des actions et séquences d' actions

      La "représentation canonique" d'une action correspond à une structure théorique capable de définir toute manipulation quelconque effectuée par l'utilisateur au niveau de l'interface de l'application "e-mail". Ainsi, en fonction des paramètres apparus (cf. Figure 4.2.1.2 précédente) et leurs multiples possibilités d'instantiation, nous obtenons le modèle suivant ( Définition 4.2.3.1 ). Nous appliquerons cette représentation à quelques exemples "concrets" de séquences d'actions relativement simples, mais cependant couramment rencontrées au cours des maintes exécutions de l'application "e-mail" ( Tableau 4.2.3 sur la page suivante).

      Par extension, nous aboutissons également à l'énoncé d'une nouvelle définition issue de nos travaux de recherche, à savoir cette fois-ci la définition canonique d'une séquence d'actions ( Définition 4.2.3.2 ).

Définition54.2.3.1 : Représentation canonique d'une action

Action º symbole ouvrant descriptif de l'action symbole fermant

- les deux symboles de la représentation se chargent d'emblée de distinguer le type de la manipulation effectuée par l'utilisateur, selon qu'il s'agisse :

* de l'activation d'un bouton de l'interface (traits verticaux : | ... | ),

* de la désignation spatiale d'un "mail"

(traits inclinés vers le bas : \ ... / ),

* ou encore de l'entrée au clavier d'une donnée textuelle

(traits orientés vers le haut : / ... \ ).

- le descriptif de l'action, au centre de l'expression, fournit ensuite :

* l'intitulé du bouton si l'on est dans le premier cas,

* l'identifiant exact du "mail" en cas de désignation spatiale de celui-ci

(à savoir ici le nom du fichier sous lequel le "mail" a été sauvegardé),

* la chaîne entière de caractères entrée au clavier par l'utilisateur.

Définition64.2.3.2 : Représentation canonique d'une séquence d'actions

Séquence d'actions º action 1 ; action 2 ; . . . ; action n

- chaque action se doit d'être représentée selon la Définition 4.2.3.1 ( n Î N ).

- ; opérateur LOTOS du séquencement (séparateur d'actions successives).

- action 1 action de tête (début, ouverture de la séquence d'actions).

- action n action de queue (fin, fermeture de la séquence d'actions).

- action 2 ; . . . ; action n-1 succession des actions internes

(parcours de la séquence d'actions).

      
Tableau114.2.3 : Exemples de séquences d'actions fréquentes

Intention de
l'utilisateur

Séquence(s) d'actions pouvant répondre
à l'intention courante de l'utilisateur

Ouverture d'une session "e-mail"

| courrier |





Envoyer un nouveau "mail"





| courrier | ; | écrire | ; | recherche | ; / jjk@dpt-info.u-strasbg.fr \ ; / jc@ms.alcatel.fr \ ; | recherche | ; / cge@sxb.bsf.alcatel.fr \ ; / Rapport \ ; / Bonjour à tous. \ ; | copie personnelle | ; | envoyer |

| courrier | ; | archives | ; | écrire | ; / P'tit mail de confirmation : \ ; / Mon Séminaire aura bien lieu demain 21 Juillet. \ ; | envoyer |

| courrier | ; | arrivée | ; | actualiser | ; | écrire | ; | recherche | ; / pl \ ; / dds \ ; | enregistrer brouillon | ; \ ml251106 / ; | envoyer |


Différer l'envoi d'un "mail"


| courrier | ; | écrire | ; / all \ ; / Question : to bug or not to bug ? \ ; / Bonne Année !!!! \ ; | copie personnelle | ; | différer envoi |

Envoyer un "mail" en attente

| courrier | ; | départ | ; \ bg030101 / ; | envoyer |

Envoyer tous les "mails" en attente

| courrier | ; | départ | ; | actualiser |

Lecture d'un "mail" arrivé

| courrier | ; | arrivée | ; \ bg030102 /


Répondre à un "mail" reçu


| courrier | ; | arrivée | ; | actualiser | ; \ repdem16 / ; | répondre | ; / Re-bonjour ! \ ; / Message bien reçu... \ ; | envoyer |

Archiver un "mail"

| courrier | ; | arrivée | ; \ bg030102 / ; | archiver |


Effacer ou supprimer un "mail"


| courrier | ; | écrire | ; / jc@sxb.bsf.alcatel.fr \ ; | effacer | ; | OK |

| courrier | ; | arrivée | ; \ repdem16 / ; | supprimer | ; | OK |

Renvoi à l'action parente

| retour |

Arrêt d'une session "e-mail"

| page d'accueil |

      Ceci avancé, nous commençons par ailleurs à déterminer et assimiler ces exécutions au travers des notions d'actions ou séquences d'actions estampillées 'fréquentes'. Ce terme signifie en effet explicitement que les actions ou séquences les plus remarquables demeurent celles dont le nombre des itérations courantes apparaît important, de même qu'évolue de façon suffisamment sensible pour intéresser, mais aussi justifier, une application de nos systèmes auto-adaptables.

      Par simple déduction de nos premières définitions, nous pouvons alors encore proposer à suivre deux nouvelles spécifications, peut-être même un peu plus explicites dans le contexte de 'cheminement' lié à notre automate hiérarchique ( Définition 4.2.3.3 et Définition 4.2.3.4 ).

Définition74.2.3.3 : Seconde représentation des séquences d'actions

Séquence d